IIOMOLOGIE DES FORMES PAR LE CANTONNEMENT RESPECTIF
pour cela nécessaire d'admettre une communication directe entre les deux continents.
Cette solution est la plus raisonnable; elle se combine avec l’idée des migrations polaires et la complète heureusement, mais elle dispense de supposer que les espèces similaires eussent toujours acquis leurs caractères définitifs avant leur départ de la zone arctique. Il suffit que le prototype où ancêtre commun se soit avancé en Amérique ou en Asie, d’un côté, en Europe, de l’autre, et qu'après s'être cantonné sur divers points, il ait donné naissance à des formes locales, sous l'empire de conditions sensiblement analogues, pour que l’on s'explique la présence d’espèces semblables ou très voisines, disséminées sur une vaste étendue et séparées par des intervalles géographiques considérables.
Les choses ont dû se passer ainsi en Europe et les races locales se prêter à des extensions ou à des éliminations dont nous saisissons vaguement les vestiges; tandis que, parallèlement à ces extensions et éliminations, à ces luttes entre une race favorisée qui se propage et une race ancienne qui décline pour disparaître, d’autres, demeurant cantonnées, se modifiaient graduellement dans un sens déterminé et comme par l'effet d’une résultante de toutes les circonstances de milieu étroitement combinées. — Après les peupliers du groupe Tremula, que la zone arctique, les argiles miocènes de Marseille et le gisement de Radoboj nous ont fait voir, après le Populus hellenica Sap. (P. attenuata Ung.), de Coumi, et le P. leucophylla Ung., de Freyberg en Styrie et du miocène récent de Montajone, ces prototypes des Populus alba et canescens actuels, les cinérites du Cantal nous font voir le Populus tremula, les tufs de Meximieux, le P, alba, enfin les marnes à tripoli de Ceyssac (Haute- Loire), le P. canescens. Ces trois espèces se trouvent donc fixées à partir du pliocène et depuis lors elles n’ont cessé de s'étendre en Europe et dans une partie de l’Asie, la première en suivant les cours d’eau et le fond des vallées, les deux autres en fréquentant de préférence les bois montagneux de l’Europe centrale. Le Populus tremula en particulier est moins méridional que les deux autres; il présente de nombreuses variations et se distingue par le dimorphisme de ses feuilles, celles des rejets rappelant le type cordiforme à crénelures marginales du Po-
pulus Zaddachi; il s'avance au delà du cercle polaire dans la direction du nord, et il est naturel d'admettre que son prototype ait pris naissance à de hautes latitudes, pour achever ensuite de se transformer dans certaines régions, en s'y localisant. Le Cantal pliocène représenterait une de ces stations mères.
. Il en a été sans doute autrement de certains autres groupes qui auraient acquis dès l’origine une extension considérable, à la faveur de l'égalité primitive des conditions de climat, Ges groupes auraient compris de bonne heure des espèces polaires et des espèces soit européennes soit américaines; mais celles-ci auraient ensuite succombé ou se seraient retirées devant les progrès du refroidissement et les races arctiques seraient venues postérieurement remplacer les premières, mais à une époque où ces races différenciées avaient déjà revêtu leurs caractères actuels, désormais invariables. Dans cette hypothèse, ce serait l'espèce individuelle qui se serait avancée du nord au sud, toute formée et non pas seulement en voie de formation. Si cette marche a eu pour conséquence d'introduire l'espèce émigrante dans les deux continents, le phénomène de disjonction se présente avec toute l'intensité qu’il comporte; mais il a pu se faire aussi qu'après avoir émigré l'espèce n’ait persisté que dans une des deux régions et que dans l’autre on ne la rencontre plus qu’à l’état fossile. Les genres Platanus, Sassafras, Liriodendron, Tilia et plusieurs autres nous offrent des exemples frappants de ces diverses particularités.
Les trois premiers de ces genres ont laissé des vestiges très apparents de leur présence dans un âge relativement reculé. Les relations intimes de la flore crétacée d'Amérique avec celles de la région arctique contemporaine se trahissent surtout par des formes de platanes et de tulipiers, communes aux deux contrées. L'un de ces platanes, P{. Heerii Lqx*, a été retrouvé par M. Heer dans la craie de Bohême où il avait été signalé sous le nom de Credneria rhomboidea Velen. ?. Le tulipier, de son côté, paraît exister dans la craie turonienne de la vallée du Rhône. Voilà donc une très ancienne diffusion de ces genres et si l’on joint à ces premiers indices celui qui nous est fourni par le Sassafras
1. Cretac. Fl., p. 70, tab. VIII, fig. 4, et IX, fig. 1-2. — Heer, Foss. F1. d. Polärland., VI, p. 72, tab. VIL, fig. 1-2, VIIL fig. 1-2 et IX, fig. 1-1. 2. Velenowsky, F{. d. Bohem-Kreideform., p. 11, tab. III, fig. 4.