ESPÈCES DE LA ZONE TEMPÉRÉE PRIMITIVEMENT ARCTIQUES
primigenium Sap., de Sézanne, il nous est permis d'affirmer l'existence, dès avant le tertiaire, de ces deux groupes représentés par des formes répandues &ans les divers pays dont nous connaissons les plantes fossiles.
En Amérique, la flore tertiaire du Lignitic comprend les Platanus aceroides et Guillelmæ Gœpp., qui se montrent aussi au Groënland et au Spitzherg et dont le Platanus occidentalis actuel n’est visiblement qu'un prolongement. En Europe, ces mêmes platanes ne se laissent voir qu’assez tardivement, dans la mollasse suisse à la Schrotzburg, ensuite à Schossnitz en Silésie, puis en Italie et dans la vallée du Rhône, sur l'horizon du miocène supérieur. Les Platanus aceroides et Guillelmæ, celui-ci tige probable du platane actuel d'Orient, seraient donc arrivés directement en Europe, des alentours du pôle, dans le cours du miocène; mais la présence à Ménat, à l’époque aquitanienne, d'un platane spécial, Platanus Schimperi (Acer Schimperi Hr.), atteste l'existence d’une espèce antérieure aux formes émigrées de l’extrème nord, espèce particulière à l’Europe centrale oligocène, sans doute plus sensible au froid que les dernières venues et qui aurait ensuite disparu.
Il en est exactement de même du Sassafras. Le S. stenolobum Sap., de Ménat, se rattache étroitement au S. primigenium Sap., de Sézanne et n’a rien de commun avec le Sassafras Ferretianum Mass. Celui-ci, qui par contre diffère à peine du Sassafras américain actuel (S. officinarum), se montre dans l’éocène supérieur du Groënland, d’où il a passé sans doute en Europe dans le cours du miocène, puisqu'on le retrouve en Italie, à Sinigaglia et au Val-d’Arno, sur le niveau du miocène supérieur, ensuite en France dans le pliocène inférieur des cinérites du Cantal. Le résulat serait semblable si nous parlions du Ziriodendron Procaccinii Ung., également très répandu dans le miocène supérieur et le pliocène inférieur d’une partie de l'Europe. Encore rare dans la mollasse suisse, il abonde à Sinigaglia et à Meximieux, après avoir eu son prototype dans une forme antérieure islandaise, tige probable des deux races, l’une européenne fossile à lobes obtus, l'autre américaine vivante, à lobes anguleux plus prononcés et plus pointus; il suffit de concevoir une modification des plus légères pour être amené de l’une à l’autre. Pour ce qui est des tilleuls, il faut considérer que
le type polaire, Tilia Malmgreni Hr., répandu au Spitzherg et au Groënland, lors du tertiaire ancien, correspond à nos tilleuls européens actuels; ce même type reparaît en Europe sur divers points, à partir du miocène récent, tandis que d’autres espèces d’un caractère bien différent, comme le Zilia expansa Sap., probablement nées sur notre sol ou venues d’ailleurs que des environs du pôle, ont depuis disparu sans laisser de traces.
Ce sont là en gros les résultats auxquels conduit l'étude des migrations polaires, au moyen desquelles la végétation européenne et celle de la zone boréale tout entière ont subi d’incessantes modifications, surtout à partir de la seconde moitié des temps tertiaires. Nous remplirions des volumes avant d’épuiser une matière aussi riche, dans laquelle, il faut le dire, la conjecture côtoie à chaque instant la réalité, sans qu'il soit possible pourtant de révoquer en doute celle-ci. Les corollaires, forcément variables par suite de l'insuffisance des documents, n’enlèvent rien à la force des preuves sur lesquelles reposent les termes mêmes de la question à examiner. Les alternatives que nous venons d'exposer ont pu n'être pas exactement celles que nous avons cherché à appliquer dans chaque cas particulier, mais on est assuré que d’une façon ou d’autre elles se seront effectuées, et les effets immédiats de l’émigration polaire ont bien été en somme ceux que nous avons essayé de préciser.
Pour achever de définir ce qui touche aux rapports de l’ancienne végétation polaire avec celle de la zone tempérée boréale, il nous reste à mentionner l'étroite parenté des flores alpine et arctique comparées, et de rechercher la raison d’être de ce lien, au point de vue évolutif. Cette affinité, indice certain d’une communauté d’origine , a frappé depuis longtemps tous les botanistes, comme constituant un phénomène de premier ordre dont ils ont cherché à déterminer le sens. La coïncidence entre les deux flores, vis-à-vis des conditions extérieures qui les gouvernent respectivement, consiste en ce qu’elles sont placées l’une et l’autre entre la limite où s'arrêtent les végétaux forestiers et celle qui marque le commencement du domaine des neiges perpétuelles. La différence provient de ce que, dans l’un des cas, c’est la latitude et l’obliquité des rayons solaires, et, dans l’autre cas, l’altitude et la raréfaction de l'air qui entraînent l’abaissement du climat. Les causes n'étant pas identiques, les