ÉTROITE AFFINITÉ DES FLORES ARCTIQUE ET ALPINE
résultats auraient dù entrainer plus de diversités que n’en présentent les flores en question mises en regard. Il est vrai pourtant que la condition principale, d’être recouvert et abrité par la neige, se trouve réalisée pour l’un ou l’autre des deux ensembles, et cette circonstance constitue à elle seule une adaptation d'une nature spéciale qui explique l’état rampant et la structure vivace des plantes soit alpines, soit polaires. Mais le nombre des espèces communes aux deux catégories est trop considérable pour ne pas faire admettre la supposition d’une seule et même origine. Les collections végétales se trouvant séparées par de grands intervalles, il s'agirait d'expliquer leur disjonction actuelle et de concilier ce phénomène avec l'hypothèse d’un même berceau, d’un point de départ unique, placés dans un âge tant soit peu reculé.
Remarquons d’abord que le niveau inférieur moyen des neiges éternelles s’abaisse toujours plus à mesure que l’on s’avance vers le pôle, surtout au delà du cercle polaire, jusqu’à se rapprocher du niveau même de la mer, en enlevant chaque fois à la végétation une partie du périmètre restant par suite de l’extension des glaciers jusque dans les vallées. Il se trouve ainsi que les deux causes et, par suite, les deux climats arctique et alpin se confondent, à l’intérieur de la zone circumpolaire, de façon à réaliser un seul et même résultat.
Les liens, qui unissent la flore arctique à celle des montagnes intérieures de l’ancien continent, sont tellement étroits que M. Hooker ‘ n’a trouvé au Groënland que six espèces non indigènes en Europe ou dans le nord de l’Asie, et ces six espèces sont justement américaines. Cette uniformité qui fait qu'aux yeux de certains savants, comme M. Charles Martins ?, la flore alpine tout entière n'est qu’un prolongement de la flore scandinave, autrefois continue, a été expliquée par cet auteur et, avant lui, par A. de Candolle et J. Hooker, au moyen des effets de la période glaciaire. L’abaissement climatérique de cette époque et l’envahissement des glaciers auraient permis aux plantes arctiques de pénétrer de toutes parts dans la zone boréale, jus-
4. Distrib. of. arctic. plants. — NVoy. aussi La végét, du globe, par A. Grisebach, trad. par P. de Tchihatchef, I, p. 73 et 92.
2. Voy. Les études sur l'origine glaciaire des tourbières, in Bull. de la Soc. bot. de France, t. XVIII, 1871, p. 433.
qu’au moment où la chaleur étant revenue, ces plantes auraient dû reprendre le chemin du nord, mais en laissant des colonies qui auraient remonté la cime des montagnes dont elles occupaient auparavant le pied et le pourtour. Mais il existe bien des objections à opposer à cette hypothèse ingénieuse. Si l’extension des glaces et l'humidité de l’âge quaternaire permettent de concevoir une certaine diffusion des types alpins au delà de leurs limites actuelles, surtout à la faveur des tourbières qui durent couvrir alors de larges espaces au bas des montagnes, au fond des vallées et jusque dans les plaines de l’Europe septentrionale, il est visible pourtant, en tenant compte des indices tirés de la flore quaternaire et des coïncidences entre la distribution ancienne et l’état actuel de beaucoup d'espèces européennes, qu'aucune catastrophe intermédiaire, aucune élimination ou refoulement en masse, n’est jamais venu interrompre la continuité qui soude la flore tertiaire à la nôtre, celle-ci n'étant que le dernier résultat d’une série d’oscillations et de changements partiels. Rien ne ressemble plus à la flore du quaternaire, que celle de la fin du tertiaire, sauf la présence en plus de certaines espèces méridionales sur des points d’où elles ont été refoulées plus au sud, et sauf aussi un aménagement un peu différent des plantes dans leur façon de se grouper.
Ce n’est pas le froid assurément qui aura chassé définitivement du sol européen le platane, le liquidambar et le tulipier, puisque le laurier-rose (Verium), bien plus sensible que ces arbres, a reculé seulement de deux degrés depuis le pliocène et que le figuier et le gainier, tout en rétrogradant de six degrés depuis le quaternaire ancien, n’ont cependant pas quitté le sol de la France. Le chêne vert, représenté autrefois à Meximieux par une race qui aujourd’hui encore habite la Corse, a pu se maintenir à Noirmoutiers. Les aires d'habitation respectives des Acer pseudo-platanus L. et opulus Vill., celui-ci propre à l'Europe méridionale, sont déjà tracées dès le pliocène, puisque c'est le second de ces types que l'on observe à Meximieux, dans le Cantal, en Italie, ainsi que dans le quaternaire de Provence. Le premier au contraire domine exclusivement dans les tufs de la Gelle et de Cannstadt. Dans la dernière de ces localités, sur l'horizon du quaternaire, on rencontre le Mespilus pyracantha maintenant méridional, le tilleul qui de nos jours s’avance jus-