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LIAISON DES FLORES PLIOCÈNE ET ACTUELLE COMPARÉES

qu’au delà de la Scanie, le Quercus sessiliflora qui occupe une aire encore plus étendue vers le nord. En Provence, à la même époque, le tilleul est déjà accompagné du Quercus pubescens Wild., race demeurée particulière au sud de l’Europe. Si le froid avait été assez violent pour permettre aux plantes arctiques de s'étendre, à travers les plaines de l’Europe centrale, jusqu'aux Pyrénées dont elles auraient ensuite gravi les pentes, pour s'étendre plus loin encore vers le sud, tous ces types arborescents et une foule d’autres, tels que le Pistacia lentiscus et le Ceratonia siliqua, auraient été éliminés de notre sol et n’auraient pu reparaître que dans des conditions très différentes de celles qui président à leur distribution géographique actuelle. Ce n’est pas le froid, remarquons-le, auquel nous devons la présence jusque vers les bords de la Méditerranée des Populus alba L., canescens Sm. et tremula, puisque ces espèces se montrent dès le pliocène inférieur, associées à d’autres maintenant émigrées jusque dans les îles Canaries. Le hêtre est répandu partout dans le pliocène et jusque dans la région pyrénéenne, où M. Rérolle en a recueilli dernièrement des échantillons presque identiques à notre #. sylvatica, à côté d’un tilleul qui est visiblement la souche de nos tilleuls modernes. Mais si l’arrivée et l'extension de ces arbres ne sauraient être attribuées à l’influence de la période glaciaire, le maintien d’autres espèces très sensibles au froid, comme le lentisque, le myrte, le caroubier, dans des stations fractionnées et accidentellement abritées de la Provence, ne saurait non plus s'expliquer, aussitôt que l’on admet un abaissement de la nature de celui qui aurait permis à la région alpine d'emprunter directement ses éléments floraux à ceux de l'extrême nord. Toutes ces impossibilités réunies doivent faire repousser l'hypothèse de Forbes, de Hooker et de Darwin comme incompatible avec les faits sérieusement observés; mais cette hypothèse une fois mise de côté, il faut bien en chercher une autre qui rende compte de la commune origine des plantes alpines et polaires, communauté difficile à révoquer en doute en présence de l'identité des deux ensembles.

Cette raison d’être, c’est en remontant plus haut et plus loin dans le passé que nous la découvrirons, à notre sens du moins. La flore alpine, de même que la flore arctique, représentent, selon nous, la végétation altitudinaire de l’époque tertiaire, végéta-

tion qui aurait occupé les massifs montagneux soit autour € pôle, soit à l’intérieur de la zone boréale, avant l'apparition d neiges permanentes, c’est-à-dire dans un âge où, même au noi de notre hémisphère, la température n’était pas assez basse por que la neige persistât sans intermittence sur les haut sommet Dès lors cependant les différences résultant de l’altitude devaie être assez marquées pour favoriser l'adaptation de certain plantes et en exclure d’autres. De là la présence d’une associe tion spéciale de végétaux qui dût être la même en deçà comn au delà du cercle polaire, puisqu'il s’agit d’un temps où le règr végétal présentait encore une remarquable uniformité, d’u bout à l’autre de notre hémisphère. A la faveur de cette unifo mité au moins relative, les races montagnardes ont dû compre dre à peu près partout les mêmes formes, prenant possession € divers moments et dans des circonstances variées des statior qui leur étaient les plus avantageuses, de telle sorte que cet adaptation ne pouvait que devenir plus étroite, au fur et mesure des progrès du refroidissement qui tendaient à aggrave de plus en plus les effets de l'altitude.

Par le fait, avant de devenir perpétuelles, les neiges des son mets ont nécessairement commencé par être sporadiques, pu annuelles, et cela à l’intérieur de la zone arctique, aussi bie que dans le reste de l’hémisphère; seulement le phénomène dû se produire plus tôt dans le premier domaine que dans | second, en s’échelonnant dans un ordre inverse de celui des lat tudes, toutes choses égales d’ailleurs au point de vue de l’élév. tion. Or, tant qu’il n’y a eu sur les montagnes, même arctique que des neiges semestrielles, iln’y a pas eu non plus de glaciers ni d'envahissement possible des vallées inférieures par les gle ces. C’est là un fait évident dont on est bien obligé de ten compte, en admettant que, selon toute apparence, c’est seule ment dans le cours du miocène, pour les terres arctiques, € dans le cours du pliocène, pour l’Europe centrale, que les neige permanentes et leur cortège de végétaux, c'est-à-dire l’établis sement des glaciers et tout ce que ceux-ci ont entraîné de cor séquences au point de vue de la végétation, se sont constitué pour la première fois. Il n’est pas besoin d’ajouter que la prir cipale et la plus immédiate de ces conséquences a été l’exelusio du périmètre envahi définitivement par la neige ou la glace de

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