LE SOCIALISME EXPERIMENTAL
rence, à supprimer la propriété privée, ^[ais ils prétendent d'abord tenter leurs expériences dans chaque village, dans chaque ville, et par la multiplicité de ces unités économiques étendre ce nouvel ordre de choses à tout le pays. C'est le système d'Owen, de Fourier et des socialistes les plus réfléchis.
L'avantage consiste à n'agir que sur une petite échelle. Ce qui s'est passé naguère en Suisse, dans la commune de Saint-Gall, en est un exemple frappant. La municipalité avait organisé une caisse d'assurance contre le chômage. Après un essai, on a constaté les difficultés que les esprits clairvoyants, tels que M. Droz, avaient su prévoir, et on a dû renoncer à persévérer dans cette expérience. Ce n'est pas à dire qu'on ne puisse pas renouveler d'autres tentatives de ce genre, chercher de meilleures conditions de succès. Mais jugez d'après cela des inconvénients et du désordre qui résulteraient d'une loi- générale pour combattre le chômage, appliquée imprudemment au pays tout entier*.
Ce genre de socialisme est très en vogue en Angleterre. La société des Fabiens ou temporisateurs s'attache à le répandre dans les idées et dans les faits. L'Angleterre a cessé d'être la terre classique de l'individualisme intransigeant, uniquement fondé sur l'initiative privée ; mais les Anglais conservent en toutes choses cette méthode
1. \'oir les deux circulaires du Musée social sur celte question.
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pratique, prudente et patiente qui avance avec lenteur sans reculer jamais. Ils ne croient ni aux révolutions, ni aux coups de main, et font peu de cas des martyrs.
La fraction modérée de l'ancien parti possibilïste présente quelques analogies et affinités avec cette conception du socialisme anglais. Son chef M. Brousse, autrefois anarchiste extrême, peutêtre même inventeur de la formule : Propagande par le fait^ et qui prêchait en chambre le meurtre des tyrans, s'est trouvé un jour exposé, en sa qualité de vice-président du Conseil municipal de Paris, à souhaiter la bienvenue à ces mêmes tyrans. Il peut invoquer toutefois ses théories communales, décentralisatrices, comme une conséquence logique de l'anarchie entendue, non plus au sens de Bakounine, mais de Proudhon. 11 passe aux yeux des purs pour un simple radical.
La théorie de M. Brousse se résume en ceci : organisation dans la Commune et dans l'Etat des seroices publics. Son socialisme n'a rien d'arbitraire, d'idéaliste, de sentimental : il n'est, d'après lui, que l'expression, la constatation de l'évolution économique qui s'accomplit fatalement sous nos yeux. La production a commencé par la famille, puis elle s'est développée sous forme corporative . Affranchie des liens corporatifs, l'industrie se concentre de plus en plus, aboutit au monopole, enfin le monopole tend à se transformer en service public, dans l'intérêt de tous. M. Brousse ^ énu-
1. fM Propriété collective et les Services publics, 1883. brocliure.
LE SOCIALISME SCIENTIFIQUE oo
mère à la fin de sa brochure, tous les services publics existant dans la société bourgeoise, et tous ceux qui restent à établir. Le programme radical s'en tient pour le moment à réclamer la nationalisation des chemins de fer, des mines et de Findustrie sucrière.
Les adeptes de AL Brousse ne sont pas en général partisans d'une révolution violente. Ils répudient dans les congrès, la propagande en faveur de la grève générale. Ils comptent toutefois que les services publics sans cesse accrus agiront à la manière de petites vagues qui, rapprochées insensiblement, finiront par submerger peu à peu la société bourgeoise, sans cataclysme, presque sans secousse, par le cours naturel des choses.
Le socialisme scientifique. — L'école marxiste qui se prétend fondée sur les données de la science, a des visées plus vastes et plus prochaines. M. Guesde, du fond de Sainte-Pélagie, en i883, a combattu violemment M. Brousse et sa marotte des services publics\ et son socialisme mitigé. La société actuelle ne laisse place à aucnn service véritablement public, c'est-à-dire également profitable à tous. Il n'est public que par les frais qui portent sur tous, et ne servent qu'au petit nombre : exemple, Tarmée, vouée à la défense de la propriété. Les broussistes ne parlent pas d'expropriation collective afin de ne pas brouiller leurs cartes électorales. Les industries centralisées par