LA QUESTION AGRAIRE
rivalités de personnes, les questions de tactique et de discipline, surtout en matière électorale; et les sectes militantes ne correspondent pas exactement aux sectes doctrinales. Bien plus, les nécessités de tactique altèrent les théories, les relèguent au second plan.
Les marxistes adoptent de plus en plus la méthode allemande. La thèse de Marx, quand on la comprend bien, est plus évoluiice que révolutionnaire. Elle repose sur cette conception historique que les révolutions se font, mais qu'on ne les fait pas. Ils condamnent, excommunient, comme ils l'ont lait au Congrès de Londres, toute action révolutionnaire dans les moyens employés, et cela dans rintérèt du but révolutionnaire qu'ils poursuivent. La conquête légale des pouvoirs publics est aujourd'hui le point essentiel de leur programme, et cet exclusivisme les différencie des autres partis socialistes, blanquistes, syndicaux, anarchistes. Devant le nombre croissant des voix socialistes, il faut que la bourgeoisie répète avec désespoir le mot fameux d'Odilon Barrot : La légalité nous tue. Une fois constitué parla majorité, le régime sociahste deviendra invincible.
La question agraire. — Les nécessités de cette tactique tendraient à écarter des marxistes les ouvriers des grandes villes les plus imprégnés de la tradition révolutionnaire insurrectionnelle, et à rapprocher les premiers des paysans, dont le concours électoral est indispensable.
Le marxisme est une théorie collectiviste exac-
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tement tailk'e sur mesure pour les ouvriers de la grande industrie, pour le prolétariat des grandes villes qui, sans propriété, sans foyer, restent actuellement sous un régime communiste oppresseur, auquel il s'agit de substituer un régime communiste libérateur. Avant qu'ils n'aient pénétré dans les corps élus, les marxistes étaient hostiles à l'action politique, répudiaient Faction parlementaire, proclamaient l'impuissance des méthodes pacifiques : le terme de candidat était dans leur bouche une injure. Il n'était question pour eux que de la lutte économique, de l'organisation syndicale. Aujourd'hui, ils rejettent cette lutte au second plan, condamnent la grève générale : grèves et syndicats n'ont plus pour eux qu'une importance secondaire. ^1. Kautsky, dans la Neue Zeit^ critique à ce point de vue le dernier livre de M. Deville. Ce qui est pour les marxistes français plus essentiel que d'enrégimenter des syndicats, c'est de recruter des électeurs. Aussi, ont-ils perdu tout contact avec une partie des syndicaux, qui ne voient plus en eux que de simples politiciens, et qui se rapprochent des blanquistes, voire des anarchistes, fidèles à la tradition révolutionnaire.
Il s'agit de conquérir les paysans avec lesquels on peut tout, sans lesquels on ne peut rien. C'est la question vitale. Mais voici la difficulté. Marx admettait que la propriété paysanne suivait le même développement que la propriété industrielle, et que le cours des choses amènerait fatalement la disparition du petit paysan, ce rempart