Leipzicjer Volkszeitung du •> novembre
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devant aboutir au krach définitif, Test encore moins. L'organisation des Trusts, ce phénomène économique si nouveau qui marquerait, selon quelques-uns, Tacheminement vers le collectivisme, prouve, en attendant, que la bourgeoisie n'est nullement incapable de limiter la concurrence, de mettre fin à l'anarchie de la production : par les Trusts, elle la règle et l'organise. L'extension des marchés, l'élasticité du crédit, l'augmentation énorme du capital, le perfectionnement des moyens de communication, démontrent qu'il n'y a pas de grande crise à redouter, et écartent l'idée d'un bouleversement social. La prétendue contradiction entre la production et la consommation, qui devait nécessairement conduire à une crise gigantesque, n'est, d'après M. Bernstein, que le produit suranné de la dialectique hégélienne : la philosophie de Hegel exige que tout se développe en contrastes et en contraires qui se suppriment et s'égalisent dans une unité supérieure.
Ce qu'on nous donne aujourd'hui comme signes des temps, les orages politiques qui menacent la France, l'Autriche, l'Italie, l'Espagne, l'ordonnance des langues en Bohème, la guerre d'Amérique, l'affaire Dreyfus, etc., tout cela n'a rien de commun avec la lutte de classes. L'erreur de Marx et d'Engels, c'est d'ignorer ou de méconnaître la complexité de la société moderne, c'est de jeter un grand voile sur la vraie force du capitalisme, de considérer la bourgeoisie comme à la veille de s'abîmer dans une catastrophe inévitable.
M. Bernstein et M. de Vollmar vont plus loin :
une catastrophe, même si elle était possible, ne serait pas souhaitable. Nous nous plaçons au point de vue socialiste. Si un bouleversement soudain, les désordres d'une guerre malheureuse, une grève générale, un courant du suffrage universel appelaient le prolétariat à exercer, du jour au lendemain, « une dictature de classe », il ne serait capable de gouverner ni au point de vue politique, ni au point de vue économique.
La thèse que Marx semble avoir empruntée au blanquisme, la foi en la puissance créatrice illimitée de la force révolutionnaire politique, de l'expropriation violente, — M. Bernstein la juge aussi fausse que dangereuse. M. Guesde exposait cette thèse à la Chambre, le i5 juin 1896, lorsqu'il s'écriait « que si les électeurs amenaient une majorité collectiviste à la Chambre, le jjarti ouvrier serait prêt en quarante- huit heures, et saurait intéresser à sa conservation les masses profondes du pays ». C'est la superstition de la Terreur de 179.3, la confiance en l'efficacité des gouvernements révolutionnaires, susceptibles de transformer, par un coup de baguette, l'état social, de nous faire passer, en un saut brusque, d'une société capitaliste dans une société socialiste, dont on néglige de nous indiquer l'organisation future.
L'histoire réfute cette utopie. L'échec de la Révolution de 1848 et de la Commune démontrent l'impuissance du prolétariat à diriger l'État d'une façon territoriste. M. de Vollmar est allé jusqu'à dire que les ouvriers parisiens auraient mieux servi leur cause si, durant ces jours néfastes.
ils avaient pu dormir d'un sommeil profond*. Comme en 1793, en 1848, en 1871, ce seraient « les amis du peuple », la petite bourgeoisie qui, en cas de révolution, arriveraient au gouvernail. Mais ils n'ont ni les mêmes habitudes, ni les mêmes intérêts, ni les mêmes visées que les travailleurs manuels, et rien n'est aussi instructif que de voir ce que devinrent par la suite les jacobins, les babouvistes, les vieux républicains de 1848, voire les hommes de la Commune, et à quel point ils oublièrent aisément, pour la plupart, leur ancienne clientèle. Dans nos démocraties, les corps élus, les pouvoirs publics manifestent une tendance invincible à la corruption.
Les difficultés économiques qu'une dictature du prolétariat rencontrerait devant elle, seraient insurmontables, et ne lui permettraient même pas d'exercer une action politique. On se trouverait en présence d'un problème insoluble. Le marxisme, remarque M. Bernstein, ne tient pas compte de l'importance de l'espace et du nombre dans la politique sociale : ce qu'on pourrait, à la rigueur, réaliser dans une petite commune, deviendrait impossible dans une nation. A l'heure présente, l'État ne pourrait prendre en main toute la production, l'organiser d'une façon unitaire, faire disparaître toutes les entreprises privées. Il serait obligé soit de lai^er ces entreprises à leurs
1. M. de Vollmar disaiL encore qu'exalter la Commune devant les ouvriers, est aussi coupable que de donner une fausse carte à un navigateur, qui le mènera aux récifs.
possesseurs actuels, soit d'en transmettre la direction à des coopératives ouvrières incapables de mener à bien cette tâche immense. Ce ne sont pas seulement les ressources financières qui seraient insuffisantes, mais la capacité d'administration, la technique, la discipline, la moralité, le self government, toutes qualités qui ne s'improvisent pas, qui ne sortent pas de terre, ainsi que le prouve l'échec si fréquent des coopératives de production. Et que serait cette administration nationale de l'industrie, dans une époque révolutionnaire où toutes les convoitises sont excitées, toutes les passions déchaînées, où toute discipline est anéantie?
C'est là encore un des points essentiels sur lesquels M. Bernstein, i\l. G. Sorel corrigent le marxisme. Ils unissent étroitement l'éthique et le socialisme.
« Il va trente ans, écrit M. G. Sorel, on avait une confiance extrême dans la science. On croyait qu'il existait une science sociale, fondée sur les sciences physiques et biologiques, capable de résoudre tous les problèmes posés par la Révolution. » Il n'existe malheureusement aucune science qui dispense les hommes d'être prudents, avisés, maîtres deux-mêmes, ou qui leur infuse ces qualités précieuses. Quand, toutefois, M. Bernstein, M. G. Sorel, M. Conrad Schmidt parlent de ramener le socialisme à la moralité et au sentiment de justice, ils ne le font nullement dans le sens de cet idéalisme vague et déclamatoire de 1848, pour lequel i\Iarx n'avait pas assez
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de sarcasmes. Il ne s'agit plus de prêcher la morale aux autres; il faut l'appliquer soi-même. Les mômes auteurs font ressortir Timportance de ces facteurs moraux, dont les marxistes, en France, ont pris parti de se moquer, — dans les institutions mêmes sorties de la classe ouvrière, purgées de tout élément bourgeois, — syndicats, sociétés coopératives, bourses du travail, mutualités. Un nouvel esprit de solidarité, une nouvelle conception du droit les animent. La moralité n'est nullement indifférente à la prospérité économique : les Tradcs Unions, le caractère des hommes qui les dirigent, étudiés par M. de Rousiers, en fournissent la preuve éclatante. « Ces unions, écrit M. Sorel, passent pour réactionnaires, mais le socialisme réaliste de ces ouvriers est beaucoup plus sérieux que celui des députés et des docteurs. » C'est dans son propre sein, dans la pratique de chaque jour, que la classe ouvrière doit d'abord créer l'esprit et la pratique socialistes. En ce sens, la question sociale est avant tout une question morale. Les ouvriers ne peuvent être vraiment libres que s'ils sont capables de se gouverner eux-mêmes : c'est encore le bien petit nombre.
Il convient donc de se montrer sceptique sur le rôle du prolétariat considéré comme le démiurge d'une société nouvelle. On ne saurait lui appliquer le mot de Siéyès : Que doif-il être ? Tout. Taine, au début de ses Origines de la France contemporaine, expose que les classes de l'ancien régime ont conservé le pouvoir aussi longtemps
qu'elles ont rendu les services dont la société de leur temps ne pouvait se passer. Il en est de même de la bourgeoisie. Les classes ouvrières ne la supplanteraient que si elles étaient capables, non seulement de donner à la production une meilleure direction économique, mais de constituer un droit, une morale, des coutumes supérieures à celles de la bourgeoisie; or ce n'est point le cas actuel.
Puisqu'il faut considérer comme erronée l'opinion que nous nous trouvons en présence d'une dissolution de la société bourgeoise, dissolution dont les classes ouvrières, les premières, auraient infiniment à souffrir, la démocratie socialiste doit orienter sa tactique en conséquence, substituer l'esprit de réforme à l'esprit de révolution, poursuivre son émancipation non en détruisant, mais en construisant, non par l'expropriation politique de la bourgeoisie, mais par l'organisation économique de la classe ouvrière.
Les socialistes doivent en conséquence chercher à acquérir de la puissance dans l'Etat [Machl) par leur organisation et leur nombre, mais non la domination [Herrschafl) qui ne pourrait être qu'éphémère. Ils doivent poursuivre toutes les réformes qui sont susceptibles d'élever la classe ouvrière et de favoriser le développement de la démocratie : droit politique électoral, liberté d'association ouvrière, coopération, etc. Aujourd'hui, parle bulletin de vote et les démonstrations populaires, on obtient ce qui eût exigé, il y a cent ans, une révolution sanglante.
Au point de vue économique, les ouvriers .1. BouBDEAu. — Évol. du sociaL 8
doivent s'organiser dans leurs syndicats. Les syndicats représentent dans Findustrie Télément démocratique : leur effort est de briser Tabsolutisme du capital, de donner aux ouvriers une influence directe dans la conduite des entreprises industrielles. M. Bernstein appelle de ses vœux le temps où les grèves ne seront plus conduites d'une façon sauvage, spasmodique, et où des conseils mixtes de patrons et d'ouvriers auront la mission permamanente de régler les salaires. Par les syndicats, les ouvriers obtiendront une part plus assurée des profits industriels; par les coopératives, ils recevront un profit commercial.
La lutte de classes apparaît dès lors non comme un combat mortel, mais comme une lutte pour le droit, une conscience croissante de l'égalité des droits. La démocratie n'est pas le privilège renversé d'une classe sur \me autre classe, c'est la liberté d'action de chacun et l'égalité légale de tous. La classe possédante a cessé désormais d'être un obstacle au progrès social. Qu'on se livre parmi elle à la propagande socialiste, afin d'accélérer ce progrès. M. Bernstein fait appel non à Tégoïsme d'une classe contre l'égoïsme de l'autre, mais à la solidarité de toutes les classes.
Quant au but final, l'auteur a causé un scandale chez ses amis d'Allemagne en disant « que le mouvement pour lui est tout, que le but final n'est rien ». Le mouvement, c'est l'effort vers le mieux. Marx exprimait d'ailleurs une pensée à peu près analogue, lorsqu'il déclarait « que le moindre mouvement lui semblait infiniment pré-
férable à une douzaine de programmes ». M. Bernstein cite ce mot de Cromwell : « Celui-là va le plus loin qui ne sait pas oi^i il va. » C'est-à-dire que celui qui connaît la direction générale vers laquelle il gouverne, et qui conserve le regard libre pour les conditions et les exigences de chaque joTn% va plus loin et plus sûrement que celui qui s'hypnotise dans la contemplation d'un but final spéculatif.
Ce but spéculatif, le collectivisme, n'est, selon M. Bernstein, que l'idée de l'élite. La poussée du monde ouvrier industriel vers cette socialisation générale des moyens de production n'est pas encore prouvée avec certitude. Les voix socialistes qui, malgré leurs constants progrès, ne représentent encore qu'une faible minorité des ouvriers de l'industrie, sont plutôt l'expression d'une aspiration indécise que d'une intention déterminée. Il est d'ailleurs invraisemblable que nous marchions vers un état de société purement collectiviste : nous devrons nous contenter d'un collectivisme partiel. La société de l'avenir ne peut être séparée de l'État présent qu'en degré, non en nature : elle ne peut être que l'évolution normale de la société actuelle, bien loin d'en être la négation. M. Bernstein ne saurait concevoir une société consacrant le droit absolu au travail, pouvant se passer de droit criminel, etc. Le socialisme, au point de vue moral, est pour lui synonyme de solidarité, d'esprit d'association; au point de vue matériel, de démocratie politique et de démocratie industrielle. Le développemerl de
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la démocratie, c'est le développement du socialisme, sans que nous puissions jamais imaginer une société figée dans une organisation définitive, immuable.
Que reste-t-il, après cela, du marxisme officiel? On nous a démontré fausses, par les faits et par les chiffres, qu'il eût été trop long de transcrire ici, toutes les parties de la doctrine, fausse la loi de la plus-value \ fausse la loi de la concentration capitaliste, fausse la loi de la paupérisation des masses, fausse la loi de corrélation de la puissance politique et de la puissance économique, fausse la loi des crises périodiques, fausse la loi de la grande catastrophe sociale. C'est la faillite du socialisme scientifique, plus exactement de l'utopie réaliste substituée par Karl Marx aux utopies idéalistes de ses précurseurs. Le socialisme ne devient scientifique qu'autant qu'il renonce à donner la vérité finale, c'est-à-dire qu'il reste une recherche, une étude de phénomènes changeants.
A mesure qu'il s'étend, le socialisme gagne en esprit pratique ce qu'il perd en précision doctrinale. (( C'est que toute réalisation d'idée, écrit M. Bernstein, en est une corruption, car elle représente son alliance avec la tradition. Le monde n'a jamais vu une création entièrement nouvelle : un nouvel ordre n'a été qu'un nouvel arrangement de ce qui existait déjà. Le cours des choses ne se
1. Quant à la loi du surtravail, M. Bernstein ne la considère que comme une vérité relative.
règle pas d'après la logique de nos raisonnements ; la réalité est toujours plus complexe que notre puissance de conception. )>
Le idées de M. Bernstein ont rencontré parmi les démocrates socialistes une vive opposition. Ils lui reprochent de regarder le mouvement socialiste du coatinent à travers les lunettes anglaises; c'est le point de vue des Trades Unions qu'il expose. Il ramène le socialisme à l'alliance avec le libéralisme bourgeois, alliance à laquelle Marx avait eu le mérite de l'arracher. Il arrive, avec des réticences, aux thèses de l'économie pohtique officielle.
M. Kautsky, le théologien marxiste par excellence, le principal auteur du programme d'Erfurt, a engagé avec M. Bernstein une longue polémiqu^'e. Bernstein, dit-il, veut séparer deux choses inséparables : Factivité réformiste et la propagande révolutionnaire. Le parti poursuit des réformes afin de fortifier la classe ouvrière, de la préparer à une révolution inévitable. Nous ne sommes pas des blanquistes, ajoute M. Kautsky, nous ne complotons pas des coups de main : nous devons plutôt nous attendre à subir un coup d'Etat. Qu'on le veuille ou non, on marche à la catastrophe annoncée par Karl Marx. Il faut donc, dès à présent, y préparer les esprits.
Des femmes. M- Zetkin, M^'^ Rosa Luxembourg, qui défendait au Congrès de Stuttgart les
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héros (le la Commune contre M. de VoUmar, se sont particulièrement acharnées contre M. Bernstein, qui a osé profaner l'idéal révolutionnaire. M"'® Zetkin demande que le parti rejette de son sein les Bernstein, les Yollmar qui cherchent à introduire en contrebande le possibilisme dans la démocratie socialiste. Mieux vaut une rupture avec ces hommes de compromis, d'abandon des principes. Un critique italien, M. Arturo Labriola, remarque à ce propos que « placer le socialisme sur le terre à terre de la société actuelle, c'est le priver du nimbe d'illusion et de mystère qui fait son extraordinaire force passionnelle, et lui donne l'impulsion et l'ardeur d'une foi religieuse ».
Qu'est-ce à dire, sinon qu'il y a deux socialismes, l'un à l'usage des foules, l'autre qui ne s'adresse qu'aux esprits cultivés ? M. Bernstein soulève uiie question de probité scientifique. Une erreur, dit-il, n'est pas digne d'être maintenue uniquement parce que Marx et Engels l'ont une fois exprimée, et une vérité ne perd rien de son importance, parce qu'elle émane d'un économiste antisocialiste ou d'un écrivain bourgeois. Pourquoi déclamer et prophétiser des miracles politiques et révolutionnaires, alors qu'on n'y croit plus ? Pourquoi s'enfermer dans une intransigeance qui ne mène à rien ?
M. Bernstein considère qu'il ne fait qu'exprimer et maximer la transformation intérieure qui s'opère depuis quelques années dans les partis socialistes du continent. Ils songent moins à la grande débâcle, ils vendent moins la peau de
Fours, il? sont plus portés à s'occuper des problèmes du jour. Pour l'Allemagne notamment, M. Bernstein constate qu'il est parfaitement d'accord avec le programme pratique de la démocratie socialiste, et qu'il changerait seulement quelques mots au programme théorique. L'attitude des socialistes au Reichstag et aux élections, la politique de compromis et de compensation sont la justification éclatante de sa thèse. La vieille tradition révolutionnaire de 1848 n'est plus que purement verbale : la violence du langage contraste avec la prudence des actes. La lutte contre Guillaume II rend toutefois difficile la position des socialistes modérés. Au fond, non seulement IM. de Vollmar, mais ^I. Auer, le secret empereur de la démocratie socialiste allemande, agissent en parfait accord avec la thèse de M. Bernstein.
Les idées de Karl Marx ne sont pas aussi répandues en France qu'en Allemagne. Chez nous on s'intéresse peu aux théories. La critique de M. Bernstein, signalée dans les revues du parti, n'a pas soulevé de discussions passionnées. D'ailleurs une réaction contre le marxisme s'était produite parmi les socialistes français dès i885 : MM. Benoît Malon, Rouanet, Fournière rompirent avec l'école marxiste. Cette philosophie représentait à leur yeux un matérialisme vieillot. Malon s'est efforcé de concilier, dans son Socia- Usine intégral^ l'idéalisme exclusif des socialistes de la première période et le réalisme non moins exclusif de la seconde. Il adopte la théorie de Marx sur l'évolution économique ; il appuie^cette
évolution par une théorie du progrès dans le sens de Faltruisme, selon Auguste Comte. IM. Gabriel Devillejuge ce socialisme deMalon « bon tout au plus pour les francs-maçons et les spirites ». M. Jaurès, M. Georges Renard, M. Fournière ont continué l'œuvre de Benoît Malon : ils ont construit leurs cités dans les nuages. Un dernier venu, M. Andler, dans une thèse retentissante, Les origines du socialisme d'Etat en Allemagne^ in-S*^, 1897 (F. Alcan, éditeur), est allé étudier en Allemagne les théories anciennes du socialisme d'État idéaliste, pour les opposer, avec une remarquable vigueur dialectique, au marxisme « en décomposition ». M. Andler propose de créer la justice socialiste à coups de décrets. Nous voilà revenus aux utopies de 1848.
Idéalistes ou non dans les théories, les socialistes français se montrent très opportunistes en matière de tactique. Ils ne diffèrent que par le degré. M. Jaurès, M. Millerand se rendent compte que les classes ouvrières sont avant tout préoccupées de réformes pratiques. Le mouvement politique en France a toujours devancé le mouvement syndical et coopératif; mais cela n'est point sans danger. L'exemple de l'Angleterre, de la Belgique, prouve au contraire que la classe ouvrière a beaucoup plus d'avantage à s'organiser elle-même qu'à tout attendre des politiciens. Si tel événement, telle surprise amenaient le parti socialiste au pouvoir, il en résulterait sans doute, comme en 1848 et en 1871, une réaction violente, un recul du mouvement ouvrier.