‹ L'évolution du socialismeChapitre 24 sur 78 · Neue Zeit, niai · texte numérisé non relu

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les entreprises communales. Maîtres des budgets, les socialistes doivent s'en servir contre la classe cléricale et nobiliaire en faveur des pauvres et des opprimés, établir des logements ouvriers, des systèmes d'assurance, nourrir et habiller les enfants des écoles.

Les idées de M. Brousse et de M. Adrien Veber s'imposaient ainsi, par la force des choses, à leurs adversaires socialistes d'autrefois. M. Millerand leur donnait la consécration suprême, lors du banquet des Municipalités de Saint-Mandé, au lendemain même des élections municipales de mai 1896, et son programme est devenu la charte du parti socialiste unifié depuis le Congrès de Paris (1899) : conquête des pouvoirs publics par le prolétariat organisé en parti de classe, entente internationale des travailleurs, socialisation des entreprises privées déjà constiluées en monopoles, aux mains des particuliers, ou des compagnies capitalistes telles que mines, chemins de fer, établissements de crédit, usines métallurgiques, à mesure de leur arrivée à maturité sociale. M. Millerand ne prononçait pas le mot de u Révolution ».

tJne fois que la porte des municipalités leiir a été ouverte par le suffrage universel, les conseillers socialistes ont tenté de se fédérer, afin dé fortifier leur action. Ils ont violé ou tourné la loi de 1881, qui interdit en termes formels tout groupement des administrations corrmunales. La rivalité des sectes socialistes a formé, jusqu'à présent le principal obstacle à l'unité du mouvement. En 1899 s'est tenu le septième congrès des socialistes

municipaux. Les articles principaux de leur programme ont trait à la journée de huit heures et au minimum de salaire pour les travaux communaux; à la suppression des taxes d'octroi et à leur remplacement par des taxes somptuaires et des centimes additionnels, aussi longtemps qu'on ne pourra appliquer l'impôt progressif sur le revenu; au refere7idurn sur toutes les questions financières, bien qu'il ne soit pas admis par la loi française ; aux unions départementales des municipalités socialistes ; à l'action d'ensemble substituée aux manifestations isolées; à l'autonomie communale; à la régie des travaux et à l'organisation des services publics.

Comment les municipalités entre les mains des socialistes ont-elles accompli ce programme? Des enquêtes ont été faites par M. Roseyro en 1896, par M. Ripaulten 1900, dans le Journal des Débats^ la plus complète qui ait été publiée, par un rédacteur anonyme du Temps, sur les municipalités collectivistes du Nord. Les sociahstes accusent les journaux « bourgeois » d'éplucher leurs budgets, parce qu'ils n'ont rien de mieux à faire. Mais eux-mêmes ont jugé utile et opportun de présenter leur justification, à la veille des élections de mai 1900, dans une suite de monographies, publiées par le Mouvement socialiste.

Pour apprécier exactement . cette gestion, il faudrait entrer dans le menu détail des circonstances locales, qui varient d'une ville à l'autre, examiner l'état des finances préparé par les municipalités précédentes. Un tel examen serait aussi

LE SOCIALISME MUNICIPAL loi

long que fastidieux Si Ton s'en tient, aux caractères généraux, on constate une évolution identique à celle qui caractérise le régime républicain établi en France depuis 1871, mais plus accélérée, parce qu'elle est plus démocratique, vers Faugmentation des dépenses, l'accroissement du nombre des fonctionnaires, et l'extension du protectionnisme ouvrier. Cela même tient à la force des choses. Les socialistes ne peuvent arriver au pouvoir et s'y mamtenir que parles satisfactions partielles données à leur clientèle ouvrière. Comme tout régime nouveau qui s'installe, ils sont obligés d'augmenter, contre leurs adversaires, le nombre de ceux qui ont un intérêt personnel acharné à le défendre, c'est-à-dire les fonctionnaires qui en vivent. Enfin, en admettant, jusqu'à la preuve du contraire, qu'ils soient personnellement désintéressés, il résulte de cette double nécessité que le budget des dépenses se gonfle, et qu'il faut augmenter pareillement celui des recettes, entamer les réserves des municipalités précédentes. Les municipalités françaises ne conduisent pas elles-mêmes, comme en Angleterre, de vastes entreprises industrielles et commerciales, en vue de subvenir à leurs besoins.

Afin de ne pas nous en tenir aux généralités, examinons deux municipalités : Roubaix et Dijon, dont le personnel dirigeant, bien qu'appartenant à la classe ouvrière, ou plutôt à différentes couches sociales de cette classe, est de valeur fort inégale. Tout, en dernière analyse, se ramène à la capacité des individus ; et ce ne sont point les

opinions professées qui déterminent ces capacités.

Roubaix nous est présentée comme la ville sainte du collectivisme, dont M. Guesde est le prophète. L'œuvre prolétarienne, créée par la municipalité socialiste, excite Tadmiration, l'enthousiasme de tous les partisans du système; l'auteur d'une brochure sur Roubaix socialiste^ M. Siauve Evauzy, traite de chacal à l'haleine fétide et voue aux dieux infernaux quiconque parle de cette œuvre dans un esprit de dénigrement.

Demandons-nous d'abord pour quelle cause spéciale Roubaix s'est trouvée une des premières villes de France possédant une municipalité socialiste. Grande cité industrielle, reliée à Lille par un long faubourg, Roubaix compte une population ouvrière, française et flamande, de 5o.ooo âmes, sur 125.000 habitants. Le reste se compose du petit commerce, et du personnel dirigeant des immenses usines de filature et de peignage dont les hautes cheminées s'élèvent comme une forêt et vomissent leur fumée noire. L'aspect de la ville, bâtie en briques, est assez propre, mais il ne faut pas pénétrer trop avant dans les courées du Coq français, par exemple, où grouillent entassées les familles ouvrières. Dans une autre partie de la ville, sur le boulevard de Paris, s'étalent de somptueux hôtels, qui ne dépareraient point les environs de l'Arc de Triomphe et l'avenue du Bois : sculptures, colonnes, doubles escaliers de marbre, tapisseries anciennes et plantes rares. Ce sont les demeures, imprudentes en cet endroit, des ma-

gnats de l'industrie, dont les rapides fortunes se sont édifiées à partir de i852. A s'en tenir aux apparences, Roubaix présente l'image d'une cité marxiste : grandes richesses accumulées entre quelques mains à un pôle, prolétarisation des masses à l'autre, par lessor fatal de la grande industrie. M. Guesde et ses amis ne pouvaient trouver un champ de propagande mieux préparé que ces villes et ces campagnes industrialisées du Nord . Joignez à cela que les élections de 1892 avaient été précédées par une grève malheureuse. Le travail de nuit pour les femmes existait encore, et elles sortaient de l'usine à l'aube, épuisées par les veilles, le bruit et la poussière, au moment où leurs maris y entraient, après les stations chez le marchand de vin.

On conçoit le succès des journaux qui leur peignaient leur situation sous les plus sombres couleurs, et leur promettaient la délivrance. Les camelots, les crieurs de feuilles incendiaires sont les petits prophètes du peuple, influents au même titre que les marchands d'alcool. Aussi trouve-ton les uns et les autres fréquemment représentés dans les municipalités socialistes. C'était la profession du citoyen Carrette, le nouveau maire de Roubaix : « et les riches fabricants de la ville, lorsqu'ils virent pour la première fois passer le camarade Carrette fumant son brùle-gueule, et se rendant à la mairie, après avoir vendu ses journaux, durent se dire comme l'huissier des Tuileries introduisant le ministre bourgeois Roland, qui se présentait devant la cour avec des souliers sans bou-

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des : (( Ah ! monsieur, tout est perdu ! » Ces mêmes bourgeois songèrent peut-être plutôt à une scène du Palais-Royal, le jour où ils apprirent que le même citoyen maire avait été arrêté par son propre commissaire de police pour tapage nocturne. Aux lettrés, la municipalité de Roubaix rappellerait la comédie d'Aristophane, les Chevaliers, peinture inoubhable de la domination de la plèbe, de rOchlocratie. Aussitôt élus, nombre d'édiles s'établirent mastroquets\ à l'enseigne des Trois- Huit, de V Union sociale, de la Femme sociale, etc. La Brasserie sociale du citoyen Carrelle est le théâtre de Tavènement au pouvoir d'une nouvelle couche de politiciens, les politiciens de cabaret, succédant aux politiciens de café. C'est dans une buvette, avoisinant la mairie, que se tiennent les conciliabules et que se préparent les votes. Les nouveaux maîtres de l'Hôtel de Ville semblèrent au début assez embarrassés de leur conquête. Ils conservèrent l'ancien secrétaire qui possédaitl'expérience et la pratique des affaires courantes. Puis il fut remplacé par un avocat, M. Chabrouillaud, que M. Guesde alla quérir à Limoges. On désignait communément M. Guesde comme le véritable maire de Roubaix.

La municipalité de Roubaix est fîère de ses œuvres d'assistance ouvrière. Elle a doublé la dotation des établissements de bienfaisance, depuis 1892, établi des cantines scolaires, donné des pensions aux indigents, organisé des fourneaux écono-

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