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Enquête de M. Huret sur la Oueslion sociale

iniques, réservé des fonds pour le rapatriement des ouvriers. Elle a édifié une cité des veuves qui se compose de trente-cinq maisons, distribué des vêtements, des layettes municipales, fondé des crèches municipales. Près de deux mille enfants ont été envoyés à Thôpital maritime du sanatorium de Saint-Pol. Il existe des bains municipaux, des étuves municipales. La mauvaise volonté de l'administration centrale n'a pas permis d'établir une pharmacie municipale, mais une puissante société coopérative, la Paix, fournit des médicaments à bon marché.

Un social démocrate allemand, qui visitait Roubaixen 1897, parlait avec admiration des établissements scolaires. « La commune, disait-il, nourrit, vêt les enfants, et se met ainsi à la place de la famille individuelle, appauvrie et désorganisée par la production capitahste. Elle crée la famille de l'avenir, la famille sociale, celle dont aucun des membres ne manquera du nécessaire pour la vie matérielle, intellectuelle et morale. )^

Cette commune-Providence choisit entre ses enfants. Gomme beaucoup d'autres municipalités socialistes, la municipalité de Roubaix fait de l'assistance politique, électorale, confessionnelle. L'œuvre des cantines scolaires ne s'étend pas aux écoles congréganistes. Les frais, supportés par tous, ne profitent pas à tous. Ce n'est pas cependant l'esprit anticlérical qui anime les socialistes dirigeants, car à Lille et à Roubaix, par exemple, ils vivent en fort bons termes avec le pasteur et le rabbin, sans parler de la franc-maçonnerie très

souvent représentée par ses gros bonnets dans les hôtels de ville socialistes et radicaux. Tous sont alliés contre le catholicisme, qui est l'ennemi.

Charité bien ordonnée commence par soi-même, Les maires socialistes s'attribuent des traitements, réduits par les préfets â la portion congrue, etpài'tagés à l'amiable avec les adjoints. Ces traitements remplacent, d'après eux, le salaire dont ils sont privés par le soin des affaires publiques. Mais ils ont de plus à satisfaire aux exigences de leurs amis. A Lille, par exemple, les honoraires des employés dans les différents bureaux ont augmenté, d'une municipalité à l'autre, de 75.960 francs. La municipalité de Roubaix s'est signalée par un népotisme exagéré. On a relevé les noms de cinquante-deux citoyens, appartenant aux familles directes des édiles, et pourvus de fonctions diverses, pour une somme de 45-200 francs par an. L'adjoint Lepers vient aii premier rang : il s'est fait attribuer une pension de retraite de 4oo francs pour bons et loyaux services dans le corps des pompiers ; deux de ses filles reçoivent /jo francs par mois dans les cantines scolaires; son neveu est concierge d'un square; son fils aîné, cantonnier fossoyeur, etc. De ce népotisme médiocre nous ne ferions pas aux socialistes roubaisiens un bien grand crime. L'exemple leur est venu de haut. C'est le cas de tous les régimes.

Un point essentiel de leur programme que les socialistes de Roubaix ont négligé, une fois au pouvoir, concerne l'institution d'une Bourse du travail. Ils en contestent l'utilité, ayant logé les

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syndicats dans l'immeuble de la société coopérative la Paix, et les ayant soustraits ainsi aux règlements imposés par les pouvoirs publics. Dans un immeuble municipal, il faudrait recevoir tous les syndicats qui voudraient entrer, et ils échapperaient ainsi à Tinfluence des politiciens dirigeants. De même, à Lille, la municipalité a substitué à une Bourse un hôtel des syndicats. A Montluçon, nous voyons les syndicats qui ne veulent pas faire de politique, et prétendent se consacrer uniquement à la lutte économique, à la défense de leurs intérêts professionnels, en conflit avec la municipalité socialiste, qui songe avant tout à assurer le recrutement de ses bataillons électoraux, et ne se soucie guère de voir se développer, en dehors d'elle, un mouvement syndical indépendant.

La municipalité de Roubaix n'a pas abordé la question des octrois, lune des plus importantes. Elle s'est bornée à diminuer les taxes sur quelques comestibles à bas prix, et à frapper ceux de consommation bourgeoise à un taux plus élevé. La meilleure opération qu'elle ait réalisée a été la suppression du régime d'abonnement pour bières fabriquées, et l'établissement d'une taxe d'après la quantité de bière mise en circulation. En 1899, la recette, de 600.000 francs, s est élevée après du double de ce que donnait l'abonnement en 1892.

La municipaUté socialiste de Dijon est une des seules qui aient cherché à résoudre le problème de l'octroi, et qui se soit efforcée de tenir scrupuleusement toutes ses promesses.

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Que des villes exclusivement industrielles comme Roubaix, soient gratifiées par le suffrage universel d'un conseil de prolétaires, cela semble résulter du cours normal des choses. Mais qu'une ville telle que Dijon, cité de vieille bourgeoisie et de gros commerce, ancien fief républicain et capitaliste de M. ]\Iagnin, envoie des ouvriers, et parmi eux un vidangeur illettré, siéger dans le palais des ducs de Bourgogne, c'est un événement qui peut causer quelque surprise. Non moins que le brûle-gueule du citoyen Carrette, les bottes du citoyen vidangeur prouveraient qu'il y a quelque chose de changé, sinon que tout est perdu. Le succès des socialistes à Dijon s'explique tout d'abord par les divisions de leurs adversaires. Aux élections de 1896, il y avait trois partis bourgeois en présence. Ces frères ennemis furent stupéfaits et consternés de voir la liste socialiste sortir victorieuse de leurs dissensions. Il faut ajouter que le parti sociaUste à Dijon est dirigé par deux hommes très intelligents, appartenant à l'élite ouvrière, le citoyen Chariot et le citoyen IMarpaux : de tempéraments différents, ils se complètent l'un l'autre. Le citoyen Chariot, ancien élève d'une école d'arts et métiers, dessinateur chez un chaudronnier industriel, est un organisateur de premier ordre. Le citoyen Marpaux, ardent propagandiste, l'un des membres dirigeants de la fédération socialiste de la Côte-d'Or, ne cesse de vanter la virilité et la fécondité du principe communaliste contre la centralisation jacobine et le parlementarisme. L'État embrasse trop pour bien étreindre. L'action dans la

commune éveille le peuple à Texercice de ses droits. Aujourd'hui il tend la main, demain il exigera'.

De même que la municipalité de Roubaix, la municipalité de Dijon a développé les œuvres de protection ouvrière, les crèches, les cantines scolaires, etc. Elle a obtenu des pharmaciens une réduction de 5o p. loo pour les assistés, et de 33 p. loo pour les ouvriers syndiqués.

Des mesures spéciales ont été tentées en vue de remédier au chômage. On a pris pour modèle les syndicats de typographes. En 1896, la municipalité donnait une subvention égale au triple de la cotisation des intéressés, puis cette subvention a été réduite au double, avec la limite de 2 francs par jour. C'est pour la commune une dépense de 6 à 7.000 francs par an.

Le pain a été taxé officiellement, avec l'approbation du syndicat de la boulangerie.

La municipalité a pris le théâtre en régie, il coûte à la commune de 60 à 70.000 francs par an. Les socialistes vantent leurs préoccupations artistiques. La municipalité de Lille prétend, non sans quelque exagération, qu'elle a sauvé le Musée, abandonné à l'incurie bourgeoise. Celle de Dijon aspirait à relever le niveau de la comédie et de Topera. Nous entendîmes à Dijon le Tannhauser, passablement chanté. A Lille, quatre cents places gratuites sont réservées aux amis de l'hôtel de ville. A Dijon, on s'est borné à réduire les tarifs des petites places.

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