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Mouvement socialiale du l^'- avril i'JÛU

Enfin, deux tentatives ont été faites pour supprimer l'octroi, elle ont été rejetées par le ministère Méline. Le dernier projet, accepté par le ministère Waldeck-Rousseau, a été approuvé par la Chambre, sans aucune opposition de la part du ministre des Finances, bien qu'il créât un précédent dangereux, en autorisant la commune à établir une taxation directe. Il avait l'inconvénient de dégrever l'alcool, et d'établir un impôt progressif sur la propriété, impôt qui devait être payé, en dernière analyse, par les électeurs sous forme d'accroissement de loyer. Très correctement la population avait été consultée par voie de référendum non officiel. Mais elle s'était abstenue, se réservant de répondre aux prochaines élections municipales. Il y eut un nombre dérisoire de votants : 2.100 oui contre 600 non.

Sur les autres points, la municipalité, contenue par une opposition vigilante, et, comme nous l'avons dit, sous l'influence d'hommes capables, n'avait rien désorganisé et avait administré prudemment les finances de la ville. « En quatre ans, les édiles dijonnais, écrivait M. Marpaux, composés en majeure partie d'ouvriers manuels, ont fait plus que le Parlement en trente années de politique exclusive. »

La majorité des électeurs de Dijon n'a pas goûté toutefois les bienfaits de cette municipalité modèle. Tous se sont unis contre les collectivistes qui allaient faire passer la progressivité de l'impôt de la menace à l'exécution. L'effet a été tel, remarque M. Kergall, ^que, pour expulser la municipalité

socialiste, on a vu se produire contre elle non pas seulement la concentration républicaine, mais la concentration des conservateurs, des opportunistes et des radicaux, alliés contre l'ennemi commun. Chacun des trois partis figurait pour un tiers sur la liste anticollectiviste, trente -quatre candidats sur trente-six ont été élus.

C'est un avertissement salutaire aux socialistes : ils s'aperçoivent, à leurs dépens, que le suffrage universel est instable de sa nature, que les électeurs sont changeants. Ils ont fait jadis la même expérience à Saint-Ouen. De même à Calais, la lutte homérique des citoyens Delcluze et Salembrier, appartenant à des organisations socialistes rivales, s'est terminée par Féchec général du parti. Il y avait autrefois vingt-six socialistes et trois républicains, la proportion est aujourd'hui renversée en faveur de ces derniers.

C'est Paris qui a infligé aux collectivistes la défaite la plus éclatante, en remplaçant aux élections de mai la majorité radicale socialiste par une majorité nationaliste. A la veille des élections, un candidat socialiste, M. Maurice Charnay, publiait le programme le plus alléchant pour les électeurs parisiens. Il rappelait que, sur les quatrevingts membres qui siégeaient à l'Hôtel de Ville, trente socialistes faisaient la loi, et s'inspiraient des principes du collectivisme communal. Il s'agissait désormais de développer ces principes, de donner non pas seulement l'eau gratuite, mais le pain gratuit <( et le reste ». Ce « reste » fait rêver. En matière de services publics, M. Charnay

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répudiait l'hérésie tempérée de M. Paul Brousse, la commune ne doit pas se substituer aux compagnies pour empocher les bénéfices. Les services publics doivent fonctionner à prix de revient. La commune trouvera ses ressources ailleurs, dans la poche des riches, par l'impôt progressif. Si Ton ne peut supprimer l'octroi, on dégrèvera les boissons hygiéniques par un impôt sur la propriété bâtie. Dans le budget des dépenses obligatoires, sur 822.704.000 francs, ii3.ooo.ooo vont à la dette municipale. Or, l'emprunt procède de l'ordre antisocial : c'est un placement pour les rentiers ; l'amortissement est payé par les pauvres. Plus d'emprunt, mais obhgation pour les propriétaires de Paris de restituer à la ville les trois ou quatre milliards dont ils se sont enrichis, par suite de la plus value foncière.

Les électeurs parisiens ne se sont pas laissé prendre à cette amorce, ni à d'autres du même genre. Ils ont envoyé siéger à l'Hôtel de Ville quarante nationalistes et dix ou douze libéraux de gauche, contre une vingtaine de socialistes, et on a vu par là combien sont peu solides et faciles à retourner les prétendus groupes socialistes.

Si l'on cherche les causes de cette transformation, on y trouvera non pas seulement une réponse à la politique de M. Waldeck-Rousseau ; mais aussi une réaction contre l'ancien conseil, ses couronnes distribuées au livre de M. Urbain Gohier ; — le mécontentement et l'irritation suscités par les scandales financiers qui ont été rêvées; — le désir de s'émanciper des tyrannies de

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quartier et de coterie, de la dictature des journaux, des conseillers municipaux professionnels, qui traitaient Paris en ville conquise ; — enfin la profonde désaffection des petits commerçants, pris entre les grands magasins et les coopératives ouvrières, auxquels les socialistes annoncent la ruine irrémédiable, et qui ne se soucient guère de se changer en fonctionnaires dans la société collectiviste de l'avenir. La petite bourgeoisie prévoit dans la législation sociale une menace très réelle et très tangible pour ses intérêts. Enfin, dans les classes pauvres, l'Assistance publique tant vantée est considérée comme une détestable administration qui, avec un budget énorme, servirait principalement à nourrir son personnel.

Aux yeux de certains socialistes qui ont peu de goût pour la politique et les politiciens, les élections parisiennes constituent un a bon coup de balai ». Mais cet échec si sensible et si retentissant à Paris, a été compensé par des succès en province. Un jeune écrivain socialiste, M. Hubert Lagardelle, estime que le nationalisine, qui s'est abattu sur Paris, aurait conquis la province, s'il l'avait attaquée, tant est grande, ajoute-t-il, la stupidité des petits bourgeois d'un sou, confits dans une éducation primaire et secondaire stupidement patriotique, et qui se mettent si aisément à la remorque « des Jésuites, des assommeurs et des faux Césariens, « pour parler le langage de M. Jaurès. Cependant les socialistes en province ont gardé nombre de positions et conquis de nouvelles places fortes aux dernières élections, cela,

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il est vrai, grâce à l'alliance des radicaux, et même à l'appui du gouvernement.

Les socialistes sont maîtres des plus grandes villes. Lille a élu, en mai, 24 socialistes et 12 radicaux. A Roubaix, malgré la lutte si courageuse organisée par M. Motte, qui supplanta jadis M. Guesde à la Chambre, le citoyen Carrette a été nommé maire par 20 voix contre 12 à M. Rousselle. Du moins il existe désormais à Roubaix une minorité de surveillance et de contrôle. A Marseille, le D'" Flaissières a été de nouveau proclamé maire au chant de la Carmagnole, de même à Narbonne, le médecin hypnotiseur Ferroul. Rordeaux, Limoges, Rourges, Vierzon, Montceau-les- Mines, Carmaux, Albi, Toulouse, Garcassonne, Nîmes, etc., possèdent des municipalités socialistes plus ou moins teintées de radicalisme. A Lyon, c'est un radical socialiste, M. Augagneur, qui est élu maire. Il vient d'enrichir d'un nouvel article le socialisme communal, en proclamant la nécessité de créer une université municipale dont le programme constituera a la synthèse des connaissances, base de toute conception scientifique de la nature, de l'homme et des rapports sociaux ». Le progrès des socialistes dans les petites villes et dans les communes rurales n'est pas moins important.

Tout cela promet de beaux jours au socialisme municipal.

Get exposé, trop sommaire et à vol d'oiseau, permet du moins de se rendre compte des progrès du socialisme municipal, et ne justifie que trop

bien les prévisions de M. Léon Donnât, lorsqu'il sonnait, en 1889, la cloche d'alarme. A un mouvement si i^énéral et si intense, il est sans doute superflu d'opposer des barrières simplement doctrinales, d'essayer de marquer la limite théorique entre l'action de l'État et celle de l'individu. Autant vaudrait, selon une comparaison chère à Gambetta, essayer d'arrêter la cataracte du Niagara avec un ressort de montre. M. Paul Leroy- Beaulieu parlait récemment de l'accroissement si considérable et de la transformation si rapide des villes, par suite des nouveaux moyens de communication. Dans notre vieux pays de France, toutes les habitations de l'homme sont à reconstruire, et moins encore dans les grandes villes que dans les petites et jusque dans les hameaux les plus humbles. Au point de vue de l'hygiène, de la salubrité des logements, de l'eau, de l'éclairage, des transports, la tâche de perfectionnement est immense. Le temps des municipalités indifférentes et inertes est désormais passé sans retour. Mais nous distinguerions entre l'esprit social et l'esprit socialiste. Le premier est commun à toutes les classes et s'adresse surtout à l'initiative privée, à l'association libre; le second est aussi exclusif que l'était, par exemple, le gouvernement si décrié de la bourgeoisie après i83o, et il fait appel à la contrainte de l'État.

Les partisans du socialisme municipal attaquent l'âpreté au gain, le caractère sordide des entreprises privées, au détriment du public ; la croissante nationalisation leur semble d'ailleurs le ré-

sultat fatal de révolution démocratique. Une fois telle branche de l'industrie nationalisée, elle ne revient jamais en arrière. Les adversaires contestent ce fait : n'avons-nous pas vu en France des chemins de fer de l'État revendus aux Compagnies? On parle des bénéfices réservés aux actionnaires dans les entreprises privées, les monopoles, mais il faut tenir compte, d'autre part, des frais énormes qu'entraîne le socialisme municipal. On a calculé qu'en Angleterre, pendant les dernières années, les dettes locales s'étaient accrues de 120 pour loo. La conduite des grandes entreprises municipales exige des capacités supérieures, le dévouement à la chose pubhque, et le suffrage populaire opère trop souvent une sélection à rebours. En Angleterre les services communaux donnent de bons résultats parce qu'ils sont conduits commercialement, et non politiquement. Par la politique, une porte reste toujours ouverte à la corruption et à la fraude. Les u Tammany » et les « Maffia » s'organisent. Voyez ce qui s'est passé à Toulouse et à Marseille. Une protection ouvrière, systématique et exagérée, éveille des espérances et amène des déceptions sans fin. Si l'expérience, toutefois, est trop désastreuse, les citoyens eux-mêmes sauront bien la réduire et la restreindre.

On nous dit, d'autre part, qu'il ne faut pas s'effrayer outre mesure de l'extension d'activité des pouvoirs publics : l'initiative privée marche du même pas. La complexité croissante de la vie sociale le veut ainsi. L'État ne finira jamais par

tout absorber, comme le rêvent les collectivistes, car ce serait Fappauvrissement universel. UEtat excelle à dévorer les richesses, mais il est impuissant à les créer. M. Sombart estime que le siècle qui va s'ouvrir verra le développement parallèle du socialisme d'État et communal, et de la coopération libre. IMais il se flatte que la coopération restera le centre de gravité du mouvement social. Et parmi les socialistes ceux-là font le même vœu, qui considèrent sans enthousiasme la commune devenue la nourricière et la pouponnière du genre humain, et pour qui c'est une idée singulière que de prétendre réformer le monde par le bulletin de vote et les fonctionnaires : pour eux, la politique tend à corrompre les masses, bien loin de les élever moralement.

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