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CHAPITRE V

En France, en Allemagne, en Autriche, en Italie, les partis socialistes ont tenu leurs congrès, leurs conseils cle guerre; en septembre 1900, ils se sont réunis en un grand Congrès à Paris, où étaient convoqués les partis socialistes du monde entier, et ils ont tenté de ressusciter sur de nouvelles bases Tancienne Internationale de Karl Marx.

L'intérêt principal de tous ces Congrès, c'est que nous voyons une évolution analogue se produire dans les différents pays industriels. Les sectes socialistes se transforment en partis politiques, concluent des alliances avec les autres partis; en France des socialistes participent au pouvoir en collaboration avec la bourgeoisie que, d'après leurs théories, ils prétendent détruire.

Les élections qui ont eu lieu en Italie au mois de juin dernier ont marqué une poussée en avant des partis avancés. Les électeurs républicains et

radicaux unis ont recueilli 129.753 voix, les socialistes en ont obtenu 2i5.84i. En 189?, ils en comptaient seulement i34.5o2. Si des élections avaient eu lieu après l'assassinat du roi Humbert par Gaetano Bresci (juillet 1900), il est probable que les voix socialistes auraient été moins nombreuses. Ce crime stupide n'a fait que soulever l'opinion contre les partis avancés.

Pourtant les socialistes italiens n'ont rien de commun avec les anarchistes : dès leur premier congrès, sur le modèle de la démocratie socialiste allemande, ils ont écarté les anarchistes de leur parti. Ils n'aspirent à la révolution que par la conquête légale des pouvoirs publics. Ils répudient toute révolte individuelle ou populaire, tout blanquisme, comme ne pouvant que susciter des représailles, amener pour leur parti une défaite et un recul. Contre les armes et les armées modernes, les barricades doivent être reléguées au musée des antiques. De longtemps on ne verra se reproduire une insurrection comme celle de Milan si aisément écrasée. Bresci croyait déchaîner en Italie une émeute et une révolution, il n'a fait qu'accroître les sympathies pour la maison de Savoie.

Les socialistes italiens ont protesté contre lacté de Bresci, contre l'assassinat politique en général. La lutte de classe, a dit un de leurs publicisles, ne signifie pas la hai7ie de classe. M. Jaurès, contrairement à ce sentiment humanitaire, exaltait un jour la haine créatrice. Mais, tout en répudiant ce forfait, les socialistes italiens ont refusé de se

joindre aux cérémonies funèbres, de rendre homrnage à un roi, même couché dans le cercueil. L'un d'entre eux, et des plus sympathiques, M. de Marinis, a fait exception. Député socialiste et membre du Bureau de la Chambre, il a assisté en cette qualité aux funérailles du roi Humbert, et à la prestation du serment à Victor-Emmanuel III. Mais il a été censuré, attendu « qu'un socialiste ne peut se prévaloir de sa liberté individuelle, en dehors des délibérations de son parti ». M. de Marinis a refusé de se soumettre à cette tyrannie. Il a donné sa démission du groupe parlementaire socialiste de la Chambre; il a déclaré que le respect de sa personne l'empêchait de comparaître au Congrès de Rome; en d'autres termes, qu'un socialiste a une conscience et un honneur. Et nous verrons de même, en France, un député, M. Rouanet, revendiquer sa liberté contre l'absolutisme du comité général. C'est là une conception bourgeoise du socialisme, c'est, à vrai dire, de l'individualisme.

La question principale qu'avait à discuter le congrès concernait la tactique et les alliances électorales^ sujet essentiel traité à tous les Congrès qui se sont succédé en septembre, et sur lequel les Italiens comme les Français sont divisés en autonomistes et en centralisateurs. Ces derniers, les intransigeants, n'admettent pas l'autonomie électorale, fédérale, le soin laissé à chaque circonscription de choisir ses alliances, son programme électoral, de l'adapter aux circonstances économiques si diverses des populations italiennes.

LE SOCIALISME POLITIQUE m

Nous sommes encore trop faibles, a dit le professeur Ferri, pour conclure des alliances avec les autres partis. Nous serions absorbés par eux, le parti socialiste perdrait son caractère propre. — Les partisans de Tautonomie, au contraire, rejettent les programmes uniformes comme des clichés monotones, que Ton répète à tout propos, au heu d'étudier la condition de chaque provmce, de se rendre compte des besoins de la population, ce qui est le seul moyen de gagner des voix, et ce qui exclut une tactique unique ^

C est cette dernière opinion qui Ta emporté au Congrès de Rome à Sy voix de majorité.

La querelle entre M. Enrico Ferri et M. Turati, sur cette question, est identique à celle qui divise bien plus violemment M. Guesde et M. Jaurès.

Le parti a été réorganisé. Le Comité directeur se compose de ii délégués, dont 5 membres appartiennent au groupe parlementaire de la Chambre, i à la presse du parti, et 5 membres sont élus chaque année par le Congrès.

Un secrétariat économique a été nommé, pour réveiller de sa torpeur l'action syndicale, favoriser le mouvement coopératif-.

Le Congrès de Mayence a été Tun des plus tranquilles qui aient été tenus parles social-demo-

1. Les socialistes n ont conquis en Italie au^^;;;^ ^^^^^^^^ cipalité importante et, plus scrupuleux ^^^^"^"^ français, ils se refusent de partager le poux ou axec iradicaux.

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