LE SOCIALISME D'ÉTAT DE NAPOLÉON III
tenir au dedans, avec une main de fer, toutes les velléités de résistance et de révolte, mais de protéger l'ouvrier pour tout ce qui touche à Tamélioration matérielle de sa classe, afin de prouver que le césarisme démocratique conduit plus sûrement que la liberté à Témancipation des travailleurs. Louis-Napoléon s'était présenté comme un empereur socialiste. On se souvenait de ses écrits de Ham sur l'extinction du paupérisme. Les travaux publics des grandes villes, la transformation de Paris sont destinés à combattre le chômage. Les millions confisqués aux d'Orléans doivent alimenter les caisses de secours ouvrières. On édifie des hôpitaux, on développe les sociétés de secours mutuels. L'Empire, en dernier lieu, songeait à organiser une grande caisse d'assurance ouvrière. L'augmentation colossale des caisses d'épargne témoignait de la prospérité de couches sociales de plus en plus étendues.
L'effet de cette politique ne fut pas celui qu'en attendait l'Empire.
En présence de l'enrichissement si rapide des classes dirigeantes, les salaires, même élevés, semblaient à l'ouvrier une dérisoire aumône.
Joignez à cela l'orgueil qui s'était emparé des ouvriers depuis i848, le sentiment croissant de leur importance et de leur force, l'effet profond de l'élargissement du suffrage, la porte ouverte aux débats pohtiques à partir de 1860.
Dès l'instant où les masses inorganisées, accumulées dans les villes, ont conscience de leur
solidarité sociale et commencent à prendre une position indépendante vis-à-vis des questions de la vie publique, le quatrième Etat est né, et un facteur de la plus haute importance entre sur le champ de bataille de l'histoire.
Une doctrine, celle de Proudhon, la seule qui eût surnagé au naufrage de 1848, répondait au besoin d'indépendance et d'action séparée des classes ouvrières.
Les partisans de Proudhon ne semblaient pas bien dangereux. Proudhon versait ses sarcasmes sur le communisme, sur le jacobinisme. Il cherchait à concilier l'individuahsme et le socialisme, il donnait aux ouvriers des conseils de modération, désapprouvait les grèves, préconisait les réformes. Cela faisait oublier un tout autre aspect de sa doctrine. Car à l'esprit pratique il joignait le sentiment révolutionnaire, des exigences positives de justice et de liberté. Il était anti-étatiste, anarchiste, critiquait la propriété bourgeoise, glorifiait l'avènement futur du Quatrième État.
C'est ce côté de la doctrine de Proudhon qui séduisait la jeune génération ouvrière. Sauf un petit groupe qui s'était laissé gagner par les promesses du socialisme impérial, les vrais proudhoniens étaient hostiles à FEmpire, bien que Proudhon lui-même ne le fût pas. La plupart des ouvriers se rattachaient au républicanisme.
Plus fort que l'influence des théories est Tins-