La Cotnédie socialiste, p
traire, l'article 4 16 du Code pénal, abrogé malencontreusement par l'article i^"" de la loi de 1884 sur les syndicats professionnels, et qui punit d'emprisonnement et d'amende les ouvriers, patrons, entrepreneurs reconnus coupables d'avoir porté atteinte au libre exercice de l'industrie et du travail... Ce ne seraient là que des palliatifs.
Le but à atteindre consisterait, comme le dit M. de Rousiers, à voir l'ère des relations diplomatiques et des discussions raisonnables succéder à 'ère de guerre perpétuelle. Entre deux puissances de même force, les chances de conflit aigu s'éloignent. La lutte est trop incertaine : on tente au préalable de discuter et de s'entendre. A mesure qu'augmente l'importance des groupements ouvriers, leur intervention s'exerce d'une façon plus intelligente eu égard à leurs intérêts professionnels, ils cherchent à entretenir de véritables rapports d'afl'aires avec leurs employeurs. Et il en est de même des syndicats d'entrepreneurs. Sans doute la paix n'est pas assurée par là. Les grèves et les iock oui de Londres et de Danemark ont été justement le résultat de ces vastes organisations : mais on ne s'engage pas à la légère dans des luttes pareilles. A la suite de cette nouvelle politique de compromis succédant à celle des représailles, on a constaté aux Etats-Unis que la pro portion des grèves ordonnées par les Unions est descendue de 82,4 pour 100 à 69 pour 100*. Des
1 . Vigouroux, la Concentration des forces ouvrières dans V Amérique du Nord, p. 260. — Liesse, le Travail, p. 4ip.
T. BOUBDEAu. — ÉvoL du socidl. 16
organisations d'ouvriers et de patrons pareillement puissantes peuvent devenir un gage d'entente, de paix relative.
Un publiciste, M. Hector Dépasse*, écrivait à propos de la grève du Creusot : « On a souvent remarqué entre les patrons anglais et les patrons français une différence qui explique bien des choses. Les patrons, en Angleterre, les grands chefs et créateurs d'industrie n'ont pas craint d'organiser leurs ouvriers, ils les ont aidés à se donner des chefs à eux-mêmes, à se créer des bureaux, des conseils, des associations, parce qu'ils sentaient qu'alors ils auraient affaire à des hommes conscients et responsables; ils savent à qui s'adresser dans les difficultés pour les résoudre, et ils savent aussi que les engagements pris seront fidèlement tenus. Au contraire, les directeurs d'industrie, en France, aiment mieux se trouver en présence d'mdividus isolés, d'une poussière d'hommes qui s'agite confusément autour d'eux. Ils préfèrent traiter avec des ateliers anarchiques plutôt qu'avec des syndicats organisés. Mais alors ils n'ont aucune garantie^ personne ne répond des conditions souscrites envers le patron. Et qui dira quels effets différents doivent être exercés, par l'organisation et la vigueur des uns, par l'anarchie et la faiblesse des autres, sur la force et la fécondité, et la qualité de la production elle-même? Et de deux peuples qui comprennent si contrairement l'usine moderne,
1, L Arbitrage et les Grèves. {Revue Bleue, octobre 1899).
quel sera, croyez-vous, le vainqueur dans la concurrence universelle? »
M. de Molinari, dans une étude sur la guerre civile du travail et du cnjoital^ préconise le même changement de régime industriel, la substitution du Contrat collectif au Contrat individuel ». A la longue, les industriels ont fini par reconnaître quen traitant avec les collectivités ouvrières pour la conclusion du contrat de travail pendant une durée plus ou moins longue et toujours renouvelable, ils obtiennent une sécurité que ne présente pas le contrat individuel. Ils ne sont pas exposés à l'abandon soudain du travail au moment où les commandes affluent. Ils peuvent réclamer des dommages-intérêts à l'Union, si elle manque à ses engagements. Le contrat collectif, préféré par les patrons au contrat individuel, tend à diminuer sensiblement les grèves.
M. de Molinari et M. Dépasse constatent que cotte appréhension pour l'organisation ouvrière s'est montrée assez clairement dans la grève du Greusot. Mais il importe de rappeler que les rapports d'ouvriers à patrons ont été longtemps, e7i Angleterre même^ aussi anarchistes qu'en France, et que la diversité de caractère du mouvement ouvrier, dans les deux pays, répond aussi à une inégalité de développement. Les trade-unionistes de i833 songeaient à supprimer les employeurs capitalistes. Ils se heurtaient à un refus absolu de tolérer, ou même de reconnaître leurs organisa-