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Journal des Économistes de septembre

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tions. Ce n'est qu'à partir de i85o qu'on a vu peu à peu se constituer, en Angleteire, une hiérarchie spéciale du travail dans les syndicats, qualifiés pour représenter les Unions vis-à-vis des employés. Les patrons français, au moment des grèves, se trouvent en présence de syndicats improvisés^ de syndicats de combat, composés non des travailleurs les plus sérieux et les plus posés, mais de jeunes militants, chez qui l'ardeur des convictions supplée à l'expérience. Endoctrinés par les employés révoqués, les cabaretiers, les journalistes, les futurs candidats aux élections, qui tous vivent en marge du monde du travail, ils prennent aussitôt une attidude comminatoire. La foule qu'ils entraînent dans le syndicat vote des décisions chimériques, affiche des prétentions excessives qui dépassent de beaucoup le redressement de leur griefs légitimes. L'autorité des chefs du syndicat sur leurs camarades est si précaire, que, s'ils acquièrent le sens de la responsabilité, un peu de cet esprit politique qui naît d'ordinaire de l'exercice du pouvoir, ils deviennent suspects de modérantisme, et se voient aussitôt dépassés et débordés. Comme, d'autre part ils n'ont pas de ressources pour prolonger la résistance, les patrons n'ont aucun intérêt à entrer en pourparlers avec eux.

On répond à cela que l'apprentissage de la liberté ne se fait pas en un jour, que la violence naît de la pauvreté et de la faiblesse. L'exhibition du drapeau rouge, l'appel à l'intervention du gouvernement, les projets d'exode vers Paris ne sup-

pléent pas au nerf de la guerre et de Tindépendance : à l'argent. Mais le jour où les syndicats français comprendront qu'il s'agit non de lever les mains pour voter des résolutions, mais de porter la main à la poche pour les soutenir, le jour où ils deviendront capitalistes, comme en Angleterre, ils se sentiront animés d'un tout autre esprit.

Afin de hâter celte évolution, .M. Waldeck- Rousseau, au lendemain de la sentence d'arbitrage qui mettait fin à la grève du Creusot, promettait que le gouvernement déposerait, à la rentrée des Chambres, un projet de loi complétant la loi de 1884, et ajoutant à la personnaHté juridique des syndicats la capacité commerciale, afin d'étendre indéfiniment le champ de leur activité. M. Waldeck-Rousseau avait annoncé jadis ce complément nécessaire à son œuvre, lorsqu'il disait : « Le but est d'amener le salariat à la propriété commerciale et industrielle. Le travail doit sortir de l'isolement par des organisations collectives. Ce n'est pas du sociahsme, c'est le progrès social. Il ne faut pas écarter le capital, mais il faut rendre possible son acquisition. Il faudra, dans un avenir prochain, que le capital travaille, et que le travail possède ». On ne saurait mieux dire. Mais la capacité légale d'acquérir n'en comporte pas l'aptitude effective, et tout dépend, en dernière analyse, de la valeur des individus ^

1. II se pourrait que la nouvelle loi de M. Waldeck- Rousseau, une lois votée, soit, au début, aussi impopulaire près des syndicaux militants que celle de 188i.

Il suffit de Tobservation la plus superficielle du mouvement des classes ouvrières dans tous les pays, pour se rendre compte du rôle considérable que les syndicats sont appelés à jouer dans le régime actuel du travail, et dans celui de l'avenir. On a dit, en ce sens, que la fondation du moindre syndicat ouvrier présentera plus d'importance pour riiistorien futur que la bataille de Waterloo. Une force nouvelle s'est révélée dans le monde moderne, celle de l'association volontaire et libre. La formation des groupements de travailleurs est générale et, pour ainsi dire, spontanée. Le syndicat sort du sein du peuple ; la population ouvrière s'identifie tellement avec lui qu'elle semble ne penser, ne vouloir et n'agir que par lui. Il représente dans l'industrie l'avènement de cette démocratie qui règne en politique, et qui marque la transformation d'une société. L'idée d'une classe gouvernante, lisons-nous dans la Démocratie industrielle de Sidney \Vebb,a disparu pour ne plus revenir. Désormais employeurs et ouvriers se rencontrent égaux \ Le marché individuel entre le possesseur des moyens de subsistance et le vendeur de la force de travail est abandonné. A ce contrat individuel tend à se substi-

1. On lit dans la Neue Ze'U (9 septembre 1898) que « la prétention des entrepreneurs au droit illimité de conduire les travaux à leur guise, d'après le précepte: Charbonnier est maître chez lui, est une philosophie de bonnet de nuit, qui ne distingue pas entre la demeure privée et les ateliers de centaine d'hommes. Gela était bon au temps des corporations, où le maître de maison surveillait les mœurs de ses compagnons. »

tuer le contrat collectif pour le règlement en commun des salaires et des conditions du travail. La liberté des entrepreneurs de choisir leur personnel va se restreignant à mesure que les syndicats et les unions ouvrières croissent en puissance. M. de Molinari prévoit que l'usage de la commandite, déjà établi dans certaines industries, par exemple chez les typographes, parmi lesquels les unions elles-mêmes se chargent vis-à-vis des chefs d'entreprise de fournir le travail, ira se généralisant. Au lieu d'exécuter le travail en régie, on s'adressera aux syndicats ; et on y trouvera une économie de forces, une assurance contre les risques de grève, une diminution des frais de direction, de surveillance, de comptabilité. En même temps, les ouvriers se sentiront indépendants. Ce système, s'il était possible de le généraliser, conduirait, selon M. de Molinari, à une entente pacifique entre employeurs et employés.

Pour certains sociahstes, la vie syndicale, c'est le socialisme en action; c'est le socialisme non pas rêvé comme un millenium^ mais réalisé dans la vie, dans l'esprit de chaque jour. Elle représente l'association, la solidarité, la subordination de l'individu à son groupe, u II faut, écrit M. de Rousiers, de l'inteUigence, une certaine largeur d'idées, de l'esprit j^uàlic, comme disent les Anglais, pour que l'ouvrier répète chaque semaine le prélèvement qu'il s'impose sur son salaire. » Le syndicat est une institution juridique, autonome, créée par le prolétariat à l'exclusion de tout élément bourgeois. « L'avenir du socialisme

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réside dans l'avenir des syndicats ouvriers ^ « Les socialistes de cette école opposent le syndicalisme à la politique. Le socialisme politique est l'œuvre des mécontents, des déclassés de la bourgeoisie qui le dirigent. La véritable force du parti politique, remarque M. Raffalovich, réside dans les membres des professions libérales, écrivains professeurs, artistes, ingénieurs. Quelles habitudes, quels intérêts communs ont-ils avec la classe ouvrière ? Une fois maîtres du pouvoir, ils l'organiseront à leur profit. Ils ne peuvent que réaliser les exigences d'un radicalisme avancé. L'intérêt que la classe ouvrière peut tirer de la politique, c'est d'aboutir à une législation favorable à ses progrès économiques et moraux. Cette législation, elle l'a obtenue en France des gouvernements purement bourgeois ; nous avons déjà rappelé que Louis Blanc, en i848, ne songeait pas à donner aux ouvriers le droit d'association, de coalition : ce fut l'œuvre des Emile Ollivier et des Waldeck- Rousseau. Les conservateurs et les libéraux anglais se livrent, en matière de réformes ouvrières, à un véritable steeple-chase. D'autre part, quel avantage les syndicats ont-ils à « s'embourber dans les tripotages électoraux », dans la lutte entre politiciens professionnels, pour la conquête des places de l'administration? La politique ainsi comprise n'est qu'un élément de désunion et de discorde '. Trop de cerveaux simplistes, écrit

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