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LE SOCIALISME ET LES PAYSANS LA QUESTION AGRAIRE AU CONGRÈS DE BRESLAU

Les chefs de la démocratie socialiste en Allemagne ont laissé longtemps dormir la question agraire, sauf dans quelques contrées de Saxe et du Bas-Rhin : « Nous n'avons pas encore un seul paysan démocrate socialiste », disait un délégué de TAllemagne du Sud, M. Bios, au congrès de Halle, en 1890. Mais aujourd'hui le parti a fait de tels progrès, qu'il se croit assuré de la conquête des grandes villes; et comme il vise à obtenir la majorité légale au Reichstag, la nécessité de conquérir les campagnes s'impose, et par suite la question agraire passe au premier plan. Jetée sur le tapis au congrès socialiste de Cologne en 1898, cette question fut l'objet d'une décision au Congrès de Francfort en 1894.

Le moment semblait favorable par suite de la crise que traverse l'agriculture . Le gouvernement prussien, infiniment soucieux d'y remédier, convoquait à Berlin, le lO mai 1894, une conférence agraire. Les hommes spéciaux et compétents qui

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composaient rassemblée devaient chercher les moyens de maintenir et de fortifier la propriété rurale, proposer des mesures contre l'accroissement des dettes dont les grands, moyens, petits propriétaires sont accablés et surchargés', contre le trop grand morcellement des terres, etc.. Le parti démocrate socialiste abordait à son tour la question, au congrès de Francfort, grâce à l'initiative des Allemands du Sud, de Vollmar, Forateur le plus en vue des socialistes bavarois. En Bavière, les paysans forment 80 p. 100 de la population, et Ton conçoit que les socialistes de ce pays ne puissent négliger ce fait.

Dans le rapport qu'ils présentaient au Congrès, Vollmar et le D' Schœnlank, de Leipzig, constataient que les socialistes ne s'étaient guère occupés de la question agraire que d'une façon doctrinale ; le moment est venu dépasser à la pratique. Les conjonctures sont favorables. Atteints par la crise que détermine l'imporlation des blés, fléchissant sous le militarisme, les impôts, les dettes hypothécaires et personnelles, les paysans s'éveillent et commencent à réfléchir sur leur situation. La noblesse propriétaire, à l'est de l'Elbe, ne se maintient que par la protection, les privilèges d'impôts; mais elle est endettée, elle marche à sa ruine. Il y a opposition entre la grande propriété et la petite propriété paysanne, que les

1. La delte hypothécaire rurale n'a cessé de croître en Prusse dans les dernières années ; elle s'élève aujourd'hui à une somme de 8 à 10 milliards de marks. (Voir l'article de M. Block dans L'Economiste français du 18 janvier 1896.)

droits protecteurs ne sauvent pas : il y a opposition entre les entrepreneurs elles ouvriers ruraux. La classe ouvrière rurale est encore liée par des lois féodales, privée du droit de réunion. Les droits patronaux qui existaient avec le servage, et assuraient en compensation la subsistance des travailleurs, ont disparu avec lui. Les couches intermédiaires d'ouvriers propriétaires, les 'petits paysans qui ont besoin de gagner leurs journées, tombent dans le prolétariat. Par suitfv de l'insécurité de l'avenir, des bas salaires, des mauvais traitements, de l'augmentation des ouvriers nomades, la a conscience de classe » des ouvriers ruraux commence à se manifester, car ils comprennent l'antagonisme du travail et du capital... Dans ces conjonctures, le parti démocrate socialiste doit trouver des remèdes à ces maux, élaborer un programme agraire, proposer les moyens de protéger efficacement le paysan, en tant qu'imposé, débiteur, agriculteur et ouvrier des champs.

Le D*" Schœnlank, développant sa proposition, insistait sur la nécessité absolue de conquérir le , paysan qui est encore sous la domination du Junker. Il insistait en même temps sur la complexité de la question agraire. Il ne s'agit plus, comme dans les villes industrielles, du simple antagonisme du travail et du capital. A la campagne, c'est une lutte de propriété contre propriété ; c'est la petite noblesse qui est en opposition d'intérêts, en conflit, avec les grands entrepreneurs agricoles; c'est le grand propriétaire en présence des prolétaires ruraux, les entrepreneurs moyens contre les

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ouvriers, les paysans contre les valets de ferme. — Il ne faut jamais non plus perdre de vue la grande variété du régime de la propriété en Allemagne : à Test de FElbe, les latifundia, les grandes propriétés féodales ; à l'ouest, le morcellement : en Basse-Saxe, les grands et petits paysans, ici des contrées vignobles; ailleurs des pays d'élevage, etc.. La meilleure condition préalable, pour entreprendre une bonne agitation agraire, ajoutait le D'' Schœnlank, c'est l'aveu que la plus grande partie de nos camarades n'y comprennent rien.

M. de Vollmar présentait à son tour la question agraire comme la plus importante pour le parti, et qui serait l'objet de sa sollicitude pendant de longues années. La démocratie socialiste, au dé but, s'est produite sous la forme d'un mouvement des ouvriers de la grande industrie. IMais l'agriculture a été entraînée à son tour dans l'évolution internationale, qui rapproche tous les marchés du monde. Les congrès socialistes ne se sont guère occupés de cette transformation. Les théoriciens du parti, Marx et Engels en particulier, qui avaient sous les yeux l'exemple de l'Angleterre, assimilent l'agriculture à l'industrie; ils estiment que l'une et l'aulre tendent à se concentrer entre quelques mains. D'après la doctrine marxiste, il n'y a rien à offrir aux paysans, si ce n'est de leur permettre de se rendre compte de leur disparition nécessaire comme classe, et des avantages qu'ils trouveront dans la société future. Leur ruine dans a société actuelle est irrémédiable, on ne peut que la laisser s'accomplir. — Or si l'agitation poUtique

fia parti démocrate socialiste commence à plaire aux paysans, il n'en est pas de même de l'agitation économique, quand ils entendent parler de la suppression de la propriété privée et de son remplacement par la propriété collective. Au Congrès de Cologne, le parti a avoué son découragement en ce qui concerne la propagande agraire. Et en effet, on ne peut rien obtenir des paysans, si on leur parle de haut en bas, si on les traite d'imbéciles, comme le font les ouvriers des villes, ou si on leur explique la conception marxiste de Thistoire. Avant de s'adresser à eux, il faut brûler toutes les brochures, écarter tous les systèmes, s'abstenir de toucher aux questions religieuses, et ne point se poser en mangeurs de prêtres. On doit ofTrirau paysan quelque chose de positif sous le rapport économique, une amélioration de sa situation peu brillante, touchant ses gains, ses dettes, les usuriers qui l'exploitent. Mais, pour traiter ces questions, il faut des spécialistes au point de vue technique, économique et social.

En résumé, concluait Vollmar, le parti démocrate socialiste ne peut échapper à cette alternative : ou il doit assister indifférent aux malheurs du paysan, et alors il lui faut adopter la théorie hlcniquisle révolutionnalrt^ aspirer à gouverner par la dictature du prolélaiiat dans les villes; mais la révolution de i848, où les prolétaires furent vaincus par les votes des paysans et l'armée composée de paysans, est là pour servir de leçon. Ou bien, contrairement à ce qui se passe dans la grande industrie, les démocrates sociahstes doivent s'ef-

forcer (rarreter à la campagne la prolétarisation des masses, dresser un programme agraire, en s'inspirant de l'exemple de la Hongrie, de Tltalie, de la Belgique, surtout, des socialistes français au Congrès de Marseille, en 1892.

Vollmar et Schœnlank proposaient finalement au Congrès de nommer une commission agraire, chargée (^ d'élargir, dans un sens intelligible pour la population agricole, le programme d'Erfurth «. Mais voici la difficulté : le programme d'Erfurth pose comme premier principe du parti la transformation de toute propriété, y compris celle du sol, en propriété collective. Or, comment se concilier à la fois les paysans et les ouvriers agricoles, les uns propriétaires, les autres gens sans terre? Comment trouver une formule qui donne satisfaction à Tappétit révolutionnaire de ceux qui n'ont rien, et aux sentiments conservateurs de ceux qui possèdent, — et une formule qui en même temps ne contredise point l'ancien programme? En d'autres termes, comment concilier les principes collectivistes et les nécessités d'une tactique (jui permette de faire à la campagne une propagande fructueuse? Schœnlank et Vollmar empruntaient l'idée directrice de leur proposition aux socialistes français, Guesde, Lafargue, Jaurès, qu'ils citaient avec éloge. Ceux-ci, pour gagner le petit paysan, lui assurent la propriété de son lopin de terre : « Le champ, pour le paysan, écrit Guesde, est l'instrument de travail, au même titre que le bistouri pour le chirurgien : le parti socialiste, maître du pouvoir, le lui garantira, bien loin de le

lui enlever. • Les Allemands se tiraient d'afTaire avec la formule suivante, volontairement ambiguë :

« La question agraire, en tant que partie essentielle de la question sociale, ne sera résolue d'une manière définitive, que lorsque le sol, avec les instruments de travail, aura été restitué aux producteurs qui cultivent aujourd'hui la terre comme ouvriers salariés, ou aux petits paysans qui travaillent la terre au service du capital. »

On laissait donc dans le vague la question essentielle de la nationalisation du sol.

Il s'agit pour le moment (Fadoucir le sort des paysans et des ouvriers ruraux par une grande activité réformatrice, de leur procurer le droit de coalition et de réunion, de les mettre sur le même pied que les ouvriers de l'industrie, en ce qui concerne le temps de travail, les conditions du travail, l'inspection du travail, en |un mot, de les préserver de l'exploitation dont ils sont victimes.

Ce rapport fut approuvé au Congrès de Francfort (1894) à une grande majorité. La discussion en avait été, il est vrai, écourtée. Le Vorirserts, organe officiel du parti, hostile à Vollmar, se bornait à remarquer qu'on ne songeait pas assez aux ouvriers prolétaires de la campagne, au moins aussi importants pour le parti que les paysans. Auer disait : « Nous ne gagnerons jamais la classe paysanne ; le paysan bavarois jure contre le Prussien, et Vollmar s'est mis dans son discours d'hier au même diapason; pour la démocratie socialiste, le petit paysan et le moyen ne

peuvent être conquis. » Bebel déclarait à son tour que si le paysan avait la prétention de demeurer propriétaire, il n'avait, qu'à passer au camp des antisémites. En 1870, le Congrès de Stuttgart avait proclamé le collectivisme agraire; en 1894 on en arrivait à ne plus toucher à la question de la terre qu'avec mille précautions.

Ces divergences d'idées s'expliquaient par l'opposition des Berlinois et des Bavarois, par la différence des régimes agricoles de l'Est ^et du Sud, par la rivalité des personnes aussi.

Mais en approuvant le projet de Vollmar, le Congrès fermait l'oreille aux objections des théoriciens et cédait aux gens pratiques. On ne se rendait pas compte, évidemment, des difficultés de l'entreprise sur ce terrain nouveau, inexploré : elles se révélèrent, l'année suivante, à Breslau, et aboutirent à une solution tout opposée.

Une commission chargée d'élaborer le programme agraire fut nommée à Francfort : Vollmar et Bebel en faisaient partie. Les membres avaient été" choisis un peu au hasard : on n'avait songé à s'adjoindre aucun sociahste de l'Est, où pourtant les conditions semblent plus favorables pour le parti qu'ailleurs. Cette commission se réunissait à Berlin, le 10 février 1896, et se formait en trois sous-commissions : de l'Est, du Sud et du Centre de l'Allemagne. On interrogea les gens compétents, on envoya 800 questions et on reçut 25o réponses. On élabora trois programmes correspondant aux trois régions placées sous un régime de propriété différent : l'en-

semble ne comprenait pas moins de 87 articles.

Ce programme demandait entre autres choses : le maintien et Textension de la propriété foncière publique de FÉtat ou de la commune, notamment le transfert des biens de mainmorte, des forêts, des forces hydrauliques, et leur transformation en propriété publique sous le contrôle du Parlement : Tintroduction du droit de préemption en faveur des communes. Ainsi se constituerait, non par l'expropriation des propriétaires, mais par droit de préférence en cas d'adjudication d'immeubles par autorité de justice, un domaine, national qui serait un premier acheminement vers la nationalisation.

La suppression de tous les vestiges de sujétion héréditaire, des privilèges du sol, de toutes les fonctions publiques attachées à la propriété foncière, — circonscriptions domaniales indépendantes, privilèges dans les assemblées représentatives, droit de patronat, fidéicommis, privilèges fiscaux. Les petits propriétaires et ouvriers agricoles ont encore, dans diverses parties de l'Allemagne, à subir les inconvénients des institutions aristocratiques, restes du régime féodal.

En faveur des petits propriétaires, le programme réclame la suppression des impôts réels sur les sources de production, telles que l'impôt foncier sur la propriété bâtie, l'impôt sur le commerce, impôt auquel l'Etat a renoncé en Prusse. Il réclame le droit pour le fermier de faire réduire le prix du bail par un tribunal arbitral agricole, quand le revenu net aurait baissé. Le maintien et

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rélargissement du droit d'aflouage et de pâturage, au profit de tous les membres de la commune. La protection contre les dégâts résultant de la chasse et du gibier, et en certain cas, entière indemnité : le droit de chasse accordé au fermier comme au propriétaire du sol.

Pour le crédit agricole, le programme veut qu'on procure au j^aysan de l'argent à bon marché par la création d'une caisse hypothécaire créée par l'État, autrement dit par la nationalisation ou étatisation des dettes hypothécaires, avec la réduction du taux de l'intérêt au prix de revient.

Il réclame le crédit de l'État pour l'amélioration du sol, à la disposition d'associations qui embrassent tous les intéressés, ou à des communes isolées, pour travaux d'amélioration, <le drainage, d'irrigation.

En ce qui touche les ouvriers agricoles, le programme revendique l'extension de l'assurance ouvrière à l'agriculture, la création d'un office agricole de l'empire, d'offices de district, la protection sanitaire de l'ouvrier, l'établissement de prudhommes agricoles, de tribunaux professionnels obligatoires aussi bien pour les ouvriers de l'industrie que pour ceux de l'agriculture, pour les domestiques, les commis, et l'extension de l'assurance obligatoire à toutes les personnes salariées.

En un mot, le programme se propose de démocratiser toutes les institutions existantes dans l'Empire, les États particuliers, les communes ;

d'élever la condition sociale des classes ouvrières rurales, d'améliorer la condition des agriculteurs.

Toutes ces mesures (la remarque est essentielle) n'ont rien de commun avec V abolition de laprajorièlé indioiduelle et auraient, au contraire, pour effet d'améliorer la condition des propriétaires ruraux.

La publication par les journaux socialistes de ce projet de programme, le 16 juillet iSgS, fut accueillie avec beaucoup d'ironie par la presse a capitaliste )>. La montagne accouchait d'une souris, d'une souris qui n'était même pas une souris socialiste! Un pareil programme n'avait rien de commun avec le collectivisme. La commission l'avait brassé dans des revendications empruntées aux programmes agraires bourgeois, antisémites, chrétiens sociaux, socialistes de la chaire. Ce programme agraire des démocrates socialistes était en opposition formelle avec leur programme urbain, il était la négation des idées communistes révolutionnaires. En favorisant la petite et moyenne propriété, on retardait indéfiniment la nationalisation du sol. La démocratie socialiste se déguisait ainsi à la campagne en un parti de petite bourgeoisie radicale. Le loup devenait berger. Il n'y avait donc rien de sincère dans ce programme, c'était un simple piège à paysans.

Le projet ne trouva pas un accueil plus favorable dans la majeure partie de la presse socialiste et dans les réunions publiques qui précédèrent le congrès. On le discutait avec violence : « Avec un pareil programme, écrivait le D*" Schippet dans

le Sozialdemokrat, nous ne gagnerons pas aux conservateurs et à Topposition libérale une seule âme de paysan. « Enfin Engels, le dépositaire de la doctrine depuis la mort de Karl Marx, critiquait amèrement les hérésies de la commission.

Assurément, le programme d'Erfurt contient deux parties contradictoires : la première pose en principe les buts purement révolutionnaires du parti, Fautre revendique une série de réformes réalisables au sein de la société actuelle qu'on se propose pourtant de détruire de fond en comble. Ce manque de logique, répondent les socialistes, n'est qu'apparent. Si nous voulons la protection de Touvrier dans la société présente, c'est afin de le rendre plus fort, mieux armé pour la démolir : mais il ne s'agit toujours que de prolétaires, d'ouvriers sans propriété. Le programme agraire vise au contraire à consolider la propriété paysanne, et poursuit le même but que les conservateurs.

Ainsi, dès que le projet fui soumis à la critique, on dut reconnaître que la théorie collectiviste ne pouvait concorder avec une tactique qui permît de gagner des voix rurales. A la pleine lumière des discussions du congrès, cette contradiction devint si aiguë, qu'il n'y eut plus de transaction possible. Bien qu'au dernier moment la commission agraire eût affaibli son projet, qui devait faire partie intégrante du programme du parti, jusqu'à le transformer en une simple résolution^ la question posée fut de savoir si on l'accepterait tel qu'il était, ou si on le repousserait en bloc. Ce fut la seconde opinion qui prévalut à

une grande majorité, après trois jours de longs débats passionnés.

Sur cette question, on vil se dessiner au congrès trois groupes très marqués : une droite, un centre et une extrême gauche intransigeante.

En Tabsence de VoHmar et de Grillenberger, les modérés eurent pour interprètes le D"" Quarck, rapporteur de la commission, autrefois simple démocrate, ancien rédacteur de Jm Gazette de Francfort, un des membres les plus distingués du parti, puis le D"" Schœnlank, le D"" David, un spécialiste de la question agraire, enfin un vieux lassallien, Frohme. Ils (''cartaient le point de vue de la théorie et faisaient bon marché du collectivisme : vous opposez, disaient-ils, la théorie à la pratique, mais on se perd par les théories, et si vous renoncez à la pratique, vous cessez d'être vivants. On nous dit : « Nous devons posséder la puissance politique, et on ne veut pas que nous employions les moyens qui peuvent nous la procurer, on veut nous lier à des formules. Ce ne sont pas les frincipes qui nous ont amené les ouvriers; ils sont venus à nous, parce que nous défendions leurs intérêts. On reprochait de même en 1869 aux partisans de Lassalle de faire le jeu des réactionnaires, de livrer les ouvriers à Bismarck, parce qu'ils étaient favorables à une politique protectrice du travail, d'abanclonner l'esprit de révolution pour l'esprit de réforme, lorsqu'il s'agit, en réalité, d'être fidèles à l'un et à l'autre, de protéger ce que TÉtat protège, mais non dans le même but. — Aujourd'hui, les idées dans le parti démo-

craie socialiste sont en voie d'évolution : il a cessé d'être exclusivement un parti de grande industrie pour devenir le parti de tous les souffrants, de tous les opprimés. Les circontances lui commandent de faire non une politique exclusivement ouvrière, mais une politique civilisatrice pour le bien de tous. Nous ne voulons pas laisser les paysans devenir prolétaires, attendre le moment où, ruinés et abrutis, ils viendraient en désespérés au socialisme. Avec des classes misérables, les révolutions ne sont pas possibles. Les pays les plus révolutionnaires ne sont pas les plus pauvres : parmi les ouvriers, ce sont ceux qui ont les plus hauts salaires qui combattent le plus énergiquement pour nous. Notre humanité autant que notre intérêt nous commandent de ne pas laisser les réactionnaires, uniques champions des revendications rurales, confisquer à leur profit les sympathies de 4 à 5 millions de paysans. Nous ne voulons pas favoriser le grand capital, mais garantir la propriété privée à ceux qui travaillent honorablement, leur assurer le fruit de leur travail. Personne ne sait quelle figure aura la propriété dans l'Eldorado de l'avenir, occupons-nous du présent. Imitons les socialistes français, qui ont un programme agraire spécial, favorable à la petite propriété, qui en ont élaboré un autre à Troyes en faveur des marins, qui en rédigeront peut-être d'autres encore en faveur du commerce, des employés de chemins de fer, etc., sans crainte de se mettre en contradiction avec Engels, lequel a proclamé lui-même que les socialistes doivent

toujours se placer du côté des exploiU'S contre les exploiteurs. »

Par une singulière ironie, les membres les plus modérés du Congrès eurent pour auxiliaires les adversaires les plus ardents de Vollmar- et des Bavarois à Francfort, les chefs les plus écoutés du parti, Bebel et Liebknecht, les orthodoxes jadis strictement révolutionnaires, qui avaient fait triompher autrefois les idées de Marx sur celles de Lassalle. Les chefs d'un grand parti sont bien obligés de concilier les principes et la tactique. Quand Liebknecht avait fait voter autrefois le programme d'Eisenach, il avait dans sa poche la lettre par laquelle Karl Marx critiquait, détruisait ce programme ; il se garda bien de la publier. A propos de la question agraire, il disait à Breslau que Marx était comme la Bible, qu'on pouvait l'interpréter dans les sens les plus opposés. En février 1895, il écrivait ' : « Notre force est dans nos principes, je l'ai montré il y a vingt-quatre ans, en traitant la question agraire. Si nous voulons dissimuler nos principes, nous commettons un suicide stupide, car notre puissance ne gît que dans la logique de nos revendications. Au lieu de cinq millions et demi de soi-disant propriétaires allemands, selon les statistiques officielles, il n'y en a qu'un demi-million. Les autres, rongés de dettes, ne sont propriétaires que de nom. Et c'est un non-sens de parler de paysans anti-collectivistes. Ce qui rend la propagande si difficile, ce n'est pas

1. Dans la revue anglaise le Forum, j. BOLRDEAU. — ÉvoL du sociîîL 20

la théorie, ce sont les conditions matérielles si différentes, c'est la dispersion des paysans. » Au Congrès de Breslau, Liebknecht ne s'inquiétait nullement de la contradiction, pour lui non existante, entre le programme agraire et la théorie collectiviste. Laissons de côté, disait-il, les gros paysans qu'on ne gagnera jamais, adressons-nous aux petits, protégeons-les comme hommes, s'ils doivent disparaître comme classe. Depuis les dernières années les circonstances ont changé : une grande révolution s'est opérée dans Tagriculture. Tous les partis depuis les /iiwA:erjusqu aux démocrates s'occupent des paysans : imitons-les. Dans nos congrès, nous ne nous soucions que de pratique, et toute pratique est un compromis. Nous avons voté au Reichstag le canal de la Baltique ; nous avons voté la protection ouvrière, bien qu'elle fortifie l'État, en élargissant son cercle d'action ; nous avons voté pour les chemins de fer, bien que les employés soient entre les mains de l'État. On dit : si vous étendez l'influence et l'activité de l'État à la campagne, vous le fortifiez de même. Mais voyez l'armée, plus elle est nombreuse, moins elle est sûre, moins les Junker peuvent la dominer. Marx lui-même était favorable à la nationalisation des hypothèques. Le programme des Allemands du Sud a été le plus critiqué, modifiez-le, si vous voulez, mais ne rejetez pas l'ensemble, car vous préparez à vos adversaires, si vous agissez ainsi, un grand triomphe. Ils diront : les démocrates socialistes qui dans leurs discours et leurs programmes locaux promettent monts et

merveilles, ont déclaré au congrès de Breslau que dans le cadre actuel de la société toute amélioration était contraire à leurs principes.

Bebel tenait le même langage que Liebknecht. Il comprenait maintenant de quelle importance extrême était la question agraire pour le parti. Il posait comme intangible le principe de la transmission de toute propriété privée des moyens de production à la communauté : il ne s'agissait pour le moment que d'assurer Texistence des paysans. En augmentant d'ailleurs la propriété communale, on prépare la nationalisation. Il faut donner à rÉtat le monopole des hypothèques : malgré ses imperfections, la régie de l'État est un progrès 'sur les opérations capitalistes privées, comme cela sest produit pour les transports, les postes, les télégraphes. Le transfert à l'État de toutes les dettes hypothécaires se recommande encore, parce que nous obtiendrons par là un inventaire du sol, qui nous permettra, quand nous serons les maîtres, de faire rapidement le procès de ses détenteurs. Une fois que lÉtat aura tout entre les mains, il ne restera qu'à le démocratiser, puis à le socialiser.

Mais l'opportunisme de Bebel et de Liebknecht fut combattu, avec succès final, par les intransigeants, qui prétendaient conserver au parti son caractère prolétaire, purement révolutionnaire ; et les paroles très dures échangées à ce propos ont prouvé combien était âpre l'antagonisme des opinions.

L'un des plus ardents, le D'' Schippel, fils d'un

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directeur de gymnase, qui faisait sonner très haut son érudition et sa compétence, a combattu avec la dernière énergie ce qu'il appelait l(s hérésies économiques du programme agraire. D'après lui, le maintien de la propriété privée et l'augmentation de la propriété publique du sol sont incompatibles avec les principes. Parfois les biens communaux sont loués à de grands propriétaires, parfois à des ouvriers qu'ils enchaînent à la terre, et dont ils font baisser les gages. En proposant le maintien et l'extension des droits de pâturage et d'affouage, on combat pour des privilèges. Il faut que la société tout entière profite des forêts, et non les seuls paysans. Il est absurde que les socialistes consacrent un gaspillage que combattent les libéraux eux-mêmes. — Le monopole des hypothèques attribué à l'État et la réduction du taux de l'intérêt sont des moyens proposés par les réactionnaires, afin d'attacher le paysan à la glèbe. Plus le petit paysan aura aisément de l'argent, plus il achètera de terrain et fera des dettes. — Conserver et augmenter enfin les abus ruraux, c'est sacrifier non seulement les principes, mais les intérêts du parti, c'est faire le jeu des réactionnaires, auxquels s'allieraient les paysans poussés par leur fanatisme de propriété. — Schippel ménageait pour la fin de son discours un coup de théâtre, en révélant au Congrès un fait que Vollmar avait, du reste, reconnu dans la commission : les paragraphes concernant le crédit agricole, les achats par les communes des biens des débiteurs saisis, étaient la reproduction tex-

tuelle dun projet de 1898 sur les syndicats agricoles, déposé par un ministre autrichien archiréactionnaire « qui a en outre du sang de mineurs aux mains », le comte Falkenhayn; et Schippel concluait au rejet pur et simple du programme agraire. Il ne comprenait pas comment de vieux compagnons éprouvés avaient pu se laisser aller à ce « charlatanisme ».

Le discours démagogique du D' Schippel avait fait une grande impression sur rassemblée. Après lui, le D'" Kautsky, le rédacteur du programme d'Erfurt, le directeur de la Neiie Zeit^ le théologien marxiste, est venu jeter l'anathème sur le programme, et nous pouvions croire, en l'écoutant, que nous assistions non à un congrès, mais à un concile, que nous étions transportés au temps de Luther et de Jean de Leyde. Le D'' Kautsky établissait queMe projet de la commission agraire était en contradiction avec tel paragraphe du Manifeste communiste^ tel chapitre du Capital, comme s'il se fût agi de l'évangile selon saint Mathieu ou selon saint Jean. Ou bien, disait-il, il faut porter le flambeau socialiste dans les campagnes, comme le prescrit le programme de 1891, alors un programme spécial agraire est inutile, — ou bien, si l'on adopte le programme agraire défendu par Bebel et Liebknecht, il faut abréger le programme d'Erfurt, qui dit que la petite propriété est vouée à la ruine, tandis que le programme agraire promet aux paysans non seulement la conservation de leurs biens, mais encore la consolidation et l'extension de leur patrimoine.

par des mesures législatives et administratives empruntées à l'arsenal du socialisme d'État. Une nationalisation partielle du sol, Tétatisation des hypothèques donneraient une nouvelle force, de nouveaux moyens de puissance à lÉtat exploiteur, rendraient le combat de classes plus difficile, imposeraient à TEtat capitaliste des devoirs, qui ne peuvent être utilement remplis que par un État où le prolétariat aura conquis la puissance politique.

Nous ne représentons pas le bien général, continuait le D'" Kautsky, mais l'intérêt des classes prolétaires, et la question du prolétariat est la question même du progrès. D'après ce principe, quelles classes devons-nous proléger à la campagne? Les journaliers, les domestiques, non le petit paysan, qui est le plus ferme appui de la propriété. Le nombre de ces petits paysans, propriétaires de 1 à 5 hectares, ne comprend pas tout à fait 1 million, et la population de ces lopins de terre s'étend à 4 millions, c'est-à-dire à i/5 de la population agricole de l'Allemagne : nous ne les gagnerons pas, ces petits propriétaires, nous ne les sauverons pas de la ruine. Nous devons leur dire : u Votre situation est désespérée. » Nous ne craignons pas de proclamer des vérités désagréables, au risque de nous aliéner des sympathies, comme nous l'avons fait lors de la fête de Sedan. Qu'on ne nous accuse pas d'inhumanité : nous ne voulons pas laisser dégénérer la population : nous réclamons dans notre programme la gratuité de l'instruction populaire] et des secours

médicaux. D'ailleurs, le maintien de la petite propriété est le meilleur moyen d'entretenir la dégénérescence.

Enfin, une déléguée au Congrès, M"^" Zetkin, poussant ce langage à Textrême, est allée jusqu'à s'écrier : « L'intérêt du parti exige que les paysans se prolétarisent, quelque douloureuse que soit l'opération pour eux. Puisque Marx a démontré que, d'après la loi fatale de l'évolution capitaliste, la destinée du paysan est de descendre les échelons de la misère, pourquoi lui donner des doses fortifiantes ?» — La théorie de Kautsky et de M"'^ Zetkin revient à dire aux petites gens de la campagne : a Cela va mal pour vous, mais pour que les choses aillent mieux (dans notre société de ravenir),il faut qu'elles aillent encore bien plus mal dans notre société actuelle. » Et M™'' Zetkin, reprochant aux modérés d'ignorer les traditions du parti, terminait sa furibonde harangue par ce cri à la Danton : « Soyons et restons révolutionnaires, encore révolutionnaires, et toujours révolutionnaires ! »

De nombreux orateurs ont abondé dans le sens de Schippel et de Kautsky, et ils ont été compris, car rien n'est plus aisé à comprendre que la négation.

Finalement, Kautsky proposait le rejet pur et simple du projet de programme agraire pour les raisons suivantes :

Le programme laisse à la classe paysanne la perspective de l'amélioration de sa condition, c'est-à-dire de la consolidation de sa propriété. Ce programme

déclare que Fintérèt de ragriculture, dans Tordre actuel de la société, est identique à celui du prolétariat, alors qu'en réalité Fintérèt de Fagriculture, comme celui de T industrie, est sous la domination de la propriété privée des moyens de production, et touche les possesseurs de ces moyens, les exploiteurs du prolétariat. Ce programme attribue à TÉtat capitaliste la mission que seul FÉtat ou le prolétariat détiendrait en fait le pouvoir politique, peut remplir eflicacement.

A une grande majorité, i58 voix contre 63, le Congrès a adopté la déclaration si nette de l'amendement Kautsky, et enterré le programme agraire. Les membres dirigeants du parti s'étaient divisés dans le vote; dix des députés socialistes au Reichstag étaient pour le programme, dix-neuf étaient contre : Auer, Singer, Stadthagen, Fischer, avaient signé la proposition Kautsky, et se trouvaient ainsi à la tête de la majorité. Pour la première fois, Bebel et Liebknecht, ces chefs divinisés, étaient mis en minorité à un Congrès, parce qu'ils se ralliaient, non sans réserves, à la politique modérée de Vollmar.

Avant d'interpréter les résultats de ce vote, il est à propos de rappeler que les socialistes français, qui ont le plus emprunté à Karl Marx, et qui comptent à leur tête des hommes qui passent pour les dépositaires de sa doctrine, tels que M. Paul Lafargue, son propre gendre, et M. Jules Guesde, ont tranché d'une façon diamétralement opposée la cjuestion d'un programme agraire. Le Congrès de Marseille, en 1892, auquel assistait Liebknecht, a voté ce programme sans scrupule.

et nous avons vn qu'à Francfort et à Breslau, Vollmar, Ouarck, Schœnlank citaient à leurs camarades ce précédent en exemple et en modèle. Le programme de Marseille, qui se compose de onze articles \ demande des réformes : i" dans l'intérêt de journaliers qui se louent au jour, au mois, à Tannée; 2"" des fermiers et métayers.; 3° des petits propriétaires obligés de travailler pour les fermiers et les grands propriétaires. Et pour mieux marquer rinlention de mainte-

1. 1° Minimum de snLnire. fixé par les syndicats ouvriers aiiTicoles et par les conseils municipaux, tant pour les ouvriers loués à l'année que pour les journaliers,

2° Création de prud'hommes agricoles.

3» Interdiction aux communes d'aliéner les terrains communaux.

40 Attribution, par la commune, des terrains possédés ou achetés par elle, à des familles non possédantes, associées et simplement usufruitières, avec interdiction d'employer des salariés, et obligation de redevance au profit du budget et de l'assistance communale.

50 Caisse de retraite agricole pour les invalides et les vieillards, alimentée par un impôt spécial sur le revenu de la grande i)ropriété.

6° Achat par la commune de machines agricoles, et location à prix de revient aux cultivateurs. Association pour achats d'engrais et vente des produits.

70 Suppression des droits de mutation pour les pi-oj>riétés au-dessous de 5.000 francs.

8° Réduction par une commission d'arbitrage, comme en Irlande, des baux de fermage, de métayage. Indemnité aux fermiers et aux métayers pour la plus-value donnée à la propriété.

90 Supi)ression de l'article 2102 du Code Civil donnant au pro|»riétaire privilège sur la l'écolte. Constitution pour le cultivateur d'une réserve insaisissable (instruments aratoires, fumier, tètes de bétail indispensables).

10° Revision du cadastre.

11° Cours gratuits d'agronomie.

nir la petite propriété, et le zèle à la fortifier, le congrès de Nantes (1894), sur le rapport de M. Paul Lafarg-ue, décidait de faire précéder le programme agricole, élaboré au Congrès de Marseille, des considérants suivants :

Considérant que dans le domaine agricole ou terrien la centralisation n'a pas atteint le même degré que dans l'industrie, que le sol y est encore possédé par les producteurs eux-mêmes ;

Considérant que si cet état de choses, caractérisé par la petite propriété paysanne, est fatalement appelé à disparaître, le socialisme n'a pas à précipiter celte disparition, son rôle n'étant pas de séparer la propriété et le travail, mais au contraire de réunir dans les mêmes mains les deux facteurs de toute production, dont la division entraîne la servitude et la misère des travailleurs, tombés à l'état de prolétaires ;

Considérant que si, au moyen des grands domaines repris à leurs détenteurs oisifs, au même titre que les chemins de fer, mines, usines, le devoir du socialisme est de remettre en possession, sous forme collective ou sociale, les prolétaires agricoles, son devoir non moins impérieux est de maintenir en possession de leurs lopins de terre, contre le fisc, l'usure et les envahissements des nouveaux seigneurs du sol, les propriétaires cultivant euxmêmes ;

Le parti ouvrier étend sa protection aux fermiers et métayers qui, s'ils exploitent les journaliers, y sont contraints par l'exploitation dont ils sont euxmêmes les victimes ;

Le parti ouvrier, qui, à l'inverse des anarchistes, n attend pas de la misère étendue et intensifiée la transformation de Vordre social, a adopté le programme suivant...

LE SOCIALISME ET LES PAYSANS 3i:)

Il y a, dans ces considérants^ au point de vue de l'orthodoxie marxiste dont prétend relever le parti, de véritables hérésies. Le fond essentiel de ridée de Marx, c'est que la société ne peut être améliorée que si la propriété frivée est détruite. Ce ne sont pas seulement les anarchistes, ce sont les marxistes conséquents qui attendent de la misère étendue et intensifiée la transformation de V ordre social, puisque l'évolution qui, d'après eux, concentre de plus en plus la richesse à un pôle de la société, et la pauvreté à l'autre, ne peut être arrêtée, et que l'effort des communistes doit être de Taccélérer, fût-ce par la force, « cette accoucheuse des sociétés ». Fortifier la propriété paysanne, c'est ralentir cette évolution, c'est agir contre les principes, comme Ta démontré ^I. Kautsky au congrès de Breslau.

Quand les adversaires de M. Guesde lui ont reproché cette inconséquence, il leur a répondu qu'il n'y avait aucune contradiction entre sa tactique et sa doctrine \ Il oubliait qu'il avait déclaré autrefois que « la terre ne saurait appartenir aux uns, au détriment des autres'^ ^>. Il a depuis changé d'avis. La terre, pour le paysan qui la cultive, dit-il, est ce qu'est l'outil pour l'ouvrier. Il faut mettre les travailleurs en possession, consolider la petite propriété paysanne, et cela non pas seulement d'une façon transitoire. « Au lendemain de la solution de la question ouvrière, on

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