L'INTERNATIONALE ET LA COMMUNE
rateurs éternels qui, après avoir préparé rinsurrection, minèrent la Commune dès le premier jour; proudhoniens qui rêvaient de voir l'administration centralisée de l'État dissoute en communes indépendantes; marxistes, en très petit nombre.
Bien que tiraillée entre les conceptions les plus contraires, la Commune révèle pourtant les tendances dominantes du prolétariat urbain. Les révolutionnaires de 1848 étaient des patriotes. Les internationalistes de 1871 démolirent la colonne Vendôme, proclamant par là l'abolition de la guerre des nations, afin de lui substituer la guerre des classes. La Commune combat l'Église comme le plus ferme appui de l'ordre actuel. Elle transforme les églises en clubs, abolit le budget des cultes, laïcise les hôpitaux et l'enseignement public, et fusille les prêtres. Elle porte atteinte à la famille telle que Fa organisée le Code civil, en accordant aux enfants naturels des droits égaux à ceux des enfants légitimes.
Mais elle se montre hésitante et timide en matière de propriété, ce qui lui donne un caractère petit-bourgeois plutôt que prolétarien. Elle lance une vague proclamation à la province, par laquelle elle promet de procurer l'outil à l'ouvrier, la terre au travailleur; mais ayant sous la main le gage de la Banque de France, elle s'abstient de le saisir, et se contente d'en tirer des subsides.
Le seul décret par lequel la Commune ait porté atteinte au droit de propriété concerne les ateliers abandonnés fi5 avril). Mais les possesseurs légi-
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limes devaient être dédommagés : une indemnité serait fixée par le jury.
Les autres mesures simplement réformistes concernent Tinterdiction de la retenue des salaires, du travail de nuit dans les boulangeries (décret rapporté à la demande des intéressés eux-mêmes), la fixation d'un salaire minimum dans les cahiers des charges pour les travaux publics, la fermeture des maisons de tolérance et la suppression de la prostitution réglementée, la répression de rivresse. Les fonctionnaires publics ne pouvaient recevoir un traitement supérieur à 5.ooo francs.
Toutes ces mesures avaient été prises à l'instigation des internationalistes marxistes, Léo Frankel, Varlin, Benoît JMalon, etc. Ils formaient dans la Commune une minorité relativement modérée. Mais la tendance terroriste l'emportait. Les socialistes purs, suspects de modérantisme, finirent par se retirer.
Les combats quotidiens contre Tarmée de Versailles ne purent amener l'union au sein de la Commune. Les blanquistes conspiraient contre les jacobins qui la dominaient. Ceux-ci furent bientôt débordés par les clubs, puis le pouvoir passa aux démagogues de la rue, pendant que Paris devenait la proie des flammes.
Après Fécrasement, les querelles s'effacent ; c'est la minorité socialiste qui passe pour avoir donné sa physionomie à la majorité. La légende se forme. « La Commune, écrit Jules Guesde, qu'on a essayé de réduire aux proportions d'un mouvement né du siège et de la République en
danger, a été, dans son programme, ses tendances et ses résultats, la plus grande explosion socialiste du siècle pour l'universalisation de la propriété... Son drapeau, tombé des mains de son dernier soldat, fut ramassé par les prolétaires du monde entier. »