ARACHNIDES
veux se composent de deux ganglions cérébraux assez éloignés l'un de Tautre et réunis par une fine commissure transversale, et de quatre ganglions réunis entre eux et avec le cerveau par des connectifs doubles (fig. 82). Les ganglions de la chaîne ventrale ne portent pas trace de la division du système nerveux en deux moitiés, si marquée cependant sur le cerveau et sur les connectifs.
Les pyaiogonides, petits animaux qui vivent sur le bord de la mer et dont la place dans la classification est encore douteuse, ont un système nerveux qui se rapproche beaucoup de celui de certains annélides et des insectes. Il est constitué par un ganglion sus-œsophagien ou cérébral, un collier œsophagien et une chaîne ganglionnaire ventrale formée par quatre ou cinq ganglions bilobés. La bilatéralité de la moelle ventrale est donc chez eux bien mieux marquée que chez les tardigrades.
Dans les groupes supérieurs, araignées, scorpions et formes voisines, le développement du système nerveux atteint un degré en rapport avec la complexité des actions nerveuses que présentent ces animaux. Chez les scorpions (fig. 83), le cerveau, petit et bilobé, se confond presque avec un gros ganglion thoracique formé par la réunion du ganglion sous-œsophagien et des ganglions correspondant aux segments du thorax, tandis que dans les parties abdominale et caudale, la chaîne nerveuse se compose de ganglions distincts comme chez les annélides.
A mesure que la partie caudale diminue, on voit diminuer la chaîne ganglionnaire abdominale et s'accentuer la centralisation. Ainsi, dans les iélypbonides (fig. 84), cette partie des centres nerveux n'est plus
Fie. 83 . — Sjstim< Nerveux du scorpion *
Fk. 84. — Système nerveux du tifypbone ♦•
* A, nerf antennaire ; h, cerveau ;«, nerfs des yeux médians; d^ nerfs des ocelles latérales; r, masse ganglionnaire thoracique (Newport).
** $, cerveau ; o, nerfs des yeux principaux ; 1, masse ganglionnaire thoradque ; r, ganglion abdominal unique; p, nerfs des pattes-mâchoires *. p\p",p"\ p"", nerfs des pattes ambulatoires (E. Blanchard).
ARACHNIDES lOl
représentée que par un petit ganglion unique c placé à l'extrémité de Tabdomen.
Enfin, dans les araignées proprement dites, la concentration atteint son maximum et les centres nerveux sont condensés en une seule masse volumineuse située dans le céphalothorax. Le cerveau constitué par deux petits renflements coniques situés en avant de cette masse fournit les nerfs des yeux et des antennes; un peu en arrière, de la partie correspondant au ganglion sous-œsophagien partent les filets de la région buccale ; le reste de la masse centrale nerveuse donne aux autres organes du corps.
Les nerfs viscéraux (nerfs stomato-gastriques) ont la même disposition générale que chez les insectes ; ils sont seulement moins développés.
On voit par cette rapide description que le système nerveux des arachnides est construit sur deux types différents : dans l'un, la segmentation des ganglions est la règle, comme on le voit chez les tardigrades ; dans l'autre, on trouve au contraire une fusion des ganglions en une seule masse ; c'est ce qu'on observe à la fois dans les formes inférieures, comme les acariens et les linguatules, et dans les formes supérieures, comme les araignées; mais, dans les premières, la concentration est un fait de dégradation ; dans les autres, elle est un progrès et un perfectionnement ; le système nerveux des scorpions représente un intermédiaire entre ces deux types extrêmes.
Un fait à signaler, c'est que dans toute la série des arachnides, à l'exception des pycnogonides qui, comme nous l'avons vu, doivent probablement former une
classe à part, la fusion des ganglions a lieu dans le sens transversal et que la bilatéralité ne se montre que pour le cerveau.
Les orgafies des sens sont bien développés chez les arachnides. Les poils soyeux ou rudes qui recouvrent le corp$, les antennes-pinces ou cbélicères qui s'articulent sous le bord antérieur libre du céphalothorax, les palpes des espèces inférieures, la trompe des pycnogonides, etc., constituent autant dorganes tactiles d'une grande sensibilité.
Les yeux présentent des différences suivant les espèces et on les voit se perfectionner dans la série. Quelques espèces inférieures, comme les gamases qui vivent sur le corps des insectes, en paraissent même tout à fait dépourvues. Chez d'autres acariens, ils sont réduits à de simples taches pigmentaires ; puis cts taches pigmentaires font place à des yeux rudimentaires composés de deux, trois bâtonnets rétiniens recouverts par une petite cornée; bientôt le nombre de c^s bâtonnets rétiniens augmente en même temps qu'un cristallin s'interpose entre les bâtonnets et la cornée, et on arrive ainsi à l'œil bien organisé, tel qu'on le trouve dans les scorpions et les araignées (fig. 83). Ces yeux sont toujours simples et non à facettes comme chez les insectes, et disposés, au nombre de deux à douze, de façon très variable suivant les espèces sur toute l'étendue du céphalothorax. Leur groupement est du reste en rapport avec le genre de vie de l'animal; ainsi, chez les araignées qui vivent dans des trous obscurs d'où elles ne sortent que pour fondre sur leur proie, les yeux sont serrés les uns contre les autres et situés sur le milieu du front; chez celles qui
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vivent au grand jour, les yeux sont disperses sur le céphalothorax et quelquefois même situés à Tarrièrc ; enfin, dans quelques genres, les épcires par exemple, ils peuvent être portés sur des pédoncules mobiles. En outre.
Fio. 85. — Œdi d'srsifMèe *
il semblerait que, suivant leur situation, leur fonctionnement fût différent ; dans les yeux latéraux, la cornée est plus convexe, et ils serviraient surtout pour la vision des objets rapprochés ; les yeux médians fonctionneraient comme des télescopes, les yeux latéraux comme des microscopes, disait-on autrefois. Il estdifficile évidemment d'arriver sur ce point à des conclusions précises ; mais des recherches récentes tendraient à faire admettre chez ces animaux une vue très imparfaite et à très courte distance. Il faut remarquer aussi que beaucoup d'entre elles sont crépusculaires et que leur vision s'exerce surtout dans l'obscurité.
Les organes auditifs des arachnides sont inconnus. On a cependant décrit, dans ces derniers temps, des poils minces,^de disposition et de situation variables qui repré-
*"»nerf optique;/, cellules ganglionnaires; b, bâtonnets rétiniens; /, cristallin; ^ cornée (Leydig'.
senteraîent les organes auditifs de ces animaux. Ce qui est certain, c'est qu'on ne peut leur refuser le sens de louïe. Cette sensibilité est excessivement développée chez les araignées, et tout le monde connaît les histoires d'araignées sensibles à la musique, comme celle de Grétry par exemple, qui descendait sur la table de son piano quand il se mettait au clavier et disparaissait quand il cessait de jouer. J'ai observé moi-même un fait absolument semblable.
On ne sait rien non plus sur les organes du goût et de l'odorat. On a voulu localiser ce dernier sens soit dans les palpes, soit dans les antennes mandibulaires, ces équivalents morphologiques des antennes des insectes, mais sans preuves bien décisives.
L'activité psychique, rudimentaire chez les espèces inférieures, acquiert chez les araignées un développement qui ne le cède en rien à celui qu'on constate chez les insectes supérieurs, comme les fourmis et les abeilles. On ne peut nier, en effet, qu'il n'y ait une véritable intelligence dans la façon dont les araignées construisent leur toile ; ce n'est pas dans la disposition géométrique de cette toile que leur intelligence se révèle, car il n'y a là qu'une affaire d'instinct, mais dans le choix de l'endroit où cette toile sera construite et dans l'adaptation du travail de tissage aux conditions variables de la résidence qu'elles ont choisie ou qu'on leur a imposée dans un but expérimental. Si la plupart des phénomènes de la vie des araignées peuvent s'expliquer par l'instinct seul, tels que l'amour maternel qu'on trouve chez quelques espèces, leur vol dans les airs, grâce au fîl qu'elles projettent et que le vent entraîne avec l'animal, leur migra-