CHAPITRE XIII
VERTÉBRÉS — Suite —
Les centres nerveux des oiseaux s'élèvent encore d'un degré dans l'échelle du développement sur ceux des poissons et des reptiles. Ils se rapprochent surtout beaucoup de ces derniers, mais s'en distinguent principalement par le volume de leurs hémisphères cérébraux et de leur cervelet.
La moelle présente les deux renflements, cervical et lombaire, correspondant a l'origine des nerfs des ailes et des pattes. Au niveau du renflement lombaire, le
sillon médian postérieur s*élargit comme au niveau de la moelle allongée et constitue là une cavité, sinus rbomboîdal ou ventricule lotnbaire, tout à fait comparable au quatrième ventricule et qui est caractéristique de la moelle des oiseaux.
Le cerveau des oiseaux présente la même forme générale dans tous les ordres et on n'y rencontre pas les différences que nous avons trouvées chez les reptiles et les poissons et que nous retrouverons aussi dans les divers groupes de mammifères.
La nioelle allongée forme avec la moelle un angle bien marqué (fig. 181); elle est volumineuse, plus longue que large, fortement convexe à sa partie inférieure et présente du reste la même conformation que chez les reptiles. Le quatrième ventricule est complètement recouvert par le cervelet qu'il faut enlever pour- l'apercevoir.
Le cervelet (fig. 179), de couleur grisâtre, est très volumineux; il se compose d'un lobe médian, dont la partie supérieure, vermis superior, présente des sillons transversaux qui le divisent en 10 à 20 lamelles minces, bien visibles sur des coupes antéro-postérieures. Sur ces coupes on voit chaque lamelle constituée par une partie moyenne de substance blanche entourée de deux lamelles de substance grise; on a donné à l'ensemble de cette disposition, à cause de son aspect, le nom d'arbre de vie. Les lamelles du vermis sont plus nombreuses chez le perroquet et la pie que chez la poule, Toie ou le canard. Du lobe moyen du cervelet se détachent deux appendices latéraux, floccult, à peine visibles chez la poule, le canard, bien distincts chez le
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pigeon, le perroquet, les oiseaux de. proie, l'autruche, etc. En avant le cervelet se continue par une lamelle, valvule de l^ieussetis, avec le toit du cerveau moyen. Il
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Fie. 181. — Cerveau d'oiseau^ vu laUrëUment,
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belleux, bien visible sur des coupes antéro-postérieures et qui communique avec le quatrième ventricule.
Le cerveau moyen ^ MH, est constitué comme dans les classes précédentes, par les lobes optiques ou tubercules bijumeaux. Mais ces lobes optiques sont rejetés en bas et sur le côté du cerveau par le développement du cervelet (fig. 179 et 180) et recouverts en partie en avant par les hémisphères cérébraux; pour les bien voir, ' faut donc enlever le cervelet et les hémisphères ; on voi. alors qu'ils sont constitués par deux corps blancs, ovoïdes, assez volumineux; sur la ligne médiane ils sont réunis par une commissure transversale mince qui passe au-dessus de l'aqueduc de Sylvius et se continue en arrière avec la valvule de Vieussens. Les nerfs optiques naissent de toute la surface des lobes optiques. La base du cerveau moyen, séparée par des sillons transversaux de la moelle allongée et du cerveau intermédiaire, est constituée par les pédoncules cérébraux. Les lobes optiques sont creusés d'une cavité qu'on peut voir en enlevant leur voûte, toit îles lobes optiques, et qui communique avec l'aqueduc de Sylvius.
La partie supérieure du cerveau intermédiaire ne peut être vue qu'après Tablation du cervelet. On y voit alors l'ouverture supérieure du troisième ventricule limitée en arrière par la commissure postérieure qui n'est autre chose que la partie la plus antérieure de la commissure des lobes optiques ; à ce niveau elle présente la glande pinéale. Sur les côtés de cette ouverture se trouvent deux saillies grisâtres, bien formées, mais peu volumineuses ; ce sont les couches optiques qui se continuent en arrière avec les lobes optiques, en avant avec les
hémisphères ; en bas les couches optiques se prolongent dans la masse grise de Tinfundibulum. A la partie inférieure du cerveau intermédiaire, on rencontre les mêmes parties que chez lès reptiles, Tinfundibulum ou le tuber cimrum avec la tige pituitaire et Vbypopbyse et en outre en arrière de la commissure des nerfs optiques un petit mamelon, représentant des lobes inférieurs des poissons.
Le cerveau antérieur a la forme d'un cœur de carte à jouer. Il est gris-rougeâtre, volumineux et s'étend en arrière jusqu'au cervelet. Une scissure hémisphérique profonde le divise en deux hémisphères. Chaque hémisphère cérébral a une face supérieure convexe, une face inférieure concave et une face interne plane accolée à la face interne de l'autre hémisphère. La face supérieure est lisse; cependant on y remarque une dépression longitudinale parallèle à la scissure interhémisphérique et qui sépare du reste de l'hémisphère comme une nouvelle ébauche de circonvolution de chaque côté de la scissure médiane. Ce sillon est quelquefois rejoint à sa partie, antéro-externe par un autre sillon à direction presque transversale ; ces sillons sont plus prononcés chez les perroquets, les pies, que chez les oiseaux inférieurs, comme le pigeon ou le poulet. En arrière, les hémisphères cérébraux sont réunis par une commissure transversale, commissure antérieure, qui se voit en avant des couches optiques et du troisième ventricule, après l'ablation du cervelet et l'écartement des hémisphères. A la face inférieure des hémisphères se voit un sillon peu prononcé, ébauche de la scissure de Sylvius des mammifères.
Quand on incise la face supérieure ou la face interne
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des hémisphères cérébraux, on tombe dans les ventricules latéraux. Sur une coupe transversale, ces ventricules sont de simples fentes et leur partie externe et inférieure est occupée par la saillie des corps striés. Les oiseaux n'ont pas de corps calleux comme on en trouve chez les mammifères^.
On voit par la description qui précède que le cerveau des oiseaux se rapproche beaucoup de celui des reptiles dont le distingue surtout le développement des hémisphères cérébraux et du cervelet ; mais il n'y a là que des différences quantitatives et en réalité les deux cerveaux sont construits sur le même type ; du reste, à en juger d'après le crâne, on retrouve dans certaines espèces d'oiseaux fossiles les caractères du cerveau des reptiles, savoir la forme allongée du cerveau et le volume du cerveau moyen. On sait d'ailleurs quelles étroites affinités zoologiques unissent les oiseaux aux reptiles.
Organes des sens. — La sensibilité tactile est surtout localisée dans le bec, où Ton trouve des corpuscules tactiles spéciaux et dans la langue, du moins chez certaines espèces. La vision est très développée. L'œi! se présente sous deux types différents. Aplati chez les oiseaux nageurs, comme chez les poissons, il est au contraire fortement convexe chez la plupart des autres espèces, forme qui est évidemment en rapport avec les conditions différentes de la vision chez ces animaux. L'œil est du reste construit sur le même plan général que chez les reptiles, comme le prouve l'existence d'un peigne, seulement beaucoup plus développé. L'appareil d'accommodation est très perfectionné, le muscle ciliaire et l'iris sont composés de fibres striées et
non plus^ de fibres lisses comme chez les autres vertébrés, ce qui donne à la vue une puissance extrême et la facilité de s'adapter rapidement aux distances les plus variables. V oreille n'atteint pas, même chez les oiseaux chanteurs, un développement comparable à celui de l'œil. Le conduit auditif externe est tout à fait rudimentaire; la caisse du tympan ressemble à celle des reptiles et les osselets sont aussi réduits à un seul, la colunielle, sauf chez les aigles, chez lesquels on trouve un rudiment de chaîne des osselets. Le labyrinthe a trois canaux demi-circulaires, mais le limaçon a encore une forme très simple et une organisation bien moins compliquée que chez les Mammifères. L'odorat paraît assez obtus chez les oiseaux d'après les expériences récentes de Alphonse Milne-Edwards. Le goût doit être aussi très peu développé, vu la dureté des papilles de la langue, sauf peut-être chez le perroquet dont la langue est molle et riche en papilles.
Je ne m'étendrai pas sur les phénomènes instinctifs et psychiques que présentent les oiseaux, il y aurait là un chapitre beaucoup trop long et d'ailleurs les faits pris en eux-mêmes sont familiers à tous les lecteurs, quoique les interprétations varient suivant le point de vue auquel se place l'observateur. Les instincts, si développés chez les oiseaux, se révèlent dans la recherche de leur nourriture, de leur toilette, dans tous les détails de leur vie solitaire ou sociale, dans leurs migrations, mais surtout dans tous les actes qui concernent la conservation de l'espèce, et spécialement dans la construction de leurs nids. Leurs passions sont en général vives, surtout au moment des amours; c'est l'époque des chants à perdre haleine, des
combats sans merci entre les mâles, des jalousies envers la femelle, des manifestations provocantes et variées du désir ou des manifestations orgueilleuses de Tamour satisfait ; c'est le ménage à deux avec toutes ses tendresses réciproques et les soins empressés pour les jeunes tant qu'ils ne peuvent se suffire à eux-mêmes dans la recherche de la nourriture ; ce sont les luttes contre la proie vivante avec toutes les ressources du courage ou de la ruse, de l'audace poussée jusqu'à la témérité comme chez l'aigle, ou de la prudence poussée jusquà la lâcheté comme chez le vautour. Mais même en dehors de ces conditions, on trouve chez les oiseaux des passions dues à d'autres causes, la sympathie pour leurs semblables, l'affection pour les personnes qui les entourent et qui sont bonnes pour eux, la jalousie, en un mot tout le cortège des passions dites humaines ; les perroquets, comme les enfants auxquels on les a comparés, sont capricieux, vindicatifs, jaloux et susceptibles d*amitiés et de haines, aussi inexplicables les unes que les autres. Les moyens d'expression des états émotionnels de l'oiseau, résident dans son vol, dans les mouvements de ses ailes et de sa tête, mais surtout dans sa voix; cette voix, qu'elle soit une imitation comme celle du perroquet, ou un chant naturel comme celui du rossignol, peut rendre toutes les variations de la passion et peut-être constitue-t-elle pour eux, mieux encore qu'un simple moyen d'expression, mais un véritable langage.
Vintelligence des oiseaux ne peut être niée que par les observateurs de parti pris. Leur mémoire est en général très fidèle et assez étendue ; cependant elle varie suivant les espèces ; le rouge-gorge, par exemple, se lais-
sera prendre plusieurs fois de suite au même piège, tandis que le moineau, pris une fois n'y revient plus. Quelques oiseaux s'apprivoisent avec la plus grande facilité, et leur éducation peut atteindre un assez haut degré. Mais ce n'est pas un simple dressage par Thomme qu'on rencontre chez les oiseaux, c'est une véritable éducation spontanée, due uniquement aux conditions dans lesquelles ils se trouvent placés, et par conséquent à l'expérience personnelle. Les nids des jeunes oiseaux sont moins bien faits que ceux des vieux et ils sont moins adaptés à l'endroit où ils les ont construits ; les jeunes sont moins prudents, plus étourdis ; les corbeaux des villes n'ont pas peur d'un fusil, tandis que ceux des campagnes fuient dès qu'ils en aperçoivent un au loin. On trouve, en somme, chez ces animaux, une ébauche de raisonnement et de jugement, et il serait absolument impossible d'expliquer tous leurs actes par l'instinct seul.