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effets comiques de la longueur démesurée de ce cou... » (1).
Il s'était identifié avec son costume, et cela au point que des écrivains de théâtre comme les frères Hippolyte et Théodore Coignard pouvaient se servir de désignations ainsi conçues pour des rôles de leur invention : « Un Pierrot en costume de Deburau » (Au Rideau ! ou les singeries dramatiques, revue, 9 décembre 1834, au Cirque Olympique), — « Le Pierrot des Funambules » (La Fin du Monde, revue, 20 janvier 1848, à la Porte Saint-Martin). On a cependant vu l'original interprète abandonner sa toilette protocolaire et endosser à l’occasion les habits de soldat, de maréchal de France, de croquemort, de savetier, de sénateur, etc.
En d’autres circonstances, Pierrot est sorti de la tradition. Nous voulons dire que divers littérateurs (poètes, dramaturges, romanciers) qui l’ont exploité à leur façon, lui ont fait revêtir le frac noir, porter une culotte de même couleur et des bas blancs, chausser des escarpins de soirée. Ou bien c’est le costume conventionnel, le « flottant » qui passe au noir à moins qu'il ne cède la place à un travesti ou à un collant de cette dernière couleur. Nous songeons ici à des œuvres signées Hennique, K.-J. Huysmans, Albert Giraud, Maurice Guillemot, etc., et nous songeons également au Pierrot si personnel du dessinateur Adolphe Willette : il est en noir complet à la réserve de la collerette et des manchettes. Autrement dit, il porte en noir le serre-tête, son habit à queue, ses haut-dechausses, les bas et les souliers.
(*) Louis Péricaud, Le Théâtre des Funambules, ses mimes, ses acteurs et ses pantomimes depuis sa fondation jusqu’à sa démolition, Paris L. Sapin, 1897, p. 48
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Mais revenons à Deburau. La transformation ou l’évolution fut bien autrement profonde chez lui du côté moral. Prenons soin de le noter : tandis que l’homme blanc n’a guère été jusqu'alors qu’un acteur parlant, son Pierrot est un muet ; il ne profère pas un mot, sauf Achelez salade ! dans le Marchand de salade (1829). De ce type, Deburau a donc joué toutes les incarnations en pantomime, mais que de choses il disait ! Son épitaphe qu'il avait rédigée lui-même l’affirmait : « Ci-git qui a tout dit et n’a jamais parlé ». Son enthousiaste admirateur Jules Janin l’affirmait également : « Acteur sans passion, sans parole et presque sans visage, il dit tout, exprime tout, se moque de tout ; il jouerait sans mot dire toutes les comédies de Molière. Grâce à l'usage de toutes les passions qu’un visage enfariné peut contenir, il va, il vient, il regarde, il ouvre la bouche, il ferme les yeux, il fait rire, il attendrit, il est charmant. C’est un homme qui a beaucoup pensé, beaucoup étudié, beaucoup espéré, beaucoup souffert ». Charles Nodier le chantait ainsi : «…. Je donnerai cinq de vos comiques réputés, petits acteurs à grandes prétentions, pour celui-ci, simple, modeste et parfait dans ce genre si difficile. Simple comme un enfant, poltron, rusé, paresseux, méchant par instinct, serviable, railleur, gourmand, voleur, bravache, cupide, maladroit, ingénieux dans les inventions qui tendent, à la satisfaction de ses goûts, c’est Satan naïf et bouffon ».
Ne prenons pourtant pas tous ces termes trop à la lettre. Pierrot fransformisle ou transformable (l'expression sera expliquée plus loin) avait déjà passablement fonctionné lorsque vint Deburau. Gardons-nous d'autre part de tenir pour paroles d'Evangile les déclarations, assurément exagérées, que
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nous fait le Grand Diclionnaire universel de Larousse : à partir de la transformation opérée par Gaspard Deburau, et ses successeurs (son fils Charles, et Paul Legrand), Pierrot «n’est plus ni niais ni ingénu ; c’est le sournois, l’effronté, le poltron, le gourmand, le voleur ; il a tous les vices et il est capable de tous les crimes. Il n’a ni ami, ni femme, ni mattresse et n’est plus même capable d’un bon sentiment. Si son maître est tué par Arlequin, il profite de l’occasion pour lui appliquer des taloches, car autant il montre de servilité et de platitude devant ceux qu'il redoute, autant il aime à frapper ceux qui sont à terre ; il s’acharne sur les morts, quitte à avoir bien peur qu'ils ressuscitent ».
Non vraiment, le Pierrot nouveau n’est pas aussi exclusivement mauvais garçon. Mais la vérité est qu’il possède une personnalité, qu’il a cessé d’être un sot envers qui toute plaisanterie ou toute malveillance est permise. Théophile Gautier, qui a vécu ses années de gloire, remarque qu’ «il donnait des coups de pied et n’en recevait plus. C’est à peine (ajoute-t-il) si Arlequin osait lui effleurer les épaules de sa batte ; Cassandre y regardait à deux fois avant de le souffleter. Il embrassait Colombine et lui prenait la taille comme un séducteur d'opéracomique » (1). Il n’était pourtant pas chez Gaspard Deburau de très haute nature morale : c’est de la gloutonnerie et de la poltronnerie de son personnage que l’incomparable mime tirait ses effets comiques les plus heureux et les plus divers (?).
Le type ainsi refait (pour ne pas dire : créé) par Gaspard
() Champfleury, Souvenirs des Funambules, Paris, Michel Lévy, 1859, p. 63.
(?) Rolland de Villarceaux, La Comédie Italienne et Deburau : REvuE Nou- VELLE, 19 juillet 1846, p. 498.
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Deburau fut continué par son fils et d’autres mimes : tels Paul Legrand, Alexandre Guyon, Rouffe, Kalpestri, Severin. Le meilleur de ces épigones est Legrand qui, de l’homme blanc, dessina une image très individuelle également. Habile dans l’art de la métamorphose comme le Maitre, il se multipliait ou se diversifiait comme lui. Il jouait même trois Pierrots successifs dans une seule pièce, une Trilogie de Pierrols, pantomime en un acte dont il était l’auteur (20 janvier 1857, aux Folies Nouvelles) : il y jouait Pierrot père, Pierrot fils, Pierrot petit-fils. Un spectacle moins extraordinaire, mais qu’on pourrait aussi rappeler, est celui qui groupait, le 6 novembre 1850, sur la scène des Funambules plusieurs pierrotistes de renom ; c'était dans les Trois Pierrots d'Auguste Jouhaud, dont les rôles se distribuaient comme suit :
Pierrot-le-Rusé. ......... Charles Deburau Pierrot-le-Dévoué …..... Paul Legrand Pierrot-le-Naïf........... Alexandre Guyon Enérrob; Pères sit Philippe
La lignée des illustres interprètes s'arrête avec Severin qui tenait encore les tréteaux en 1905, mais Pierrot a été popularisé par d’autres mimes que lui et les grands seigneurs de l’art muet dont on a lu les noms. L’éclat du jeu fut moindre de leur côté, mais l’action de ces comédiens, plus modestes, fait quand même partie intégrante de l’histoire du célèbre ingénu. Cet ingénu, représenté en rôle mimé, ne fut pas un type réservé aux Funambules. Des scènes de tout genre l'ont accueilli : par exemple les Folies Nouvelles déjà mentionnées, le Cercle Funambulesque créé par Félix et Eugène Larcher, les cabarets littéraires de Montmartre, comme le Chat Noir
où la pantomime et la pièce d’ombres se sont partagé vers la fin du XIXe siècle, avec le symbolisme, les faveurs d’un public avide de spectacles ayant quelque aspect d’inédit ou de fraicheur, même sous des allures « très vieille France ».
En même temps, le dessin, la peinture, l’image sous toutes ses formes, la sculpture, la musique unissaient leurs efforts pour faire fête au «gentil Pierrot ». Bien avant cela sans doute, il était déjà l’un des favoris du monde des arts, mais, au déelin du XIXe siècle, et de nos jours, le crayon, le pinceau, le burin, la mélodie de maîtres distingués ont réalisé en son honneur, et en une curieuse abondance, des merveilles de grâce ailée, de fantaisie délicate, d'invention légère, aimable ou profonde. Sur son antique réputation toute une gloire nouvelle s’est greffée rien que par l’appoint des spécialistes de l'affiche, et surtout du grand dessinateur de Montmartre, Willette, qui a presque renouvelé le blanc et muet personnage, tant il lui a prêté du caractère. Il l’a même doté d’un « vis-à-vis», d’un dédoublement qui s’est trouvé supérieurement exquis : sa Pierrette. Oui, sa Pierrette, sa petite Pierrette n'est-elle pas un type de femme française, de montmartroise qui, comme création, égale son Pierrot, «le Pierrot de Willette », ainsi qu’on a coutume de dire ? (1)
Devons-nous ajouter que le Pierrot du dessin ou du chant ou de la pantomime n’a pas tué le Pierrot parlant ? S'il fallait le prouver, l’on pourrait se borner à relater l’anecdote contée par Jules Claretie rappelant les débuts d'Edmond Rostand : « La charmante petite pièce de Pierrot qui pleure et Pierrol
() La Veuve de Pierrot, L'Age d'or, Feu Pierrot, Pauvre Pierrot.
qui ril avait été présentée par le futur auteur de Cyrano à la Comédie Française. Elle y fut refusée parce que l'acteur Got attira l'attention de ses collègues sur l'invasion de Pierrots qui menaçait alors les planches de la Maison de Molière ». Et Claretie écrit encore : « Depuis que j'avais fait représenter le Baiser de Théodore de Banville, tous les levers de rideau qu’on nous proposait contenaient, en effet, des Pierrots. Le Diner de Pierrot était là, d’autres Pierrots frappaient à la porte »-
Non certes, le Pierrot du dessin, du chant, de la pantomime n’a pas tué le Pierrot parlant. Ce dernier reste toujours vivant, toujours debout, et, sans crainte de se tromper, on peut lui prédire longue et belle destinée. Il continue d'occuper la scène et la strophe. Il continue d'occuper les cerveaux des rêéveurs. Sont-ils assez nombreux, en effet, les poètes du jour qui ont débuté par des Pierrots lyriques ou dramatiques ? Tous ces Pierrots n’ont pas vu la rampe du théâtre ou la vitrine du libraire. Mais ils furent ! Beaucoup ont vécu d’une vie obscure et éphémère ; ils ont vécu, enfermés dans un tiroir de jeune rimeur, sans que soit venu pour eux l’Asmodée qui leur aurait donné la liberté du plein air et les joies de la grande lumière, mais il suflit pour nous qu'ils aient été conçus.
Dans toute cette littérature, nous n'avons point uniquement (pas plus qu'à l’époque de Deburau) un homme blanc qui continue en lignée très directe l’ancien type de la Comédie Italienne, type qui était presque toujours plaisant, même quand il pleurait, et qui faisait rire à ses dépens, ou qui, fréquemment, incarnait la sottise. Sans doute, avec Deburau et après Deburau, il est souvent encore une bonne dupe ; souvent encore (nous l'avons dit), il apparaît en victime des tours pendables
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d'Arlequin. Mais, souvent aussi, il est vengé ; il apparaît sous la forme de la candeur triomphante, de l’ingénuité récompensée, et l’homme à la batte signifie alors ruse et méchanceté punies.
Seulement, avec Deburau et après Deburau, qu'il soit raillé ou vengé, il est, à la scène, le personnage d’avant-plan. Le détail doit être souligné, comme étant un des traits caractéristiques de l’évolution de Pierrot depuis cent ans. Mais nous avons en outre cet autre trait qui marque semblablement sa carrière au XIXe siècle et de nos jours : c’est l’accueil empreint de si vive sympathie qu'il a rencontré chez les poètes lyriques. Il a été leur sujet autant que le sujet des dramaturges qui se l’étaient presque réservé autrefois. En même temps, devant lui le conte, le petit morceau de prose s’est ouvert, — moins empressé toutefois à le recevoir que le couplet rimé et le dialogue scénique.
Mais qu'il soit mis en vers ou en prose, qu'il soit ou non porté sur les planches, le Pierrot moderne a fréquemment des yeux qui interrogent le ciel, un ciel de nuit, un ciel lunaire. Il rêve, il pense, il chante, il implore, il soupire. Il écrit ou bien on lui fait écrire des variations sur le vieux thème
musical :
Au clair de la lune, Mon ami Pierrot, Prête-moi ta plume Pour écrire un mot...
Et voilà encore un trait moderne, un trait XIXe siècle de l’homme à face blême. Par là, par l'intervention de cette mélodie dans sa littérature, il s’est beaucoup poétisé. Nous essayerons de dire plus loin de quand date cette intervention.
Nous verrons qu'elle n'est pas sans rapport avec une particularité qui frappe également lorsque l’on considère le Pedrolino des cent dernières années ; c’est que ce Pedrolino poétique a la figure ou toutes les figures qu’on veut lui donner : il est un rêveur lunaire, un rêveur à nacelles, un guitariste d’échelles de soie, un chanteur florentin, un romantique, un naturaliste, un parnassien, un symboliste, un naturiste, et même un dadaïste. Il est tout cela successivement : en d’autres termes, il est à son tour un vieux thème sur lequel on écrit des variations ; il est une idée à reprises continuelles. Or, en cela réside son originalité essentielle parmi les acteurs de la Comédie Italienne depuis un siècle : c'est qu’il est spécialement, ou plus que tout autre type du même théâtre, une idée à variations littéraires et à développements psychologiques.
Et c’est alors donc, quand il est idée ou thème, qu'il offre de l'intérêt et qu’il apparaît significatif. C’est lorsqu'il fait du transformisme interne, car il a connu un autre transformisme qui est plutôt exlerne et qu'on nous permettra tout d’abord de définir. Pierrot a subi, de même que ses camarades de la Comédie Italienne, des métamorphoses par l’extérieur, si l’on peut ainsi parler. Nous avons rappelé plus haut qu'un principe de ce théâtre voulait que chaque acteur y jouât toujours le même personnage. Mais ce principe n’allait point sans exceptions : un acteur ne s’emprisonnait pas pour toute son existence de théâtre dans une spécialité unique. D’autre part (et c’est le point à remarquer en ce qui concerne le transformisme que nous avons nommé externe et dont nous voulons faire connaître le sens et l’esprit en premier lieu) les rôles ou les types italiens d’Arlequin, de Pierrot, de Pantalon, de Cassandre, de Gilles,
de Mezzetin, de Scaramouche, etc., ne sont pas fixes au sens où une critique mal informée entend la chose. Elle les présente comme des figures immobiles, des masques rigides. Il y a dans cette définition une exagération manifeste ou c’est une définition qui prête à des malentendus. Sans doute, ces types populaires du théâtre remplissent souvent le même rôle, mais, dans ce rôle, combien souvent ils ont été diversifiés, renouvelés, régénérés par l'application du procédé du transformisme ! En d’autres mots, que d’auteurs se sont rencontrés en France qui se sont ingéniés à les rajeunir ou à les reproduire devant la foule avec un air nouveau et ils y sont parvenus, qui plus, qui moins, en les engageant, en les situant dans toute espèce de professions, de métiers, de positions sociales, en les envoyant dans les milieux les plus hétéroclites, dans les mondes les plus bizarres, parfois même dans les mondes infernaux, en leur prêtant tous les états d’esprit, ou en les faisant vivre dans la personne de leurs ascendants et de leurs descendants (Pierrot père, Pierrot fils, Pierrot petit-fils). Telle fut, tout particulièrement, la fortune d’Arlequin depuis le XVIIS siècle jusqu’au début du XIX£ (1). Il a été, par excel-. lence, le personnage passe-partout, il a été le roi du transformisme. Mais sur les nombreux tréteaux qu'il parcourut, il rencontra dans Pierrot un rival de gloire. Souvent leurs jeux de transformistes se confondirent dans les mêmes parades et reçurent les mêmes bravos. Toutefois, le second ne possède pas dans l’ancien théâtre sa variété d’aptitudes ; il n'a point
€) Voir notre étude de la REVUE GÉNÉRALE (de Belgique), février et mars 1928 : Les Métamorphoses d' Arlequin au théâtre.
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ses dons d'universalité dans le renouvellement extérieur. Néanmoins, depuis son entrée dans les lettres jusqu’à nos jours, il a vécu quantité de vies, il a exercé quantité de professions et parcouru quantité de mondes. Arlequin disait au personnage de La Foire dans une comédie du XVIIIe siècle : « Je fais tout ». Au XXe siècle, Pierrot pourrait affirmer en jetant les yeux sur sa longue carrière : « Je fais presque tout ». Il a été presque tout, et même femme, à l’occasion. Que l’on juge de la multiplicité de ses emplois, de ses états-civils, de ses adaptations, de ses transplantations par la liste peut-être bien fastidieuse qui suit. Type à métamorphoses, il a été femme du docteur, paysan, garçon, cabaretier, Jupiter, juge, veuve, clere, Junon, petite fille, Zerbin, Mercure, eunuque, marquis, servante, Carinther (roi des Gaules), concierge de la Fontaine de Sapience, garçon limonadier, confidente de la grande prètresse de l’île de Serendib, garde-moulin, secrétaire, boufton de grand seigneur, Minerve, Roland, gargotier, cuisinier du roi des Ogres, confident de Zéyn roi de Cachemire, favori des dieux, rémouleur, Romulus, cuisinier, berger, Perrette, Atis, fée, confident du Grand Vizir, confident de Pegelin (corsaire de Salé), écuyer du Prince Noureddin (fils du roi de Visapour), dame Alizon, Tancrède, Céladon, confident d’Ahmoraddin (prince d’Achem), père nourricier d'Isabelle, suivant de l’opéra-comique, arbitre, valet de magicien, Cadmus, roi de Cocagne, sentinelle, perruquier, somnambule, chef de voleurs, garçon de restaurant, fiancée, nourrice, mitron, Basile, garçon boulanger, soldat en Afrique, marchand d’habits, chez les Mohicans, valet de la mort, garçon meunier, suppôt du diable, à Londres, jardinier, bûcheron, ministre, pâtissier, maçon,
chez les Indiens, sorcier, chez les Maures, en Orient, clown, quaker, bureaucrate, boursier, cordonnier, Cendrillon, Robinson, coiffeur, guerrier, aubergiste, étudiant, restaurateur de monarchies, aide-chroniqueur, pacha, tambour-major, marchand de salades, chiffonnier, savetier, conscrit, héritier, cureur d’égouts, fantôme, prisonnier, ermite, magnétiseur, assassin, sculpteur, marmiton, cocher, astronome, naturaliste, jockey, chasseur, musicien, expert en tableaux, pâtissier, concierge, financier, voleur, municipal, préfet, Don Juan, ministre, médecin... (1).
…Et l’énumération pourrait continuer ! Si elle était prolongée, elle indiquerait que Pierrot passe par tous les âges de la vie, par tous les degrés de fortune, par tous les états d’âme, d’amour et de santé : jeune, homme fait, vieillard, narcisse,
() I1 m’est impossible d’indiquer ici toutes les œuvres (qui sont surtout des œuvres dramatiques) où j'ai relevé ces nombreux rôles, et d’autres encore, de Pierrot. Je signale pourtant quelques répertoires bibliographiques, recueils de pièces de théâtre, travaux critiques, qui pourraient guider le lecteur ayant la curiosité des questions traitées dans mon étude. Outre les ouvrages déjà cités de Le Sage et D'Orneval, de l’auteur du Calendrier historique, des frères Parfaict, de Desboulmiers, Riccoboni, D’Origny, Moland, Duchartre, Péricaud, Champfleury, ce sont : De Léris, Dictionnaire portatif, historique et littéraire des théâtres (2° éd., 1763) ; abbé De Laporte et Clément de Dijon, Anecdotes dramatiques (1775) ; abbé De Laporte et Chamfort, Dictionnaire dramatique (1776) ; Bibliothèque dramatique de Monsieur de Soleinne, catalogue rédigé par P.-L. Jacob (Paris, Alliance des Arts, 1848-1844), ouvrage complété par la Table des Pièces de théâtre décrites dans le catalogue de la Bibliothèque de M. de Soleinne, par Ch. Brunet (Paris, D. Morgand, 1914) ; H. Lyonnet, Dictionnaire des Comédiens Français (HiSTOIRE DU THÉATRE), Paris, E. Jorel ; E. Campardon, Les Spectacles de la Foire, Paris, Berger-Levrault, 1877 ; E. D’Auriac, Théâtre de la Foire, Paris, Garnier, 1878 ; M. Drack, Le T'héâtre de la Foire, Paris, Firmin-Didot, 1889 ; O. Klingler, Die Comédie-Italienne in Paris nach der Sammilung von Gherardi, Strasbourg, K.-J. Trubner, 1902 ; L.-Henry Lecomte, Histoire des théâtres de Paris, Paris, H. Daragon, 1905-1912.
L'on aura une documentation détaillée dans mon travail Les Types populaires de la Littérature française : MÉMOIRES IN-89 DE L'ACADÉMIE ROYALE DE BEL- GIQUE, CLASSE DES LETTRES ET DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES (sOus presse).
En Je
marié, papa, mendiant, millionnaire, gourmand, pochard, puni, crédule, macabre, indélicat, suicidé, possédé, à deux faces, pornographe, cœur de navet, patient, fumiste, sceptique, défunt, posthume...
Evidemment, plusieurs métamorphoses de l'espèce peuvent s’opérer dans une seule et même œuvre dramatique. Le protéiformisme, au cours d’une séance de théâtre, est dans la nature de l’acteur italien. Celui-ci, de tout temps, a pratiqué le genre Fregoli, et avec une merveilleuse aisance. Voyez, par exemple, les Mémoires de Pierrot, pantomime en 2 actes et 22 tableaux, par Théodore Lefaucheur et Alphonse Lemonnier (17 mai 1862 ; la dernière pantomime jouée aux Funambules du Boulevard du Temple). Deburau fils s’y travestissait vingt-quatre fois et, de la sorte, évoquait les incarnations les plus remarquables que son père et lui avaient réalisées de leur type favori : 1. Pierrot en costume de ville, noir. 2. Le Pierrot traditionnel, blanc. 3. Valet. 4. Chiffonnier. 5. Conscrit. 6. Marchand de salade. 7. Garçon marchand de vin. 8. Soldat. 9. Bédouin. 10. Brigand. 11. Avocat. 12. Forçat. 13. Pâtissier. 14. Mitron. 15. Maître d'armes. 16. Watteau. 17. Robert Macaire. 18. Maçon. 19. Cocher. 20. Propriétaire. 21. Boursier. 22. Mendiant. 23. Marquis. 24. Pierrot revenant à son point de départ, c’est-à-dire à son costume traditionnel.
Il y aurait ici, on le sent bien, à disserter longuement sur l'importance de l'interprète dans l’évolution du type blanc ou dans la multiplicatiôn de ses avatars. Au point de vue transformiste que ne doit-il pas à Deburau père et fils ! Ce qui s’est passé pour eux s’est naturellement produit pour d’autres mimes-pierrotistes. Si l’on veut, l’organe s’est, tout natu-