‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 116 sur 224 · CALLIOPE · texte numérisé non relu

CALLIOPE

Sire, vous nommez là deux trop f^rands personnages. Le moyen d'imiter sur-le-champ leurs ouvrages?

APOLLON

Il faut que je me sois sans doute expliqué mal; Car, vouloir qu'on imite aucun original N'est mon but, ni ne doit non plus être le vôtre, Hors ce qu'on fait passer d'une langue en une autre.

1. Je ne cite que pour mémoire la pièce composée sur la soumission que i*on doit à Dieu, Elle est rangée parmi les odes (Vlll, 418) eans grande raison. Je doute même qu'elle appartienne k La Fontaine. À coup sûr, si elle est de sa main, elle n'est pas de son génie, car ces vers libres sont bien pesants.

2. C7i/mt»rtc, imprimée en 1611, est composée en 1638. — Cf. la notice, Vil, 143.

l'évol. du vers pr. 1 7

C'est un bétail servile et sot, à mon avis,

Que les imitateurs; on dirait des brebis

Qui n*osent avancer qu'en suivant la première,

Et s'iraient sur ses pas jeter dans la rivière.

Je veux donc seulement que vous nous fassiez voir,

En ce style où Malherbe a montré son savoir,

Quelque essai des beautés qui sont propres à Tode. (VII, 164, 332.)

Renier la doctrine de Malherbe, sur toutes les questions malérielles, rimes, enjambement, etc., c'était déjà quelque chose . Mais revendiquer la liberté même pour les vers lyriques, renoncer aux strophes régulières, laisser la pensée tantôt marcher, tantôt bondir; chercher et trouver un procédé pour mélanger les styles, malgré le grand principe du xvii'' siècle qu'il viole sciemment, c'était dégager la poésie des entraves déjà en partie détachées par Corneille, frayer la route plus large encore aux talents, faciliter en particulier la besogne de celui qui comprenait si bien la supériorité du « bonhomme », trop raillé par Boileau, voire par Racine : Molière pouvait venir.

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