‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 148 sur 224 · BOILEAU ET MALHERBE · texte numérisé non relu

BOILEAU ET MALHERBE

il ne serait pas éloigné même de considérer Malherbe comme plus grand que Ronsard, car il lui reconnaît rindéfmissablc beauté qui est la marque du génie *.

Godeau qui, nous l'avons vu, découvrait aussi le « je ne sais quoi » chez Malherbe, estime principalement Texcellence de ses règles. Dans son style précieux, il proclame que les Muses ont beaucoup gagué à perdre leur liberté première, à entrer dans le carcere duvo de Malherbe *.

Le seul critique qui, dans ce concert d'éloges, fasse entendre une note discordante, et qui juge Malherbe avec une certaine liberté d'esprit, c'est Chapelain. Sans prétendre le réhabiliter de la condamnation sévère (pi'il a récemment encourue ', on peut dire que Chapelain faisait preuve d'une réelle vigueur de jugement lorsqu'il protestait contre l'engoùment de son siècle. Peut-être la rancune de certaines discussions personnelles avec Malherbe pouvait elle expliquer sa protestation *. A coup sûr, la voici. A Chapelain, qui lui avait parlé du « grand Ronsard », Balzac écrit : « 11 faudrait que Monsieur de Malherbe, Monsieur de Crasse, et vous, fussiez de petits

oril laissé au-dessous d'eux tous leurs prédécesseurs, mais qu'ils ontôlé à leurs successeurs l'espérance de les égaler, ou du moins de les surpasser » (p. 282».

1. « La justesse -de ses pensées, la noblesse de ses expressions, les variétés de son slyk', le beau tour de ses vers, et surtout ce je ne sais quoi, qui se voit, qui se seul, et qui ne se peut exprimer, lui donnent aussi sans doute le premier rang sur notre Parnasse. » Préface.

2. « Les licences qu'il a évitées, la sévérité qu'il a gardée dans l'emploi des rimes, et tant d'autres règles desquelles on lui a reproché rinvention, sont des cnaines à la vérité, mais on les doit plutôt appeler des ornements convenables à leur sexe (les Muses) que des marques honteuses de servitude; et quand j'avouerais qu'elles sont captives, il csl certain que cette nouvelle prison leur est plus avantageuse que leur ancienne liberté, et qu'il n'y a que ceux qui les veulent faire parler comme des filles débauchées qui condamnent la sévérité dont elles font maintenant profession; et que si on n'a jamais dil espérer de les revoir assises sur le trône d'où elles étaient chassées, c'est à cette heure (ju'elles ont repris les grâces de leur visage, la majesté de leur port, et les charmes de h'ur conversation, sous la discipline de Malherbe. • (Discours de (iodeau dans les cruvres de Malherbe, 1723, II, xxiv-xxv.)

Page 1