‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 149 sur 224 · Brunetière, Evolution des genres, I · texte numérisé non relu

Brunetière, Evolution des genres, I

4. Chapelain avait été brouillé avec Malherbe. A Mainard (|ui lui écrit que, s'il meurt, il ira causer de la Pucelle avec Malherbe, Chapelain répond : • Je ne souhaite point que vous entreteniez Malherbe, si ce n'est qu'il s'apparaisse à vous. Et, en ce cas même, prenez bien garde à ne lui en point dire tant de bien, car il se souviendrait sans doute de la faiblesse qu'il a remarquée en moi lorsqu'il vivait, et accuserait votre jugement de prévarication ou de peu (le lumière, lorsqu'il vous verrait lui débiter pour une chose exquise l'ouvrage d'une personne qu'il avait si peu de sujet d'estimer. • (Corrcspondaace de Chapelain, 2 décembre 1639, I, 534.)

poètes, si celui-là peut passer pour grand * ». Chapelain, nullement séduit par ce compVimenl ad ho7nme m, répond : « Quant au jugement de M. Malherbe, je Teslime peu pour la haute poésie, et pour les choses qu'il y fait principalement considérer. Il Targuait, et voulait que cette ignorance fût une vertu dont il a longtemps infecté son siècle. C'était un borgne dans un royaume d'aveugles, et comme il avait ses lumières fort bornées, je crois qu'un homme de lettres doit bien se garder de le prendre pour guide dans les opinions qu'il doit suivre, s'il ne veut broncher bien lourdement. Ce qu'il a d'excellent et d'incomparable, c'est Télocution et le tour du vers, et quelques élévations nettes et pompeuses dans le détail, qu'on pourra bien imiter, mais jamais égaler. Ces parties toutefois ne sont guère plus poétiques qu'oratoires, et ceux-là ne lui ont guère fait de tort cpii ont dit de lui que ses vers étaient de fort belle prose rimée *. » il va même plus loin : prolestant contre l'erreur de Mlle de Gournay qui avait cru voir en lui un disciple de Malherbe ', il reconnaît que l'autre était meilleur versificateur que lui, mais il se prétend meilleur poète que Malherbe : « Je reviens à ce moderne dont vous me faites I écolier avec si peu de fondement, et vous dis qu'il était parfait en ce métier, de la sorte que le commun en imagine la perfection. Je vous dis qu'il tournait mieux les vers ni que moi ni que vous-même. Mais je vous dis aussi qu'il ignorait la poésie, de la sorte que tous les maîtres des bons âges l'ont connue, et qu'il l'ignorait beaucoup plus que vous ni que moi-même, c'est-à-dire extrêmement \ » C'est aller peut-être un peu loin ; mais du moins la pensée est très nette, et la condamnation est faite sans restriction ^ Pour lui, Malherbe a été un bon ouvrier versificateur; Chapelain avouerait même volontiers qu'il ne connaît pas de « plus docte lime * » ; mais il ne peut reconnaître dans l'auteur surfait un véritable poète.

Page 1