‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 150 sur 224 · Réponse de Chapelain, I · texte numérisé non relu

Réponse de Chapelain, I

3. « Quanta Thomme que vous appelez mon prototype, il a valu beaucoup en son temps, mais non pas assez pour me rendre son imitateur, comme vous le supposez. Plus jeune de douze ans que je ne suis, j*ai remarqué en lui des <léfauts où j'eusse été bien marri d'être tombé. • (Lettre à Mlle de Gournay, 10 décembre 1632, 1, 18.)

5. 11 ne faut pas prendre en effet pour autre chose qu'une banalité cet éloge de Malherbe, amené - pour terminer sa phrase » : Chapelain écrit à Balzac, à 4)ropos d'un mauvais sonnet, qu'il ne pense pas que ■ ce soient des vers qu'on f)eut comparer à vos latins ou aux français de Malherbe • (1, 469).

0. Chapelain dit à propos d'une tragi-comédie de Boisrobert, la Belle Paline :

Chose singulière, el qui l'aurait probablement rendu tout confus, s'il avait pu s'en douter, Boileau au fond ne pense pas autrement que Chapelain. Car on se tromperait fort si Ton prenait le passage de TArt Poétique que j'ai cité plus haut, pour Topinion complèfe de Boileau. Il estime Técrivain chez Malherbe, il admire le versificateur exacl, le maître de la césure, le proscripteur d(3 l'enjambement; mais il est trop bon critique pour aller plus loin, et pour voir dans Malherbe un grand poète : « La vérité est, écrit-il à Maucroix le 29 avril 1695, et c'était le sentiment de notre cher ami Patru, que la nature ne Tavait pas fait grand poète. Mais il corrige ce défaut par son esprit et par son travail. Car personne n'a plus travaillé ses ouvrages que lui, comme il paraît assez par le petit nombre de pièces qu'il a faites.... Racan avait plus de génie que lui. »

Il est fâcheux que, jugeant si bien le poète, Boileau se soit trompé assez gravement sur le versificateur, qu'il ait suivi l'opinion courante, et qu'il l'ait renforcée de sa propre autorité : car toute sa prosodie est, sauf quelques légères atténuations, la reproduction de celle de Malherbe; c'est un nouveau coup d'État contre les libertés du vers français, moins violent que le premier, mais très sérieux encore *.

La Quantité.

Sur ce point pourtant, il faut reconnaître que Boileau garde vis-à-vis de Malherbe une certaine indépendance. II ne pense pas que la quantité adoptée par son maître devienne par cela même officielle et définitive. C'est ainsi que, au témoignage de Voltaire, il a contribué puissamment à faire modifier la quantité des mots comme poète el ouate ^ qui ne correspondait plus à la prononciation. Ils étaient dis-

• Tous les vers à la vérité n'en sont pas beaux, mais il y en a grande quantité, et quelques-uns même ne sauraient être meilleurs, quand le bon Malherbe revivrait pour y travailler avec sa plus docte lime. • (Lettre à Balzac, 20 janvier 16i0, 1, 550.)

1. La poésie éprouve de temps en temps le besoin de se ressaisir, de supprimer des libertés devenues licences, ou des régimes autoritaires devenus tyranniques. Il y a comme une série de coups d'État dans son histoire, et leurs auteurs s'appellent Malherbe. Boileau, Victor Hugo. Alfred de Vigny. — Cf. Dorison, Alfred de Viyny poète philosophe^ p. 335 sqq.

syllal)es au temps de Malherbe : Boileau, « qui a l)eaucoup servi à (i\er la langue », met trois syllabes à tous les mots de cette espèce :

Si son astre en naissant ne l'a îormé poète, (A. P., f, 4.) Où sur Vouate molle éclate le tabis*.

Mais il a toujours suiti la règle de Malherbe qui interdit d'employer le même mot avec deux quantités différentes. Son vers sur ce point est donc parfaitement régulier *. 11 en est de même pour Thiatus.

Hiatus. — Cacophonie. — Vers monosyllabiques.

On connaît son texte de loi conforme à la jurisprudence de Malherbe :

Gardez qu'une voyelle, à courir trop hâtée, Ne soit d'une voyelle en son chemin heurtée '.

Il serait, je crois, impossible de trouver dans Boileau le jmoindre manquement à cette règle : si le critique poète avait eu sur ce point la plus légère inadvertance, la troupe de ses ennemis aurait bien vite triomphé, et Taurait forcé à se corriger *. C'est ainsi que Desmarets avait souligné cette cacophonie :

C'est un pédant qu'on a sana ceane à sea oreilles. (S. IV, tlS.j

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