cf. II
Ihèse si invraisemblable, roranipolencc de Boilcau sur Racine, à propos du Britannicus : « Ces deux amis avaient un égal empressement à se communiquer leurs ouvrages avant que de les montrer au public, égale sévérité de critique Tun pour Tautre, et égale docilité.... Je remarquai alors le sévère jugement de ce grand critique, et quel avait été son empire sur son ami, puisqu'il ne doutait point de la docilité avec laquelle il eût sacrifié une scène si brillante *. »
Que Racine ait suivi les conseils de Boileau pour la conduite de ses pièces, la chose est très naturelle : un esprit judicieux incapable de composer lui-même une ceuvre dramatique est parfaitement capable de découvrir un défaut dans un chef-d'œuvre. Un homme de goût qui ne pourrait pas mettre un vers sur ses pieds peut fort bien, à l'occasion, indiquer à un poète une tache à effacer. Mais de là à croire que Racine versificateur est l'élève de Boileau, il y a très loin. Sans doute Racine estime certains détails dans Y Art Poétique de son ami *. Mais nous ne savons pas du tout s'il aurait contresigné toutes ses théories sur la tragédie ni sur l'alexandrin. Ne cède-t-on pas, en admettant volontiers ces assertions qui nous montrent Racine sous la férule de Boileau, à celte tentation si répandue de diminuer un grand homme en le montrant soumis à l'ascendant d'un plus petit que lui? Pourquoi placer près de Racine une espèce d'Éminence grise?
Peut-être Racine a-t-il subi d'abord l'influence de Boileau, comme Corneille celle de Malherbe. Mais, dans les deux cas, le génie a élargi les préceptes trop étroits forgés par le talent. Le créateur a secoué les entraves que prétendait lui imposer le critique, entraves tellement pesantes que si Corneille et Racine s'étaient condamnés à les supporter, ils auraient eu à peine la force et le temps de composer chacun un ou deux chefs-d'œuvre. Qu'est-ce que leur art y eût gagné en (jualilé? Presque rien. Et l'on voit ce qu'il aurait perdu comme quantité. Heureusement, si les Malherbe et les Boileau font des prosodies, les Molière et les Racine les défont.
Racine n'est pas un versificateur, mais un poète. Quoi qu'en dise (l'Alembert ', il ne transforme pas sa prose en vers, ce qui n'a jamais