‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 186 sur 224 · Hemarques, II, 261. — Cf. Thurot · texte numérisé non relu

Hemarques, II, 261. — Cf. Thurot

Tiisage des poètes, consacré par les prosodisles *. Il n'en est pas de môme, comme nous Tavons vu déjà dans les autres chapitres, pour Ve muet placé à la fin d'un mot au pluriel, ou au singulier, quand cet e n'est pas élidé :

Songez qu'à ce grand roi promise par un père. (III, 40, 384.) J'ai cru n'avoir au ciel que des grâces à rendre. (III, i78, 550.)

Si Ve reste tout à fait muet, le vers n'a que onze pieds; si on le prononce, l'oreille est désagréablement surprise *. Pourtant les prosodisles, en général, s'occupent peu de cette difficulté. D'Olivel n'en parle que pour les vers chantés. Voltaire, qui lui écrit à ce sujet, n'élargit pas la question ^ Encore ne se préoccupent-ils tous deux que de Ve muet placé à la rime et non pas de ceux qu'on rencontre dans le corps d'un vers. On sait quel effet déplorable produisent dans les vers mis en musique les syllabes muettes Qnales. On y est habitué, ou plutôt résigne. 11 n'en est pas moins vrai que, lorsqu'on entend chanter dans le Lac,

Ainsi le vent jetait Vécu—mmeu de les ondeu,

ou dans la Marseillaise,

Mugir ces fcros—sseu soldats,

cela produit un effet aussi fâcheux que, autrefois, certains vers des chœurs d^Esl/ier pour les spectateurs du théâtre de Saint-Cyr :

0 ri — veu du Jourdain... Sacrés monts, ferti — leu vallées Par cent mira — clcu signalées *.

C'est bien pis encore quand les vers sont déclamés au lieu d'être chantés, car l'attention n'est pas détournée par la musique. Un habile

1. « LV ({ui se trouve immcdiatemcnt après une voyelle à la pénullième du futur de Tindicatirou du premier imparfait du subjonctif, ne fait ni ne sert à faire, suivant Richclet, aucune syllabe, en prose ni en vers. • (L. Racine, Reinargues, I, i3i.)

2. m Pour se convaincre do la justesse de cette observation, il suffit d'écouter les poètes eux-mêmes quand ils disent leurs vers. Seulement, il est nécessaire que leur attention ne soit pas éveillée. Quelqu'un faisait remarquer un jour à un poète que dans le premier hémistiche û'Esther : Est-ce toi, chère Eiise, ce ne comptait pas pour une syllabe. (1 soutint que oui, répéta le vers, et prononça distinctement : Est-ceu toi, chère Elise. Quelques moments plus tard, il récita de ses propres vers, et ne fit sentir aucun e muet. - (Psichari, le Vers français aujourd'hui el les poètes décadents, dans la Revue Bleue du 6 juin 1801.)

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