Œuvres de Racine, Musique, p
LA QUANTITÉ. 41 o
lecteur escamote la difficulté par une diction un peu emphatique, en éiidant ce lourd e muet, et en redoublant la consonne qui précède, si bien que Ton entend quelque chose conflme ceci :
Ainsi le vent jetait récummMe tes ondes. Célébrer avec vous la fameuzz journée *.
Mais cela n'est qu'un palliatif. Aussi voyons-nous les poètes corriger, quand ils le peuvent, cette véritable faute de quantité. Victor Hugo, qui avait commencé par écrire ceci :
Les hronzes ont tonné comme au jour des combats^,
supprime cette tache dans l'édition ne-varietur :
Les canons ont tonné comme au jour des combats ^,
Racine fait de môme, lorsque la chose est possible. Ainsi, jusqu'en 1668. il laisse subsister ce vers si dur.
Par quels charmes après tant de tourments soufferts.
Puis il se corrige :
Par quel charme oubliant tant de tourments soufferts. (II, 42, 31.)
Là où il n'a pas supprimé cette faute de lèse-oreille, on peut se demander comment il prononçait. Nous l'ignorons. Mais nous pouvons supposer qu'il avait trouvé un procédé quelconque pour satisfaire doublement Toreille, en lui faisant distinctement percevoir les douze syllabes qu'elle attend, et en ne lui imposant pas de son désagréable, lui qui évitait si soigneusement tout ce qui pouvait, dans son vers, altérer l'harmonie.
1. En un mot, il faut suppléer à la durée de cette syUabe muette qu'on ne peut faire entendre par une durée équivalente ajoutée à la durée normale delà syllabe accentuée qui précède : en indiquant par des numéros la durée de chaque syllabe, et en lisant tout haut les deux exemples suivants, on remarquera que le premier
mit Clau - de dans mon lit,
est ridicule, que le second est assez naturel :
mit Claud d' dans mon lit,
et que le compte des syllabes est aussi exact dans le second que dans le premier. En prononçant cet hémistiche, tout en faisant marcher un métronome, on arrive des deux façons & prononcer lit au sixième temps.