STANCES DE DIX VERS
Vers de sept pieds.
0 a e a ce ée o ie ic <» Quel charme vainqueur du monde Vers Dieu m'élève aujourd'hui?
Malheureux l'homme qui fonde Sur les hommes son appui!
Leur gloire fuit et s'efface En moins de temps que la trace Du vaisseau qui fend les mers, Ou de la flèche rapide Qui loin de l'œil qui la guide Cherche l'oiseau dans les airs. (IV, L'>7, 152.)
Vers de huit pieds, e a e a | ée ée o | ie ie o ' . Je t'aimerai, bonté suprême,
1. Les doux tercets doivent être séparés par le sens ou la ponctuation. Cf
IV, 142, note 2.
LE LYRISME. 48:i
Mon défenseur et mon salut.
Grand Dieu, d'un cœur plein de loi-iiu>me
Daigne accepter l'humble tribut.
De mes rivaux la haine impie
Attaquait mon sceptre et ma vie;
Tu sauves ma gloire et mes jours :
En rendre grâce à ta tendresse,
r/est assurer à ma faiblesse
Un nouveau droit à tes secours. (IV, 139.j
Vers de huit pieds, e a e a ce ée o io o ie Hevenez, troupes fugitives, Plaisir, Jeux, Grdces, His, Amours, Qui croyiez déjà sur nos rives Entendre le bruit des tambours :
Louis vit, et la pertidie De rinsolente maladie Qui Pavait osé menacer.
Pareille à ces coups de tonnerre Qui ne l'ont que bruire et passer, N*a fait qu'épouvanter la terre. (IV, GG.)
« 8 8 8 12 12 12 12 8 12 e a a c i i ce o ée o
Grande lieine, de qui les charmes
S'assujettissent tous les cœurs.
Et de nos discordes vainqueurs,
Pour jamais ont tari nos larmes, Princesse, qui voyez soupirer dans vos fers Un roi qui de son nom remplit tout Punivers, Et faisant son destin, faites celui du monde, Hégncz, belle Thérèse, en ces aimables lieux
Qu'arrose le cours de mon onde.
Et que doit éclairer le feu de vos beaux yeux. (IV, iil.)
8 8 8 8 8 8 G 8 (i 8 e a e a i i . ée o ée o Saintes demeures du silence, Lieux pleins de charmes et d'attraits.
Port où, dans le sein de la paix, Régnent la Grâce et l'Innocence; Beaux déserts qu'à Penvi des cieux, De ses trésors plus précieux,
A comblé la nature.
Quelle assez brillante couleur
Peut tracer la peinture De votre adorable splendeur? (IV, 22.)
i ée
ée
c a a e 1 A quoi le résous-lu, princesse infortunée? Ta mère vient de mourir dans tes bras :
Ne saurais-tu suivre ses pas, Et finir en mourant ta triste destinée? A de nouveaux malheurs te veux-tu réserver? Tes frères sont aux mains, rien ne les peut sauver
De leurs cruelles armes.
Leur exemple t'anime à te percer le flanc :
Et toi seule verses des larmes,
Tous les autres versent du sang. (I, 467.)
Racine, on le voit, n*a guère employé que des slrophes 1res simples, et qui n'ont rien d'original. C'est ce qui a autorisé M. Slapfer à dire : « Le plus divin poêle du siècle de Louis XIV n'a pas aulre chose à son service, après loul, que la lyre à trois cordes réglée par Malherbe, et le parti qu'il a su tirer d'un instrument si pauvre, n'en est que plus admirable. » * Racine pourtant n'a pas cru que les trois cordes d'une lyre pussent suffire à rendre sa pensée. Laissant bien loin derrière lui Malherbe qui a voulu enchaîner levers lyrique, dépassant môme La Fontaine et Molière, Racine donne une telle perfection à un genre déjà entrevu avant lui que, on peut bien le dire, il crée le vers libre lyrique. On juge quelquefois à rebours cette méthode de Racine, puisque, même en constatant que ce procédé a permis au poète de composer « le plus beau morceau de poésie lyrique qui soit sorti de la main des hommes », Marmontel reproche à Racine de n'avoir pas atteint la perfection, parce qu'il lui manque la forme môme de l'ode.
Des critiques, d'époques et de valeur différentes, comme Castil- Blaze et M. de Souza, nient que le vers libre puisse ôtre lyrique. Et justement on devrait remarquer au contraire que le vers libre est la seule forme qui convienne en France au lyrisme, si tant est que l'enthousiasme, avant d'ôtre communiqué au lecteur ou à l'auditeur, doit être d abord ressenti par l'auteur, et si nulle forme ne laisse plus libre et plus entière l'inspiration du poète, ne lui permet plus facilement d atteindre le « beau désordre » qui est l'idéal classique, ou d'exciter en nous ce trouble délicieux qui est le rôve du romantisme.