Essai sur Véloquence de la chaire, 1827, I
licences, et c'est bien mesquin. Changer une lettre à la fin d'un mot pour rimer plus exactement à l'œil, c'est commettre une faute d'orthographe avec préméditation. Violer une règle de la grammaire pour faire son vers, c'est manquer de probité artistique.
Au contraire, négliger une règle, parce qu'elle est conventionnelle et inutile, briser une entrave grammaticale parce qu'elle est devenue trop étroite pour l'idée qu'elle prétend enchaîner, c'est faire en vers ce que les grands écrivains font en prose, c'est créer. Une licence légitime ne devrait être chez le poète qu'une conquête sur la routine des grammairiens, conquête qui puisse servir aussi bien en prose qu'en vers.
Lequel de ces deux systèmes Malherbe a-t-il suivi, pour les licences d'orthographe, de prononciation, de morphologie et de syntaxe? Il ne se montre pas très sévère dans ses critiques sur l'orthographe de Desportes ', et la raison en est très simple. L'orthographe n'est pas encore fixée, même au milieu du xvii® siècle, à plus forte raison au début. Après les interminables discussions et disputes des grammairiens du XVI* siècle, en particulier de Meigret et de Guillaume des Autels, il fallait qu'une autorité reconnue par tous tranchât la question. Or l'Académie n'existait pas encore. Son Dictionnaire ne devait paraître qu'en 1694. Restait l'usage, très capricieux, si Ton en juge par les remarques de Vaugelas ou par les manuscrits du temps. Ce sont là questions trop connues pour qu'il soit utile d'insister. Je les rappelle seulement pour expliquer la bénignité singulière de Malherbe sur cette question '.
Quand Desporles écrit :
Tu t^abuses toi-même, ou tu me porte envie,
Malherbe se contente de rétablir la véritable forme dans la marge. {IV, 273.) Dans sa pratique il n'est guère plus sévère pour lui-même. Sans doute il faut laisser de côté les formes qui nous semblent bizarres parce qu'elles ne ressemblent pas aux nôtres, lorsque ces différences d'orthographe ne concernent ni la rime ni le nombre des syllabes, lorsque par exemple Malherbe écrit :
Il n*est orgueuil endurci '.