‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 67 sur 224 · Remarques sur Set^torius · texte numérisé non relu

Remarques sur Set^torius

Vous ravaleriez-vous jusques ù la bassesse?

- Pour 6ter la rudesse du premier hémistiche, il fallait mellrc :

Vous abaisseriez- vous....

N'ont-ils tous ni vertu.

• Voilà bien des /. t.

Après t*étre immolé chez loi ton général.

• Voilà encore bien des /. f., et qui ne sont guère agréables. H me semble que j'entends la réponse de ce capitaine de Tun des quartiers de Paris, auquel, durant les barricades, plusieurs personnes étant venues dire que Ton tendait les chaînes par toute la ville, s'écria, tout en colère : Qu'attend-on tant? Que ne les tend-on ? » cité par M. Marty-Laveaux, XII, 508.

Mon bras sur moi du moins.

• Je ne remarque pas la rudesse des m, m. qui sont aux monosyllabes du premier hémistiche. » D'Aubignac, Remarques sur TCCc/ipe (Marty-Laveaux, XII, 509).

de ses vers. Il serait sur ce point moins le disciple de Malherbe que rélève de Chapelain, élève quelquefois à la hauteur du maître; ne croirait-on pas lire ici un vers de la Pucelle :

Et Ton voit chaînes, fouets, et moule, et croix, et hache *.

La dureté de ce vers est due en partie à ce fait qu'il est presque complètement monosyllabique.

Les vers entièrement composés de monosyllabes sont relativement très nombreux. J'en ai compté trois cent dix-sept, ce qui fait à peu près en moyenne un vers monosyllabique sur deux cent soixante-cinq. De plus on constate fort souvent que rien ne serait plus facile que de supprimer cette anomalie, au moyen de la plus légère transposition. Ainsi, au lieu de :

Et vois ce que tu dois à qui te sauve un frère (IV, 318, 5i8),

il serait bien simple de mettre : à (jui sauve ton frère. Reste à savoir pourquoi Corneille a coulé si volontiers sa pensée dans ce moule étroit.

Peut-être ne se préoccupait-il pas de cette particularité, et trouvaitil tout simplement que ce genre de vers ne valait ni plus ni moins qu'un alexandrin ordinaire. C'est possible, mais peu probable, vu le nombre de ces singularités. Il faut pourtant convenir que, dans un peu plus de deux cents cas, il est difficile de trouver la moindre intention cachée, la moindre recherche d'effet. Ce genre de vers est un peu plus dur que les autres, mais pas beaucoup; et l'on pourrait admettre pour ces deux cents vers-là que Corneille les a composés ainsi sans en avoir conscience, sans les remarquer môme après coup. Cette explication ne vaut pas pour nombre d'autres cas, surtout pour un certain nombre de distiques monosyllabiques.

Ne dis point que c'est peu de chose, Ne dis point que c'est moins que rien. (VUI, 469, 4295.) Point pour vous de bien qui ne dure, Point de mal qui ne tourne en bien. (IX, 207, 7.) Qui voit de haut en bas et tout ce qu a la terre Et tout ce qu'ont les cieux? (IX, 215, 20.)

i. IX, 612, 15. Voltaire crilique au même point de vue ce vers de Pompée :

Et quoiqu'elle la tienne aussi chère que moi (IV, 97, 1703). Commentaire, I, 420-421.

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