Commentaire, I, iSi
Enfin les rimes d'adjectifs sont si fréquentes, que, sans exagération, on peut dire qu'il y en a presque à chaque page. On en trouve même, et plus d'une fois, quatre à la file :
Encor, si mon malheur vous pouvait rendre heureux, Je courrais au-devant de mon sort rigoureux : Mais puisque mon destin, du vôtre inséparable, Vous ferait malheureux, si j'étais misérable i....
Corneille était si bien habitué à considérer ces rimes faciles comme parfaitement légitimes au théâtre, qu'il les admettait comme bonnes même dans les pièces les plus courtes, où l'on pourrait sans trop de rigueur exiger la perfection, dans un sonnet par exemple : on trouve des quatrains où les rimes féminines sont : admirable, incomparable, invulnérable, durable (X, 44) ; ou encore : admirable, incomparable, vénérable, infatigable (X, 32). On peut donc dire que la pratique de Corneille est juste l'opposé de la théorie de Malherbe, que le grand tragique admet, et par conséquent réhabilite, la rime facile.
Aussi semble-t-il se préoccuper fort peu de l'exactitude de la rime pour l'œil. Lorsque le son final du premier vers a un analogue, suffisant dans le suivant. Corneille ne s'inquiète pas de l'identité, ni même de la similitude des lettres qui constituent une rime. C'est ainsi qu*il fait rimer :
Pour le son an : rangs et différents (X, 199, 71); encens et puissants (V, 355, 849); combattans et temps (II, 457, 455); puissante et exempte (IX, 333, 2);
Pour le son é : effet avec fait (X, 40, 64); avec forfaits (IX, 597, 16); valets Qi palais (V, 96, 1798); laid avec valet (11, 465, 615); avec collet (II, 94, 1431); jamais Sivec je la mets (IV, 469, 998) ;
Pour le son èr : air avec accorder (IV, 305, 290); avec parler (IV, 237, 1751, etc.); chair avec approcher (VIII, 120, 1574); avec cher{\\, 536, 18);
Pour le son ein : seing et dessein (I, 290, 244);
Pour le son es : Grèce avec tendresse (VI, 138, 87);