‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 77 sur 224 · Quicherat, chap. vi; cr. p. 436 el · texte numérisé non relu

Quicherat, chap. vi; cr. p. 436 el

l'enjambement. \ 59

C'est également ce qui nuit à la doctrine néo-romantique, telle que la développe Th. de Banville : le chapitre qu'il lui consacre est rempli de bonnes intentions et d'erreurs. On ne pourrait en dire autant de la théorie ingénieuse de Becq de Fouquières qui, distinguant dans le vers le sens de Tharmonie, remarque qu'il n'y a de réel enjambement que lorsque l'harmonie passe avec le sens d'un vers dans l'autre *. Peut-être faut-il pourtant abandonner cette explication, si neuve qu'elle soit, parce qu'elle n'attribue pas au sens sa véritable valeur : il est plus important que l'harmonie, c'est-à-dire qu'on ne peut, sous prétexte d'harmonie, introduire dans le vers des divisions harmoniques qui nuisent au sens.

Je propose donc le système suivant. D'abord il faut distinguer le rejet de l'enjambement. Le rejet ne se compose que d'un mot, ou de deux mots étroitement unis, ne comprenant guère que deux syllabes : le plus souvent c'est un titre, comme SeigneWy ou Madame^ ou encore un nom propre. 11 y a deux sortes de rejet : \^ celui qui se rattache aussi bien au second vers qu'an premier, qui constitue ainsi une transition, une soudure, pour ainsi dire; 2** le rejet qui, très certainement, est un empiétement du premier vers sur le second. Pour distinguer ces deux sortes de rejet, il est nécessaire, bien entendu, de ne tenir aucun compte de la ponctuation, qui provient de l'imprimeur et non du poète : on ne doit se préoccuper que des divisions indiquées bien nettement par le sens.

Il en est de môme pour l'enjambement qui, comme le rejet, comprend deux variétés bien distinctes.

L'enjambement est un réel défaut lorsqu'il désoriente l'oreille, c'est-à-dire lorsqu'on ne sait plus, la rime étant ainsi escamotée, si le vers est fini, ou continue, si l'on a affaire à des alexandrins réguliers ou à des vers libres.

L'enjambement au contraire est tout naturel, lorsqu'il ne nuit pas à la rime, lorsqu'il n'empêche pas par conséquent l'oreille de percevoir la On du vers, surtout lorsqu'il se termine à l'hémistiche du vers suivant : ce n'est plus alors une dislocation, mais bien un assouplissement du vers.

Enfin, comme les indications de l'oreille sur la fin du vers ne peuvent être aussi certaines que celles de l'ieil, l'enjambement, par-

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