VIIl, 12, en note; cf. une idée semblable, VIII
wlumus veraciter illuminari et ah omni cœcitate cordis liberari. Il est permis de préférer cette prose si claire à cette métaphore obscure :
Ainsi Jésus-Christ parle ; ainsi de ses vertus,
Dont brillent les sentiers qu'il a pour nous battus,
Les rayons toujours vifs montrent comme il faut vivre. (VIII, 30.)
Surtout ce qu'il faut reprocher à Corneille, c'est d'avoir été plus timide que le prosateur, d'avoir supprimé les audaces du texte. Il n'a pas osé rendre cette brutalité si belle : Et qui comedebant panem angelorum, vidi siliquis delectari porcorum :
Et les sales rebuts des plus vils animaux
Plaire à leur mauvais goût après le pain des anges. (VII, 334^, 1550.)
Parfait! s'écrierait Delille. Exécrable! riposterait Victor Hugo *.
Enfin le voltairieo et le dévot ne seront-ils pas d'accord pour blâmer comme une souveraine maladresse cette traduction du Vere credo quia tu prœsens es hic in sacramento y Deun et homo :
Je crois, et je suis prêt à signer de mon sang
Que sous ce rond, que sous ce blanc.
Véritable homme-Dieu, tu caches ta présence. (VllI, 607, 586.)
Telles sont les réserves qu'il faut apporter, je pense, à son admiration pour l'œuvre de Corneille. Mais les critiques de détail peuvent faire perdre la notion de l'ensemble. Quelle est l'impression générale donnée par cette traduction? Voici la mienne, en toute ingénuité. L'adaptation de Corneille, tout inférieure qu'elle est au texte, fait pourtant penser môme une âme indifférente. Il y a là quelque chose de si profond que, môme en épluchant ces vers au point de vue de la versification, on songe à ce qu'ils contiennent. Le sceptique serait tenté de se demander par instants : N'y a-t-il qu'erreur dans cet immense mouvement de la foi? N'y a-t-il pas quelque chose à en tirer, à en sauver, tout au moins la doctrine morale? Celle-ci est belle d'abord ; elle touche, elle oppresse môme dans les passages sur la vie future. Comme disait Bossuet d'une de ses oraisons funèbres, c'est une belle tôte de mort. On retrouve dans l'imitation de Cor-
1. J'appelai le cochon par son nom. Pourquoi pas? Réponêe à un acte d^accusalion.
ncille celle poésie sombre dont l'Église enloure les funérailles, et qui est deslinée à toucher les imaginations. Corneille, le premier, a dû être profondément ému, et même un peu honteux, en écrivant sa traduction : car cette haute et sévère doclrine morale est bien supérieure à la philosophie de ses tragédies; elle en est même souvent le contre-pied.
Pourtant, arrivé à la moitié de Tœuvre, le lecteur se ressaisit, et finit par s'avouer à lui-même que c'est bien monotone comme pensée, ce qui est la faute de Gerson, et un peu ennuyeux comme poésie, ce qui est la faute de Corneille *.
La traduction des vêpres du dimanche présente peut-être encore moins d^inlérêl. Ce n'est même pas une pénitence que Corneille s'est imposée là du même coup à lui-même et à son lecteur, c'est un pensum. Quand j'aurai dit qu'on y rencontre souvent la stance de quatre alexandrins, sur les rimes e a e a*, qu'on y trouve aussi une stance de dix vers sur les rimes
e a a e i i èc G o éè,
précédée et suivie par des strophes de rythmes variés ', j'aurai à peu près épuisé l'essentiel sur la facture même. Pour les images, on en trouve de risquées, et dont l'éditeur responsable est bien Corneille lui-même; car, lorsqu'il dit, par exemple :
Sers de pinceau, ma langue, et peins avec éclat Ce noble et glorieux combat (IX, 511 j,
on constate que le texte lui donnait simplement ceci : « pangey lingua, gloriosi prœlitim certaminis ». Uii contresens probable
1. Comme an profane doit se défier de son jugement, quand il s'agit de choses religieuses, voici la conclusion générale d'un de mes étudiants de Caen, un abbé, qui, dans le travail de dépouillement du texte, confié d'abord à la conférence, s'était chargé de Vlmilation : • Corneille, dans les stances du Cid et de Polyeucte, avait fait preuve d'un tempérament lyrique véritable; dans Vlmilation^ il ne se maintient pas à la môme hauteur. Ses vers sont lourds, pénibles, obscurs la plupart du temps. Le vocabulaire est étrange. Les beaux mouvemenls qui caractérisent en (|uelque sorte l'œuvre de Corneille, ne se rencontrent pas dans Vhnilalion. 11 n'y a pas de strophe parfaite, qui mérite de rester dans les mémoires. Çà et là cependant une antithèse bien amenée vient arracher le lecteur à sa torpeur, mais c'est rare. •