‹ L'évolution du vers français au dis-septième siècleChapitre 93 sur 224 · Ed. M.-L · texte numérisé non relu

Ed. M.-L

Au contraire, par dérogation à Tusage général, il SLimcl Jouer comme monosyllabe :

Hé bien, me piains-je à tort ? Me ^oucs- tu pas, Amour? (VIII, 360, 36.)

11 en est de môme pour le cas, très rare du reste, où il ne compte pas Ve muet à la lin d'un mot, devant une consonne :

Ce partisan, c'est la Vallée -Cornaiy. (IX, 122, 26.)

Vallée ne compte là que pour deux syllabes. Compagnie n'est que trissyllabe dans un vers de dix pieds (V, 309, 67). Enlin La Fontaine ne craint pas de mettre dans un alexandrin :

Bon! jurer? Ce serment vous lie-i-il davantage? (V, 263, 272.j

Même liberté pour le compte des diphtongues. Il n'est conséquent avec lui-même que (juand une voyelle est précédée d'un ou. Il fait alors régulièrement la diérèse ; par exemple , dans ouailles <V, 302, 8); jouirai (I, 275, /i3); Louis (Vil, 407, 82). Dans tous les autres cas il a deux poids et deux mesures. S'il fait la synérèse pour estropiât (VII, 362, 977); sanglier (I, 188, 4, etc.); hier (Vil, 79, 1195); il fait la diérèse pour rosier :

Cueillir du rosier : prenez garde aux épines ^

S'il compte piot pour deux syllabes (VII, 313, 423), il fait la synérèse pour dussions :

Que nous dussions tous suivre en esclaves ces princes. (VII, 611, 268.)

S'il admet druide comme trissyllabe (V, 343, 29), il met dans un vers de sept syllabes :

Ruinera ville et pdcage. (VIII, 435, 56.)

Sans doute l'on pourrait dire que dans ces différentes contradic- Cions La Fontaine suit Tusage, qui n'observe aucune règle logiciue en matière de prononciation. Il est un cas pourtant où cette explication ne vaudrait plus : il arrive à La Fontaine de donner deux quantités au même son. C'est ainsi que pour le mot poète il le compte tantôt pour deux et tantôt pour trois syllabes, prenant au

!. VII, 571, 134, Si tant est que Je vous prend i sans vert soit de La Fontaine. — Cf. Notice biographique, I, cxlv.

gré de ses convenances tantôt la prononciation courante, et tantôt la prononciation conventionnelle des poètes * :

Même précaution nuisit au poète Eschyle. (Il, 294, 4i.)

Poètes picards, et poètes de Champagne. (IX, i5i, 48.)

Je vous dirai : Dormez, Poètes picards. (IX, i52, 62.)

De Votre Altesse humble servant et Poète. (IX, 21 i, 29.)

Dès que le Poète lui verra. (IX, 437.)

Le Poète avait l'air d'un rendu. (IX, 206, 14.)

Non, mais l'art des Poètes n'est rien. (IX, 457.)

Le Poète autrefois n'en dut guère. (II, 386, 18.)

Ne sont en l'ouvrage du Poète. (III, 233, 15.)

Les cas oii le mot compte comme trissyllabe sont plus rares :

Le Poète d'abord parla de son héros. (1, 90, 14.) La vengeance due au Poète ^.

On le voit : La Fontaine viole manifestement la seule règle objective que Malherbe ait pu fixer pour la quantité. L'affranchissement commence, et continue pour des questions plus importantes.

Hiatus. — Cacophonie. — Vers monosyllabiques.

La Fontaine ne fait certainement pas d'hiatus [)our le plaisir de contrecarrer Malherbe. 11 les évite môme, lorsqu'il le peut facilement :

Ce que je vous dis là, Ton le dit à bien d*autres. (I, 252, 19.)

Pourtant Théodore de Banville pense que nous avons perdu, à Tinterdiction de l'hiatus, un trésor de nuances harmonieuses, comme celles du xv' et du xvi® siècle, ou encore comme « les effets charmants que le révolté La Fontaine a parfois obtenus » à l'aide de ce

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