ERATO
Autrefois j'étais fière Quand on disait que non : qu'on me vienne aujourd'hui Demander : « Aimez-vous? » Je répondrai que oui. (VII, HO, 431.)
Banville ajoute : « Notons en passant que ce dernier vers contient un harmonieux, un charmant hiatus, que oui, dont la douceur est telle qu'il faudrait être un barbare pour vouloir Teffacer '. » Il n'y a cependant aucune barbarie à effacer un hiatus qui n'existe pas pour Toreille : car, là où on lit que oui, on entend que houi.
Ce sont là de ces rencontres de sons qui, au premier abord, pourraient passer pour des hiatus formels, et qui s'expliquent à peu près toutes par des atténuations imperceptibles du premier ou du second des sons durs mis en présence : ainsi, dans une tapisserie, deux tons juxtaposés et de couleur crue se fondent pourtant doucement sur la rétine du spectateur, parce qu'un mince fil d'or presque invisible les sépare ou plutôt les réunit, comme dans les émaux cloisonnés.
Lorsqu'on lit dans les fables,
Ce sont ici hiéroglyphes tout purs (I, 400, 20),
il ne faut pas crier à l'hiatus, sous prétexte que maintenant Yh ne compte pas; que, dès 1694, l'Académie décide ceci : « Hiéroglife n'est pas aspiré »; car dans le cours du xvii* siècle on prononce jérogliphe, et c'est ainsi que le mot est orthographié par La Fontaine '. Pour ce vers.
Les passages d'Atto et de Léonora (IX, 155, 9j,
il faut se rappeler que dans les mots italiens les finales n'ont pas la dureté qu'elles présentent chez nous, et que Vo donne presque le son de Ye muet *.
Si Ragotin, Je vous prends sans vert, et le Florentin étaient certainement de La Fontaine ^ il faudrait se résigner à porter au passif du poète trois hiatus formels et désagréables :