III, 350, 26. — Cf. les noies de l'éditeur
Mais l'expression existe avant La Fontaine, et Littré en cite des exemples en prose, postérieurs il est vrai aux fables : Mme de Sévigné écrit : « Je ne puis rien porter : une cuiller me paraît la machine ronde ' »..
Pourquoi, de tous les poètes, La Fontaine est-il celui qui a su le mieux se passer des chevilles? Peut-être à cause du soin particulier qu'il peut apporter à la perfection des détails, dans ses courtes fables. Surtout, je crois, parce qu'il emploie le vers libre.
Le Vers libre.
La Fontaine et Molière sont les maîtres du vers libre. Il serait sot de les classer, de leur donner des places :
Ce sont deux puissants dieux.
La Fontaine pourtant a un mérite singulier : il a employé presque toutes les variétés du vers français, depuis le monosyllabe jusqu'à l'alexandrin :
Que doit faire un mari quand on aime sa femme? Rien. (Y, 114, 164.) L'objet Me fait Tressaillir. (VII, 230, 639.) Et les brodeuses. (I, 19*, oO.)
Le vers de cinq pieds est le seul qui manque à la collection. On trouve, mais assez rarement, le vers de six pieds. Le vers de sept syllabes est d'un usage plus fréquent. Six fables même en sont composées uniquement ^ Le vers de huit pieds, dont nous avons déjà parlé, est d'un emploi constant ^ Le vers de neuf pieds, au contraire, n'apparaît pas dans les fables : on ne le trouve que dans une chanson :
On languit, on meurt près de Sylvie, etc. (IX, 74.)
1. Dans la 4' partie des Conten, publiée en 1674, on trouve le même cas :
Les meilleurs vins de la machine ronde. (V, 388, 35.)
Dès 1672, Mme de Sévigné écrit : « Toute l'Europe est en émotion : on voit bien, comme vous dites, que la pauvre machine ronde est abandonnée. » (Littré.)
2. L. I, f. 9 et 20 ; 1. IV, f. 6 et 7; 1. V, f. 7; 1. VIll, f. 20.
3. Deux fables sont en vers de huit pieds : 1. IV, f, 1; I. IX, f. 6.
Le vers de dix pieds est assez fréquemment employé par La Fontaine, moins pourtant que Toctosyllabe *. Les vers de onze pieds sont rares; je ne connais que ces deux exemples dans Daphné :
Maintenant, maintenant les bergers sont loups.
Je vous dis, je vous dis : filles, gardez-vous. (VII, 201. 167.)
Enfin les alexandrins jouent un rôle important : trois fables même sont tout entières en vers de douze pieds -. Toutes les autres fables sont en vers libres, ainsi que quatorze contes. La Fontaine s'est encore fréquemment servi du même procédé dans ses lettres, dans ses comédies, dans ses poésies diverses.
Reste à savoir pourquoi il le préférait à l'alexandrin régulier, s'il y cherchait des effets de facture, s'il était guidé par des raisons d'harmonie. Avant d'étudier les avantages incontestables que La Fontaine a su tirer du vers libre, il est bon d'écarter une question qui ne pourrait que nous égarer, tant elle est hypothétique et subjective : y a-t-il dans La Fontaine des effets d'harmonie imitative cherchés et a^ouIus?
Sans doute, il ne faut pas, sous prétexte qu'il y a eu à la fin du xviii^ siècle des excès d'harmonie imitative, nourrir contre cet effet une telle prévention qu'on le nie là où il existe, parce qu'on ne l'aime pas ^ Un amateur des procédés de Delille pourrait même ajouter qu'il n'y aurait rien d'étonnant à ce que La Fontaine ait aimé l'harmonie imitative, lui qui, chose assez rare chez les poètes, adorait la musique; dans la préface de Psyché, protestant contre certaines merveilles désagréables du récit d'Apulée, contre les serviteurs
1. Trois fables sont en décasyllabes : I. V, f. 1 ; 1. VI, f. r,; 1. VII, f. 7.