‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 153 sur 247 · I, 80. — Cf. Thurot, II · texte numérisé non relu

I, 80. — Cf. Thurot, II

OU les raisons qui luy ont paru les meilleures, ou quelquefois le hazard et les fautes môme des correcteurs, qui en ces sortes de choses si indifférentes ne sont pas des fautes * ».

Ce qui frappe davantage un lecteur de Molière, s'il n'a pas quelques connaissances en grammaire historique, ce sont ces bizarreries de syntaxe, qui, au premier abord, semblent destinées à « faire le vers », en un mot, des licences grammaticales. 11 suffit pourtant d'une étude assez rapide de la langue de Molière, pour se rendre compte des deux faits suivants : Molière n'a pas deux syntaxes, une pour les vers, une pour la prose; et les singularités qui frappent dans ses vers ont presque toujours un similaire dans sa prose ; de plus, ce qui nous semble une bizarrerie chez notre poète est le plus souvent, on peut même dire toujours (sauf, bien entendu, quelques exceptions insignifiantes), l'usage commun de son temps; il est bien peu de points sur lesquels Molière se sépare de la pratique de ses contemporains : la seule chose à noter, c'est qu'il conserve plus volontiers que quiconque (sauf La Fontaine) des formes vieillies du xv!*" siècle, ou du début du xvIl^

Mais le point le plus important pour mon étude, et sur lequel j'insiste, le croyant absolument certain, c'est que Molière est aussi correct, je dirai presque plus correct, dans ses vers que dans sa prose : cette assertion aurait sans doute besoin d'être justifiée par une étude précise sur la syntaxe de Molière; je l'ai faite, et je la publierais si je ne craignais d'être immédiatement dépassé par le travail que prépare M. Desfeuilles pour le lexique de Molière. En attendant, et pour ne pas demander à mon lecteur trop de confiance a priori, je crois bon d'apporter un certain nombre de preuves à l'appui de ma thèse :

Prenons, par exemple, deux figures qui semblent au premier abord destinées à faciliter le vers : le pléonasme et l'ellipse. Il ne serait pas difficile de placer à côté de chaque pléonasme en vers un exemple analogue en prose; je dois môme ajouter que les pléonasmes sont moins nombreux en poésie :

Et n'appréhendez plus l'interruption nùtrc. (I, 449, 739 ^.)

Et l'on sait ce que c'est qu'un courroux A" un amant. (V, 20, 12G8.)

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