‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 2 sur 247 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

même, se trouvait vérifié par une preuve extérieure. Voici, très rapidement, l'idée générale de ce livre, et le plan du développement.

En matière de versification, comme en n'importe quelle partie de l'art, les gens de talent éditent des règles, font des poétiques : les créateurs de génie s'insurgent contre les règles, défont les poétiques.

Malherbe promulgue un certain nombre de lois restrictives de la liberté poétique : la quantité dans les mots devra être conforme à la prononciation de Paris, à l'orthographe officielle, et toujours identique à elle-même. L'hiatus et la cacophonie sont interdits. La rime doit être rare, difficile, exacte aussi bien pour l'œil que pour roroille : la rime léonine est défendue. La césure doit trancher le vers en deux parties égales. L'alexandrin ne peut enjamber. On doit se refuser toute espèce de licence, pousser la haine de la cheville jusqu'à la minutie, chercher la beauté poétique, même le lyrisme, dans l'observance des règles les plus étroites, dans des scrupules de forme quintessenciés.

Corneille accepte la théorie de la césure, admet même l'interdiction de l'enjambement, mais simplement comme une règle générale qui souffre des exceptions. En revanche il rejette les règles de la quantité, c'est-à-dire qu'il suit les indications de son oreille plutôt que les ordres de Malherbe; il admet les cacophonies, quand elles nous valent une forte pensée; il viole toutes les lois de la rime, sans aucune exception; il se permet des licences de syntaxe que condamnait Malherbe; il vise au lyrisme par de tout autres procédés que son devancier, et cherche sa voie dans l'affranchissement du vers.

La Fontaine va plus loin encore dans l'élargissement des règles de Malherbe. Il n'admet plus, comme règle absolue, mais comme habitude générale, la loi de la césure. Pour l'enjambement, les exceptions deviennent si nombreuses qu'on peut douter qu'il se fasse une règle de les éviter autant que possible. Il rejette comme Corneille les règles de la quantité, de la rime ;

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