‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 212 sur 247 · Id., ibid · texte numérisé non relu

Id., ibid

La lime 1res pauvre de retienne avec inhumaine s'enrichit plus tard :

Mes frères, arrêtez. Gardes, qu'on les retienne;

Joignez, unissez tous vos douleurs à la mienne. (1, itj.'>, 119o.)

Quelquefois, au lieu de refaire un vers ou deux, Racine emploie un moyen plus radical : il ne se contente pas de remplacer une rime douteuse par une meilleure, il supprime un quatrain entier pour effacer une faute contre l'exactitude ^ Sa revision du reste n'est pas très minutieuse : il laisse subsister quelques-unes de ces faiblesses. A l'exemple cité par Louis Racine et reproduit plus haut il faut ajouter le suivant :

Je saurai t'épargner une chute si vaine.

Ah! ta chute, crois-moi, précédera la mienne. (I, i()3, 1163.)

Dès Andt'omaque, Racine atteint la perfection de son art : si nous en croyions son lils, trop modeste pour son père, cette pièce aurait fait « connaître que le jeune poète à qui Boileau avait appris à rimer difficilement, avait en peu de temps fait de grands progrès " ». Ces progrès incontestables sont-ils le fait du maître ou de l'élève? Une simple hypothèse permettra de répondre : ligurons-nous qu'au lieu de donner ses conseils à Jean Racine, Boileau ait prodigué ses leçons à Louis Racine : il n'aurait probablement pas été tenté de le réclamer bien haut comme son disciple, et ne se serait pas vanté de lui avoir appris à composer fortement des vers faibles.

Si notre Racine, grand poète de naissance, est devenu un excellent versificateur, on peut penser maintenant que Boileau n'y est pas pour grand'chose. Ce dernier a peut-être amené Racine à être plus difficile pour ses rimes qu'il ne l'était tout d'abord; il a hâté chez son illustre ami une évolution qui se serait faite sans ses conseils , plus lentement peut-être. Grâce à Boileau , le mérite de la pensée, qui appartient tout entier à Racine , a été de bonne heure mis en valeur par certaines qualités de la rime : la fin du vers n'a pas été une chute ; au contraire, c'est là que la pensée s'est relevée ^ : on peut accorder que c'est grâce à Boileau que ce

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