Traité général de versification française, p. llo
4. De la convention dans la trar/édie classique et le draine romantique, p. 97.
5. Voir dans Thurot, II, "41. On pourrait à l'appui de cette thèse citer le passage suivant de l'abbé du Bos : « Les français ne varient pas leur prononciation par de certains accents qui sont ordinaires en Italie, même dans les conversa-
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qu'il était par conséquent très peu scientifique, chimérique même, d'étudier dans Racine des faits dont il n'avait pas eu conscience. Je me souviens même que, un peu démonté par l'autorité de l'abbé Scoppa, j'avais répondu tant bien que mal : un homme ne sait pas que, en marchant, il obéit à un très grand nombre de lois mécaniques, qu'il ignore, dont il n'a pas conscience : cela n'empêche pas la mécanique d'être une science. — N'importe; il me restait un doute : on n'ose pas croire qu'on a raison contre tout le monde ^; et je m'imagine que Christophe Colomb dut être presque autant surpris que charmé lorsqu'il put constater qu'il ne s'était pas trompé en supposant l'Amérique. A coup sûr j'éprouvai une satisfaction très vive en découvrant dans un livre de Louis Racine, souvent cité, un passage qui avait dû être lu par plus d'un, mais dont l'importance, dont l'existence même n'ont encore été signalées par personne, à ma connaissance du moins : et ce document donne pleinement raison à mon hypothèse. Le voici d'abord textuellement :
« A l'égard de ces A^ariétés de césure... je puis répondre que nos vers ont toutes ces grâces dans la bouche de ceux qui savent les prononcer. Les étrangers s'imaginent qu'en prononçant deux vers nous nous reposons quatre fois, à cause des quatre hémistiches : le sens et l'ordre des mots s'y opposent souvent, surtout dans les A^ers de passion,. et nous obligent d'y faire deux ou trois césures, et d'enjamber. Croient-ils que dans la colère Hermione marche à pas comptés?
Adieu, tu peux partir -t- je demeure en Épire -f- Je renonce à la Grèce + à Sparte, à ton empire + A toute ta famille + et c'est assez pour moi -+- Traître, qu'elle ait produit + un monstre tel que toi. +
« Voici comment la passion, peinte dans ces vers, conduit la voix :
Adieu, + tu peux pai'tir + je demeure en Épire + Je renonce + à la Grèce + à Sparte + à ton empire + A toute ta famille + et c'est assez pour moi Traître + qu'elle ait produit un monstre + tel que toi.
lions familières. Or un acteur de comédie, qui dans sa déclamation imiterait la prononciation... d'un peuple étranger, pécherait contre la règle. >> (1'° partie, sect. 42; I, p. 451, 452.) Cela prouve surtout que l'abbé dn Bos ne comprenait rien à l'accentuation française.
1. Depuis, ces idées se sont répandues : Guyau, dans ses Problèmes d'Esthétique, p. 214, montre que le vers de Racine n'est pas irréductible à celui de V. Hugo. — Cf. aussi, sur le commencement de la césure romantique dans Racine, Pellissier, p. 85 sqq. — Cf. Renouvier, lïc^?- i/w.ço, p. 269-274, 291,306.
« Nous lisons même les vers qui sont sans passion, tout autrement que ne le croient les étrangers.
Oui, je viens H- dans son temple adorer l'Éternel, +
Je viens -\- selon l'usage antique et solennel +
Célébrer avec vous + la fameuse journée
Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée +
Que les temps sont changés! + Sitôt que de ce jour
La trompette sacrée annonçait le retour, +
Du Temple + orné partout de festons magnifiques +
Le peuple saint + en foule inondait les portiques '. +
Si ce passage était du grand Racine, nous n'aurions qu'à laisser le lecteur tirer lui-même les conclusions nécessaires. Mais il est de Louis Racine, et nous devons nous demander si le fils a bien traduit les intentions et la pratique de son père, si c'est bien ainsi que Jean Racine déclamait ses propres vers.
Pouvons-nous supposer que Louis Racine note ainsi non pas la déclamation de son père, mais celle du temps où il écrivait lui-même ses remarques sur les tragédies, et son traité de poésie? Cette hypothèse est irrecevable. On ne peut admettre un seul instant que L. Racine a commis ce (pii aurait été pour sa piété filiale une profanation, un sacrilège. Ou bien les acteurs de son temps coupaient encore le vers comme le faisait J. Racine lui-même, et la chose n'a rien que de très plausible, étant donné le respect des traditions à la Comédie- Française; ou bien L. Racine a opposé à ce qui se faisait de son temps la pratique de Racine, qu'il était bien (pialiilé pour connaître-.
Mais, dira-t-on, le fils est né le 2 novembre 1692, et le père est mort le 21 avril 1699 ^ L. Racine n'a donc pas tout à fait sept ans quand Jean Racine meurt : il ne peut pas avoir entendu son père dire des vers, ou du moins se rappeler comment son père les disait. — Heureusement, s'il ne connaît pas de première main l'art de la lecture tel que le pratiquait son père, il l'a appris de son auié, le seul homme qui pût l'en instruire pertinemment. J.-B. Racine a connu et Racine et Boileau ; il a reçu des leçons de style de son père même, il a causé avec lui de littérature : sans doute il a surtout appris de son père que la poésie est un divertissement profane, une puissance
1. Louis Racine, Traité de la poésie, etc., dans ses Remarques, 111,239, 240.
2. Nous verrons au chapitre de l'enjambuinenl ([ue. du temps de l'abbé du Bos, ils prononcent les vers comme on le fait mainlcnant.