OEuvres, I, 186 et
trompeuse, et que, plutôt que de faire des bons vers, il vaut mieux faire son salut '. En 1693, J. Racine ne considère plus la poésie française que comme une récréation, si on se contente de lire des vers^ et une dissipation si on en fait \ Il n'en est pas moins vrai qu'il parle poésie à son fds dans ses lettres, qu'il lui promet de lui en parler encore dans leurs entretiens familiers, et qu'il a dû donner ses idées à son fds, puisque celui-ci, dans ses lettres à son frère, reproduit la théorie la plus curieuse de leur père, celle que nous avons vue au début ^ Fort de ses souvenirs, J.-B. Racine se permet, sans savoir écrire lui-même un vers, de juger la versification du Poème de la Religion, et de féliciter son frère sur son adresse comme versificateur \ Or il suffit de parcourir ce lourd traité, pour reconnaître ({ue L. Racine a voulu, comme son père, introduire dans la régularité générale de ses alexandrins un certain nombre de vers à césure irrégulière. 11 veut refaire ce qu'avait fait son père : et c'est bien la pratique même du grand Racine dont le petit Racine nous donne le secret dans le document capital que j'ai cité.
Tout, du reste, nous confirme dans cette opinion qui n'a contre elle que la tradition pseudo-classique. (Et l'on sait que le rôle de la science consiste à déblayer la vérité de toutes les erreurs traditionnelles.) On comprend bien la règle de l'hémistiche pour des vers comme ceux de Boileau, oi^i seule la raison parle : si la raison peut, sans rien perdre de sa force, prendre la forme du syllogisme, elle peut bien aussi se soumettre à ces coupes régulières, à celte oscillation lente, monotone même, qui a du reste sa puissance. Mais dans Racine, ce n'est plus la raison, c'est la passion qui parle, très haut même, qui élève la voix presque jusqu'à crier. N'y a-t-il pas quelque chose de bien invraisemblable à supposer que cette passion observe la loi de l'hémistiche? Sans doute il n'est pas non plus très naturel que la passion parle en vers. C'est une pure convention. Mais parce qu'il y a là une convention incontestable, faut-il en conclure que tout