‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 228 sur 247 · II, 3(I'J. tlO'.i. Remarques. I, 2'ÎW · texte numérisé non relu

II, 3(I'J. tlO'.i. Remarques. I, 2'ÎW

C'est donc qu'elle lui paraît toute naturelle. Il le dit du reste expressément dans son remarquable passage sur la façon dont on doit couper les vers de son père : « A l'égard de ces grâces de l'enjambement qui rendent le vers libre rival du vers grec et latin, je puis répondre que nos vers ont toutes ces grâces dans la bouche de ceux qui savent les prononcer :

Je renonce -j- à la Grèce 4- à Sparte + à Ion empire +

A toute ta famille -+- et c'est assez pour moi

Traître + qu'elle ait produit un monstre -f- tel que toi '. »

L. Racine est même beaucoup plus radical que nous, car il voit des enjambements là où certainement nous n'aurions pas songé à en mettre :

Ils redoutent son tils. — Digne objet de leur crainte!

Un enfant malheureux qui ne sait pas encor

Que Pyrrhus est son maître, et qu'il est fils d'Hector.

« J'ai toujours, dit-il, soupçonné ici une faute de ponctuation », et il propose de lire :

Ils l'edoutent son fils. — Digne objet de leur crainte. Un enfant! Malheureux qui ne sait pas encore, etc. -.

Cette coupe, si bizarre qu'elle soit, a dû être indiquée à L. Racine par la déclamation des acteurs; car, au témoignage de l'abbé Du Dos, ils ont un procédé constant pour éviter à l'auditeur le dégoût de l'uniformité : « Il est vrai que celte uniformité de rythme n'a point empêché le succès de nos Poëmes dramatiques en France;... mais ces Poëmes qui n'ont que deux. mille vers sont assez bons pour se soutenir malgré le dégoût. D'ailleurs elle est moins sensible au théâtre, où brillent le plus ces sortes d'ouvrages, parce que les acteurs, qui enjambent presque toujours sur le vers suivant avant que de reprendre haleine, on qui la reprennent avant que d'avoir fini le vers, empêchent qu'on ne sente le vice de la cadence trop uniforme ^ » La pratique du théâtre et la théorie de Louis Racine s'accordent donc sur ce point important : par conséquent nous ne faisons pas de critique subjective, en étudiant l'enjambement chez Racine.

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