‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 229 sur 247 · REJETS ET ENJAMBEMENTS · texte numérisé non relu

REJETS ET ENJAMBEMENTS

Peul-èlre ne scra-t-il pas inutile de reprendre ici la distinction que j'ai proposée entre le rejet et renjambement; nous appellerons rejet le report d'un seul mot au vers suivant, et enjambement le rejet de plusieurs mots.

On ne doit pas être surpris de trouver un très grand nombre de rejets dans les vers français de Racine, puisqu'il en avait pris l'habifude dans ses vers latins (IV, 208-2-22). Seulement il ne faut pas prendre pour des rejets véritables tous les cas où nous voyons les mots Madame, Seigneur, etc., placés au début du second vers, être rattachés au précédent et séparés du vers qu'ils commencent par la ponctuation : celle de la Collection des Grands Écrivains n'est pas celle des éditions publiées du vivant de Racine '. Celle-ci même, nous l'avons déjà dit pour les poètes précédents, n'est probablement pas celle de Racine lui-même : elle était fort irrégulière -. Il ne faut donc se 'fonder que sur le sens, pour décider si tel mol placé en tête du second vers appartient à ce vers ou au précédent. Dans un très grand nombre de cas, le sens unit ces mots aussi bien à ce qui les suit qu'à ce qui les précède : ce sont des traits d'union plutôt que des rejets :

Ah! n'espérez de moi que de sincères vœux, |

Madame; | n'attendez ni menaces ni ctiaînes. (I, 5o9, 773.)

On dit qu'un prompt départ vous éloigne de nous, | [o83.)

Seigneur. | A vos douleurs je viens joindre mes larmes. (III, 338,

Connais-tu Tliéritier du plus saint des monarques, j [1720.)

Reine"? | De ton poignard connais du moins ces marques. (III, 699,

11 en est de même pour les noms propres :

La fortune t'appelle une seconde fois, | Narcisse : | voudrais-tu résister à sa voix? (II, 290, 7o8.) Quoi? Tu ne vois donc pas jusqu'où l'on me ravale, | Albine? | C'est à moi qu'on donne une rivale. (II, 297,880.) Non, je ne puis souffrir un bonheur qui m'outrage, | Œnonc : î prends pitié de ma jalouse rage. (III, 376, 1258.)

Quelquefois même la ponctuation, qui paraît bien alors le fait du poète plutôlquecelui de l'imprimeur, indique qu'il faut prononcer ainsi :

Je le vois, je lui parle; et mon cœur.... Je m'égare, Seigneur, ma folle ardeur malgré moi se déclare ^.

\. » Nous nous sommes rapproché de l'usage d'aujourd'hui, toutes les fois du moins que le sens n'en était pas alTecté. » Averlissemenf de l'éditeur, I, xxv.

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