‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 241 sur 247 · STANCES DE DIX VERS · texte numérisé non relu

STANCES DE DIX VERS

Vers de sept pieds, c a e a ée ée 0 ie ie o Quel charme vainqueur du monde Vers Dieu m'élève aujourd'hui?

Malheureux l'homme qui fonde Sur les hommes son appui!

Leur gloire fuit et s'eiïace En moins de temps que la trace Du vaisseau qui fend les mers, Ou de la flèche rapide Qui loin de l'oeil qui la guide Cherche l'oiseau dans les airs. (IV. l.'iT, l.)2.)

Vers de huit pieds, e a c a I ce ée o | ie ie o '. Je t'aimerai, bonté suprême,

1. Les deux tercets doivent être séparés par le sens ou la ponctuation. — Cf> IV, 142, note 2.

Mon défenseur et mon salut.

Grand Dieu, d'un cœur plein de loi-mùnie

Daiyne accepter l'humble tribut.

De mes rivaux la haine impie

Attaquait mon sceptre et ma vie;

Tu sauves ma gloire et mes jours :

En rendre grâce à la tendresse,

C'est assurer à ma faiblesse

Un nouveau droit à les secours. (IV, 131).;

Vers de huit pieds, e a c a ée ée 0 ie o ie Hevenez, troupes fugitives, Plaisir. Jeux. Grâces, Ris, Amours, Qui croyiez déjà sur nos rives Entendre le bruit des tambours :

Louis vit, et la perlidie De l'insolente maladie Qui l'avait osé menacer.

Pareille à ces coups de tonnerre Qui ne font que bruire et passer, N'a fait qu'épouvanter la terre. (IV, 06.)

8 8 8 8 12 12 12 12 8 12 e a a c i i ce o ée o

Grande Reine, de qui les charmes

S'assujettissent tous les cœurs,

Et de nos discordes vainqueurs,

Pour jamais ont tari nos larmes, Princesse, qui voyez soupirer dans vos fers Un roi qui de son nom remplit tout l'univers. Et faisant son destin, faites celui du monde. Uégncz, belle Thérèse, en ces aimables lieux

Qu'arrose le cours de mon onde, Et que doit éclairer le feu de vos beaux yeux. (IV, iil.)

8 8 8 8 8 « (j 8 G 8 e a e a i i ée 0 ée o Saintes demeures du silence, Lieux pleins de charmes et d'attraits, Port où, dans le sein de la paix, Régnent la Grâce et l'Innocence; Beaux déserts qu'à l'envi des cieux.

De ses trésors plus précieux,

A comblé la nature, Quelle assez brillante couleur

Peut tracer la peinture De votre adorable splendeur? (IV, 22.)

e a a e i i ée o ée o A quoi te résous-tu, princesse infortunée? ïa mère vient de mourir dans tes bras :

Ne saurais-tu suivre ses pas, Et finir en mourant ta triste destinée? A de nouveaux malheurs te veux-tu réserver? Tes frères sont aux mains, rien ne les peut sauver

De leurs cruelles armes.

Leur exemple l'anime à te percer le flanc :

Et toi seule verses des larmes,

Tous les autres versent du sang. (I, 467.)

Racine, on le voit, n'a guère employé que des strophes très simples, et qui n'ont rien d'original. C'est ce qui a autorisé M. Stapfer à dire : « Le plus divin poète du siècle de Louis XIV n'a pas autre chose à son service, après toul, que la lyre à trois cordes réglée par Malherbe, et le parti qu'il a su tirer d'un instrument si pauvre, n'en est que plus admirable. » ' Racine pourtant n'a pas cru que les trois cordes d'une lyre pussent sufih'c à rendre sa pensée. Laissant bien loin derrière lui Malherbe qui a voulu enchaîner le A^ers lyrique, dépassant même La Fontaine et Molière, Racine donne une telle perfection à un genre déjà entrevu avant lui que, on peut bien le dire, il crée le vers libre lyrique. On juge quelquefois à rebours cette méthode de Racine, puisque, même en constatant que ce procédé a permis au poète de composer « le plus beau morceau de poésie lyrique qui soit sorti de la main des hommes », Marmontel reproche à Racine de n'avoir pas atteint la perfection, parce qu'il lui manque la forme même de l'ode.

Des critiques, d'époques et de valeur différentes, comme Castil- Blaze et M. de Souza, nient que le vers libre puisse être lyrique. Et justement on devrait remarquer au contraire que le vers libre est la seule forme qui convienne en France au lyrisme, si tant est que l'enthousiasme, avant d'être communiqué au lecteur ou à l'auditeur, doit être d'abord ressenti par l'auteur, et si nulle forme ne laisse plus libre et plus entière l'inspiration du poète, ne lui permet plus facilement d'atteindre le « beau désordre » qui est l'idéal classique, ou d'exciter en nous ce trouble délicieux qui est le rêve du romantisme.

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