‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 243 sur 247 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

On peut dire que non seulement Racine est le poète le plus harmonieux que nous ayons jusqu'au début du xix" siècle, mais encore que son harmonie souveraine a été pleinement reconnue par quiconque a parlé du poète. En effet, sauf une seule voix discordante, celle de Buffon (]ui, prosateur comme M. Josse était orfèvre, pense que l'on pourrait améliorer les plus beaux passages de Racine en les [nettant en belle prose *, on peut dire que le concert d'éloges est unanime, et que tout le monde s'incline devant lui, jusqu'au Romantisme ■. Surtout le témoignage des étrangers, qui ne peuvent y mettre comme nous de la vanité nationale, est à considérer. La maîtrise de Racine est si bien établie partout, même en Allemagne, qu'un mot de lui y fait autorité ^ Le poète est prophète en son pays même auprès des romantiques, une fois la première lièvre du combat tombée. Lamartine n'hésite pas à saluer en lui « la perfection incarnée de la langue

1. " Quand j'appelle le Télémaque un poé'me en prose,... j'avoue que BuITon dont l'opinion était prononcée très hautement en faveur de ce système de la Motte, gâtait étrangement cette cause littéraire, en prétendant qu'on pouvait mieux rendre en prose que l'auteur de Phèdre et lïAlhalie les plus belles tirades de Racine. » (Abbé Maury,î7o.7e de Fénelon, noie o.)

2. Lessing n'est pas impartial : il ne critique pas les Français, il les dénigre. N'y a-t-il pas une rancune personnelle au début de son animosité contre nous? Lessing, pour avoir emprunté et emporté sans permission le manuscrit du Siècle de Louis XIV, fut vertement tancé par Voltaire. Inde irx. — (Cf. Desnoireslerres. Voltaire et Frédéric, p. 1(11-171.)

3. Wieland dit à Napoléon : « Ce n'est que depuis que Racine l'a nommé (Tacite) : le plus grand peintre de l'antiquité, que vos universités et les nôtres ont pensé que cela pourrait bien être vrai. » Méinoires'lûe Talleyrand (I, 44i}.

poétique en France ' ». Après les poètes, les critiques s'ingénient à découvrir chacun une beauté nouvelle dans cette mine inépuisable. Et l'on ne peut qu'applaudir à leurs efforts, même quand les beautés qu'ils signalent paraissent plus subjectives que réelles -. L'harmonie de Racine est si grandiose, qu'on y découvre jusqu'à de l'harmonie imitative, dans les petits coins ^ De toutes les régions de la critique, on voit affluer les éloges, d'autant plus méritoires qu'ils viennent d'esprits plus indépendants, ayant rompu avec l'orthodoxie, ou, si l'on préfère, avec la superstition classique '.

Page 1