‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 46 sur 247 · Tallcmant · texte numérisé non relu

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2. I, SiiO. — Cf. les lettres à son cousin du Bouillon — Malherbe, IV, 41-48.

forment sa principale force : c'est le plus solide arc-boulant qui soutienne le monument qu'il élève. Il pensait déjà ce qu'Alfred de Vigny devait écrire plus tard :

J'ai mis sur le cimier doré du gentilhomme Une plume de fer qui n'est pas sans beauté.

Et l'on ne peut pas dire, pour continuer mes emprunts aux poètes, que rien d'humain ne batte sous l'épaisse armure du gentilhomme, car l'amitié a été le sentiment le plus délicat de son C(cur. Nous ne comprenons plus, il est vrai, l'amitié, et peut-être ne l'a-t-on jamais comprise même au temps de Malherbe, ainsi qu'il la pratiquait luimême. Sans doute le type antique de l'amitié se modifie au xvii'' siècle : Pylade n'est plus que le conlident d'Oreste; encore Oreste aimet-il Pylade. Mais Malherbe est surtout le Mentor de ses amis, un Mentor qui ferait grise mine dans le Télémoque de Fénelon. II y a de l'honnêteté dans les avis rigides que Malherbe donne à Racan, qui a eu l'imprudence de lui demander conseil sur son mariage : « Je vous crie merci de vous persécuter comme je fais; mais je prends trop de part à vos intérêts pour en user d'autre façon. Ceux qui donnent des conseils indulgents à leurs amis leur veulent plaire; ceux qui en donnent de libres ont envie de leur profiter. Dieu veuille que vous avertissant de ne perdre point votre temps, je ne perde point le mien. » (IV, 33.)

Il y a surtout de la rudesse, et la raideur de la vieillesse impitoyable, dans la façon dont il lui parle de la femme qu'il veut épouser : « Si elle venait ici, vous seriez perdu, car elle se moquerait devons sur votre moustache; et s'en moquant au lieu où elle est, votre déplaisir est moindre, d'une chose que vous ne voyez pas. Je suis complaisant à l'accoutumée, c'est-à-dire incomplaisant tout à fait. Mais je n'y saurais que faire. Il n'y a moyen que je force mon humeur : elle est bonne; je voudrais que la vôtre lui ressemblât. » (IV, 23.) Doit-on, comme un de ses plus récents commentateurs, penser que « cette rudesse d'écorce ne fait que recouvrir un fonds de bonté réelle, qui apparaît bientôt au coin des lèvres sous forme de sourire * )) ? Il faut avoir de bons yeux pour voir tout cela, car, si la bonté est réelle, elle est bien au fond, et couverte d'une écorce singulière-

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