IV
4. IV, 261, 284. « Notre poète était grand ennemi de ces métaphores non continuées, comme je l'ai appris de M. Sirmond historiographe :à qui j'ai ouï dire aussi que, pour cette raison, il blâmait souvent ce vers d'Horace:
Et maie tornatos incucU reddere versus,
ce qui se fait au tour ne se remettant point sur l'enclume; et qu'il disait plaisamment à ce propos : « Dites à un poète : remettez sur l'enclume des vers mal « tournés, c'est comme si l'on disait à un cuisinier : cette pièce de bœuf n'est « pas assez bouillie, qu'on la remette à la broche. » (Ménage, p. 469.)
5. A propos des vers 19-24 de la page 100, Ménage dit : « Lui qui reprenait dans Horace cette métaphore non continuée est ici tombé lui-même dans la faute qu'il reprenait .. (p. 410). — Cf. I, 217, 2; 215. 131-153; 134, 2-3; 244, 10-11.
6. « Malherbe, qui vous semble si sensé et si juste, ne l'est pas toujours. Il est ampoulé en de certaines rencontres; ou, pour m'exprimer plus figurément, ce neuve égal et paisible dans sa course devient tout à coup un torrent impétueux qui fait du fracas, et qui tombe dans des précipices. Ne compare-t-ii pas les
est abstrait, ou les images sont tellement affaiblies qu'elles semblent de pures abstractions : on dirait une fresque que l'on aurait décolorée à plaisir pour ne plus laisser subsister que les contours des personnages, quelque chose comme un Puvis de Chavannes dilué à grande eau. Il dira, par exemple, en parlant de Henri IV :
Il n'a point son espoir au nombre des armées,
Etant bien assuré que ces vaines fumées
N'ajoutent que de l'ombre à nos obscurités;
I^'aide qu'il veut avoir, c'est que tu le conseilles;
Si tu le fais, Seigneur, il fera des merveilles,
Et vaincra nos souhaits par nos prospérités. (I, 71, 43.)
Il est rare que son pinceau soit réaliste *. Le plus souvent c'est à la vieille mythologie qu'il demande un peu de lyrisme : rien d'étonnant à ce que de pareils emprunts soient froids, obscurs, même bizarres \ Son plus grand effort consiste à consacrer deux strophes à une comparaison mythologique ou naturelle ^ Comme sa pensée est presque toujours prosaïque et terre à terre, un simple prosateur s'élève sans effort à sa hauteur, et le dépasse. Alors que les variantes imaginées par les philologues au texte des classiques anciens paraissent trop souvent faibles ou triviales, on pourrait citer des corrections plus heureuses que le texte faites par tel ou tel érudit : de Malherbe qui écrit :
Et que de mères à Memphis
En pleurant diront la vaillance
De son conraye et de sa lance (I, oO, 119),
ou de Palru qui lit :
En pleurant diront sa vaillance Et les coups mortels de sa lance *,
lequel des deux est le plus lyrique?
Trop souvent la moyenne de Malherbe ne s'élève pas au-dessus de Yaurea mediocritas. Encore aurea peut-il paraître excessif.
pleurs de la reine mère, après la mort d'Henri le Grand, au débordement de la Seine?... iMais ce qu'il dit de la pénitence de saint Pierre est encore plus violent. Ce n'est pas par ces endroils-là que j'estime et que j'admire Malherbe : il y sort visiblement de son caractère, et je ne l'y reconnais pas. » Bouhours, la Manière de bien ■penser, p. 266-267.