RÈGLE I
Corneille corrige sans doute, mais une seule fois, une rime du simple et du composé. Dans les premières éditions du Cid on trouve ces vers :
Mais il me faut tout perdre, après l'avoir perdu, Et pour mieux tourmenter mon esprit éperdu, Avec tant de rigueur mon astre me domine, Qu'il me faut travailler moi-même à ta ruine.
L'Académie remarque dans ses Sentiments que « perdu et éperdu ne peuvent rimer à cause que l'un est le simple, et l'autre le com-
i. Cité par Marly-Laveaux, X, 479. note.
2. A. P., IV, 82-84. « C'est M. Corneille l'ainé. » {Commentaire de Brossette.)
posé » (XU, /i9/i). Et Corneille, pour supprimer la faute minime qu'on lui indique, change docilement deux vers et demi :
Cet effort sur ma flamme à mon honneur est dû;
Et cet affreux devoir, dont l'ordre m'assassine,
Me force à travailler moi-même à ta ruine. (III, 156, 924.)
U n'éprouve pourtant jamais le besoin de corriger après coup les fautes analogues dans ses pièces antérieures au Cid : on y trouve cède rimant avec succède (H, 289, 1278); Dieu Qi adieu (II, 301, 1527); dit et contredit (II, 90, 1347); donner et ordonner (II, 394, 1083); fait et satisfait (II, 156, 575); front et affront (II, 382, 811); jour et séjour (II, 435, 3); lié et allié (II, 204, 1501); prix et mépris (II, 312, 27); semble et ressemble (II, 179, 1013).
Les exemples postérieurs à la critique de l'Académie sont beaucoup moins nombreux : ,yo^<r et toujours (VII, 126, 428); fait et bienfait (X, 96, 27); mais et jamais (X, 157, 55); temps et printemps (X, 216, 323).
En évitant ces rimes. Corneille se conforme à la critique de l'Académie : en les introduisant plus ou moins souvent il viole la règle de Malherbe. C'est la même pratique pour les mots dérivés d'une même racine.