‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 81 sur 247 · RÈGLE II · texte numérisé non relu

RÈGLE II

On trouve en effet chez Corneille ce genre de rimes avec :

1" des substantifs : accès et succès (II, 99, 1511); parjures et iiîjures (II, 201, 1449);

2° des adjectifs : discret et secret (II, 321, 284);

3" des verbes : commettre et remettre (II, 297, 1450); réparer et séparer (II, 265, 803); satisfaire et défaire (II, 270, 897); séduire ti produire (II, 277, 1029) ;

4° des adverbes : ici et voici (II, 177, 963).

Tous ces exemples sont antérieurs à 1638, date des Se7itime7its de f Académie. Je ne connais, après cette année, que deux exemples : sujet et abject (VII, 26, h^^)', printemps ai passe-temps (X, 29, 93); Corneille, qui n'est pas grammairien de profession, range probablement ces rimes dans la classe des rimes du simple et du composé, et suit dans ce cas-ci, comme dans Taulre, les conseils de Chapelain.

REGLE m.

Il rompt au contraire aussi bien avec Chapelain qu'avec Malherbe pour tout ce qui est rareté, originalité de la rime. Il admet la rime commune, banale même, et ne se pique point d'une recherche quintessenciée. Il met tranquillement à la fin d'un vers songe t\. mensonge (IV, 184, 810); hommes et somines (III, /i93, 130); tonnerre et terre (IV, 51, 577), au grand désespoir de Voltaire qui trouve ces rimes par trop rebattues Vil croit que mien et sien peuvent très convenablement rimer ensemble (II, 271, 907); et qu'on peut écrire un quatrain sur les rimes eue, eu, cru, vue (VIII, 6/i8, 1/138).

Surtout les rimes par mots de même nature sont très fréquentes, malgré les justes observations de l'Académie. Corneille avait mis d'abord dans le Ciel

Instruisez-le d'exemple, et vous ressouvenez Qu'il faut faire à ses yeux ce que vous enseignez.

L'Académie, en fidèle disciple de Malherbe, remarque que « ressouvenez et enseignez ne sont pas bonnes rimes » (XII, /i85). Corneille s'incline, et corrige ainsi :

Et rendez-le parfait, Expliquant à ses yeux vos leçons par l'effet. (III, 114, 184.)

Mais s'il accepte la critique, il n'admet pas la jurisprudence, car on rencontre chez lui très fréquemment des rimes de verbe, même d'infinitif en er, les plus pauvres de toutes, comme le prouve le cas suivant :

Mais ce n'est pas assez, amis, de s'irriter,

II faut voir quels moyens on a d'exécuter. (IV, 74, 1135.)

Je pourrais citer également bien des exemples de rimes par adverbes en ment :

Depuis tantôt je parle un peu plus librement,

Ou, si vous le voulez, un peu plus hardiment. (II, 175, 923.)

Philaminte seule trouverait que

Ces deux adverbes joints font admirablement.

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