M., II
ne sais, en particulier pour le /, si dans les deux cas on faisait sonner cette consonne, ou si on l'étouffait, ou encore si on la faisait entendre à une des deux rimes et non pas à l'autre. Corneille fait rimer nets avec projets ' ; huit avec ôruit (IV, 291, 5/i); Sabaoth avec mot (IX, l'27, 6); David avec revit ^ Étaicnt-ce des rimes faibles ou nulles? Je n'oserais me prononcer. Le problème du reste est d'un intérêt très secondaire, étant donné le petit nombre des cas où on peut le poser. Il n'en est pas de même pour les mots terminés par une .5'.
Actuellement, lorsque nous lisons à haute voix du Corneille, comme du reste presque tous les grands poètes du xv!!*" siècle, nous sommes étonnés par le nombre des rimes qui, avec notre prononciation actuelle, nous semblent faibles, comme Pallas et las, c'està-dire celles dans lesquelles nous faisons sentir Vs finale d'un côté, et non pas de l'autre. Cette difficulté existait-elle pour Corneille et ses contemporains? Trois réponses sont possibles : 1° même du temps de Corneille, il y aurait eu là une faute contre l'oreille, une licence poétique, par laquelle on aurait admis que cette rime, bonne pour l'œil, était suffisante pour l'oreille; 2° ces rimes auraient été exactes, parce qu'on aurait fait siffier Vs de chaque côté; 3° ces rimes seraient au contraire bonnes parce que, dans les deux cas, on éteindrait plus ou moins complètement la siffianle.
La première explication est à rejeter absolument, parce que les singularités de rime qu'il faudrait expliquer de celte façon seraient presque innombrables dans Corneille, tandis qu'on remarque au contraire que les licences poétiques sont extrêmement rares chez lui. C'est surtout au xvm'' siècle que fleurit la théorie de la licence poétique, parce que, étant donnée l'ignorance à peu près complète de la grammaire historique et de l'histoire de la prononciation, c'est-à-dire la croyance erronée où l'on est alors que ni la grammaire ni la prononciation n'ont varié depuis le début du xvii* siècle, les poètes et les critiques sont tentés alors de prendre pour une licence poétique une singularité qui était simplement conforme à une orthographe
1. IX, 482, 13. Était-ce une rime aussi désagréable pour l'oreille que celle-ci. dans une des Ballades [)a.r échos de Victor Hugo :
Tenez vos cornets Nets?
2. IX, 185, 20. Il est vrai qu'on prononçait Davit. — Cf. Thurot, II, lio.
vieillie dès lors, ou abandonnée depuis, à une prononciation particulière, usitée à la cour, à la ville, ou dans les provinces.
Sans doute, on pourrait faire à mon raisonnement l'objection suivante : pourquoi ne se serait-on pas permis au xvii° siècle, et en très grand nombre, les libertés que des poètes bien plus sévères de notre temps, comme Victor Hugo, ou mieux encore comme les Parnassiens, s'octroient sous le nom de licences poétiques contre la rime? — Mais justement ces taches, très rares du reste chez les écrivains du xix" siècle, et fort désagréables, ne peuvent s'expliquer que comme une faiblesse, dont la seule circonstance atténuante serait les précédents établis par les poètes classiques. Or, sur le point spécial qui nous occupe, la licence poétique, qui ne peut jamais être supportée qu'à titre de singularité, ne serait plus une exception à la règle, mais la règle elle-même, tant les cas en seraient nombreux. Donc, pour les finales en 5, la rime devait être alors sinon riche, du moins suffisante, c'est-à-dire que la prononciation, si elle n'était pas identique pour les rimes en question, devait être tout au moins très rapprochée. Il ne nous reste donc plus qu'à choisir entre les deux autres explications proposées plus haut.
Ces rimes étaient-elles exactes parce qu'on faisait sonner à la fin des deux mots placés à la rime Vs finale, ce qui aurait été (chose très fréquente en poésie, où l'on conserve fort longtemps des pratiques tombées en désuétude dans l'usage courant), ce qui aurait été, dis-je, un souvenir de la prononciation antérieure, celle qui avait cours au xvi" siècle '? Cela semble impossible dans un très grand nombre de cas où l'^ finale n'est pas, dans les deux mots qui riment, précédée par les mêmes lettres : par exemple pour les rimes de Arsidas et attentats (VII, 78, 1707); Pallas et états (VI, 597, 507); Phocas et états (V, 229, 1686); Prusias et états (V, 526, 318); Mars avec étendards (X, 186, 5); avec hasards (II, 361, -415); avec regards (X, 277, 352); remparts (VI, 277, 535); Valensuxecvwtents (V, 8Zi, 1517); avec bouillants {N, 92, 1710); étincelants (V, 71, 1218); Carlos avec mots (V, 427, 207); Colchos divez flots (VI, 285, 694); avec mots (VI, 265, 239).
On peut donc conclure avec une certaine vraisemblance que, toutes les fois qu'un nom propre rime avec un de ces noms communs