‹ L'évolution du vers français au dix-septième siècleChapitre 89 sur 247 · Darmesteter, Cours de r/ramrnaire historique, p · texte numérisé non relu

Darmesteter, Cours de r/ramrnaire historique, p

qui dans la prononciation courante se terminaient en d, ar, en, o, et non pas en asse, arse, eusse, osse, on éteignait la sifllante. La seule objection qu'on puisse faire à l'hypothèse que je présente est celle-ci : il est inadmissible qu'on prononce le même mot de deux façons, suivant qu'il est à la rime, ou, dans le corps d'un vers, devant une voyelle; qu'on dise, en prenant Marias pour exemple, dans le premier cas. Marin, et, dans le second. Mariasse. — Mais il est au contraire tout naturel qu'on fasse en vers ce qu'on fait en prose, et même avec plus de bizarrerie encore, puisque certains mots se prononcent de plus de deux façons différentes : ton deux — touz ensemble — venez tousse *.

11 ne faut donc pas s'étonner de voir Corneille franciser à la fin de ses vers la prononciation de certains noms propres, tout en leur gardant leur orthographe ancienne, de voir, par exemple, qu'il force à lire Valan, tout en écrivant Valens, puisqu'il francise si souvent et l'orthographe et la prononciation des mots anciens, en traduisant Brutus, Horatius, Marcella, par Brute, Horace, Marcelle.

Ce qui donne une quasi-certitude à cette supposition, c'est que, une fois tout au moins. Corneille a orthographié un mot ancien de façon à en donner la prononciation exacte suivant lui : toutes les éditions anciennes, jusqu'à celle de 1692 inclusivement, donnent, dans une œuvre en prose, le mot : rhinocéros, sous cette forme : rhinocérot (VI, 300).

Nous pouvons donc admettre que, dans tous les cas suivants, la rime était très exacte pour l'oreille, grâce à la suppression régulièrement faite partout de l'^ finale :

Achillas (prononcé Achilld) rime avec coutelas (IV, â8, 50/i), avec -pas (IV, 9/i, 1619); Agésilas (prononcé Agésila, et ainsi de suite), avec appas (Vil, 1/i, 12/i), avec cas (VII, /i8, 990); Arcas avec pas (VI, /i32, 16/i/i) ; Galas ^\Gcpas (IV, 159, 336); Phocas avec bras (V, 179, 551); avec pas (V, 176, /i60); avec trépas (V, Ylh, !i\\); Phorbas avec pas (VI, 179, 104/4), avec trépas (VI, 185, 1191); Athéna'is (prononcé Athénài, et ainsi de suite) avec trahis (Vil, 383, Ixk) ; Civilis avec assoupis (VII, 258, 1385); Cloris avec chéris (II, 76, 1092), avec Paris (H, 20, 6Zi) ; Cotys àYec partis (VII, 40, 752); Daphfîis avec bamiis (II, 203, 1500), avec finis

1. Darmesteter, Cours, etc., p. 148. Ne dit-on pas « le Christe » et « Jésus-Chri»'}

(II, U7, 395), avec infinh (II, 128, 2Zi), avec unis (II, lZi8, /il5); Boris avec chéris (1. A06, 12i ,• Indibilis avec «/;//25 (VI, 381, 431); Palmis avec 50i/mw(VII, 517, 1320); Thétis avec engloutis (X, 273, 307); Jerc?5 avec .soi/c^"* (I, 239, 1630); Car/o^ (prononcé Carlo, et ainsi de suite) et héros (V, /i/i5, 635); et propos (V, /i8/i, 1591); Qirepos (V, /i39, /i84) ; Colrhos avec rc-z^o-s (VI, 3/i5, 2031); Aetius (prononcé Aetiu, et ainsi de suite) avec plus (VII, 139, 740); Crassus et c^e^^iAS (VII, 466, 84); et vertus (VI, 614, 883); Flaminius et ;;//as^ (V, 553, 950); Gernianicus et vaincus (X, 267, 231); HéracHus avec aôw-Sf (V, 210, 1242), avec confus (V, 202, 1086), avec crw-ç (V, 193, 854), avec plus (V, 174, 420); Icélus avec plus (VI, 596, 491); Lacus axec ambigus [W, 582, 167), avec ;?/?/5 (VI, 655, 1800), avec refus (VI, 608, 760); Laius âxecplus (VI, 181, 1084); Lélius axecplus (VI, 518, 1124), avec ?'efus (VI, 534, 1480), avec superflus (VI, 501, 705); Marins avec perdus (VI, 424, 1456), avec plus (VI, 399, 856), avec vaincus (VI, 366, 27); Phryxus avec ré'/'^A" (VI, 276, 511); Sertorius avec ;j>/^^ç (VI, 434, 1668), avec refus (VI, 406, 1027); Vénus avec inconnus (V, 351, 775); Vitellius avec reflux (VII, 272, 1686).

Il en est de même pour les rimes de noms communs entre eux, de avis avec dix (VII, 433, 1283); dédis d.\Qt jadis (II, 108, 1703); fils avec «??z/.9 (III, 114, 167) ; avec avis (V, 29, 274), avec conquis (VI, 34, 353), avec ennemis (V, 171, 364), avec^'e fs (IV, 453, 561), avec mépris (V, 167, 267), ^ytz prix (III, 228, 1658), avec soumis (VI, 29, 221); lis avec cueillis (X, 301, 22), avec démolis (X, 204, 147), tous avec âf(>?/j^ (III, 526, 840), avec époux (VI, 65, 1057), avec genoux (IV, 174, 592;, diX^c jaloux (V, 390, 1650), avec vous (III, 172, 127); blocus avec vaincus (X, 307, 64).

La théorie que je propose a cet avantage de correspondre à la pratique générale de la prononciation au xvii'= siècle. Si l'usage floltait encore, même pour un des mots populaires, Jésus, prononcé tantôt Jésu, tantôt Jésusse S il y avait une tendance marquée à ne plus faire entendre devant un signe de ponctuation, par conséquent avant toute espèce de suspension, les consonnes finales -.

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